Alors même que le spectre d’une guerre en Europe
est agité par la confrontation provocatrice de Washington avec Moscou en Ukraine, le président Obama fait le tour des alliés américains en Asie en
attisant des points chauds régionaux et en consolidant l’encerclement militaire
américain de la Chine en préparation d’un conflit dans le Pacifique.
Le volet central du voyage d’Obama est sa visite
d’Etat au Japon cette semaine où il a réaffirmé sa détermination « à
renouveler la direction américaine en Asie-Pacifique. » La déclaration d’Obama visait à mettre
fin aux suggestions que le « pivot vers l’Asie » des Etats-Unis, une offensive
diplomatique et un renforcement militaire ayant pour but la subordination de la
Chine, se trouvait au point mort.
Au cours de ces cinq dernières années, le « pivot
» d’Obama a transformé la région Inde-Pacifique en une poudrière de rivalités
géopolitiques et de tensions, encourageant des alliés tels que le Japon et les
Philippines à poursuivre plus résolument avec la Chine leurs différends
territoriaux dans les Mers de Chine orientale et du Sud. Lors d’une conférence
de presse commune avec le premier ministre japonais, Shinzo Abe, Obama a encore
mis de l’huile sur le feu en affirmant que « l’obligation [américaine] sur la
sécurité du Japon est absolue », y compris en ce qui concerne les îles
contestées de Senkaku/Diaoyu.
La volonté d’Obama de rejoindre le Japon dans une
guerre contre la Chine à propos d’un petit relief rocheux inhabité situé en Mer
de Chine orientale souligne l’irresponsabilité absolue de la politique étrangère
américaine. Ce qui était une querelle peu connue il y a à peine cinq ans a été
transformé en un dangereux point chaud en termes de conflit militaire. En
clamant un soutien militaire « absolu » de Washington pour le Japon, Obama a
donné le feu vert à Abe pour que celui-ci intensifie davantage le conflit avec
la Chine.
En Ukraine, les Etats-Unis collaborent avec des
organisations ouvertement fascistes. Au Japon, Obama fait équipe avec le
gouvernement le plus droitier depuis la Seconde Guerre mondiale. En à peine plus
d’un an, Abe a augmenté les dépenses militaire pour la première fois en dix ans,
il cherche à mettre fin aux restrictions constitutionnelles imposées aux forces
armées japonaises et il a mis en place un conseil de sécurité nationale de type américain. Il refuse
même de reconnaître la revendication de la Chine sur les îles contestées.
Abe renoue délibérément avec les traditions
tristement célèbres du militarisme japonais qui furent responsables d’atrocités
comme celles du massacre de Nanjing en 1937 durant lequel les troupes impériales
avaient massacré des centaines de milliers de civils et de soldats chinois. Sa visite en décembre dernier au tristement
célèbre sanctuaire Yasukuni qui est consacré aux Japonais morts à la guerre et
qui abrite 14 criminels de guerre de classe A a été le feu vert à une campagne
de blanchiment des crimes de l’impérialisme japonais. Durant le même mois, Abe a
nommé quatre figures de droite au conseil d’administration du groupe public de
radio-télévision NHK, dont l’auteur Naoki Hyakuta qui avait déclaré en février
que le viol de Nanjing n’avait « jamais eu lieu ».
Le gouvernement Obama est directement responsable
de cette relance du militarisme japonais. La Maison Blanche a fait pression pour
que le premier ministre Yukio Hatoyama démissionne en juin 2010 lorsque ses
projets de nouer des liens plus étroits avec la Chine et de retirer les bases
militaires américaines d’Okinawa étaient entrés en conflit avec les préparatifs
du « pivot ». Au moment où la querelle à propos des îles Senkaku/Diaoyu
éclatait, les Etats-Unis avaient attisé les tensions en proclamant publiquement
soutenir le Japon en cas de guerre avec la Chine. Abe et son Parti libéral
démocrate de droite avaient exploité le climat de guerre pour remporter les
élections nationales de 2012.
Lors de la conférence de presse de cette semaine,
Obama n’a pas tari d’éloges pour « l’engagement exceptionnel envers notre
alliance » d’Abe et donné son aval à la remilitarisation du Japon. Il a salué «notre coopération de sécurité renforcée» et « la progression réalisée dans
l’alignement de nos forces dans la région » en ajoutant que les forces
américaines au Japon « incluront nos capacités militaires les plus avancées.
»
Les provocations d’Obama en Ukraine à l’encontre
de la Russie et son « pivot vers l’Asie » qui vise la Chine sont les deux fronts
d’une stratégie plus large ayant pour but la subordination de la masse
continentale eurasienne à l’impérialisme américain. En 1977, suite à
l’effondrement de l’Union soviétique, l’ancien conseiller américain à la
sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, avait souligné l’importance
cruciale de l’Eurasie pour le maintien de l’hégémonie mondiale américaine. En écrivant dans le magazine
Foreign Affairs, il avait déclaré: « L’Eurasie étant
devenu maintenant l’échiquier géopolitique décisif, il ne suffit plus de modeler
une politique pour l’Europe et une autre pour l’Asie. Ce qui se passe avec la
répartition du pouvoir sur la masse continentale eurasienne sera d’une
importance décisive à la primauté mondiale de l’Amérique et de l’héritage
historique. »
Les principaux obstacles aux ambitions
américaines en Eurasie sont la Chine et la Fédération russe et qui, en ce qui
concerne Obama, ont d’ores et déjà contrecarré des projets américains au
Moyen-Orient, notamment l’intervention en Syrie. Les intrigues américaines en
Ukraine qui ont délibérément provoqué une confrontation avec la Russie, montrent
qu’Obama est prêt à risquer une guerre avec un adversaire qui dispose de l’arme nucléaire. Obama avait déjà misé sur un conflit avec
la Chine lorsqu’il avait ordonné en novembre dernier à deux bombardiers B-52 à
capacité d’armement nucléaire de défier la déclaration de Beijing sur une zone de défense d’identification aérienne
(ZDIA). L’objectif de Washington n’est pas juste de contenir la Russie et la
Chine, mais de les assujettir entièrement aux intérêts de l’impérialisme
américain, au besoin par leur démembrement et leur dissolution.
La classe ouvrière internationale est confrontée
à de grands dangers. Cent ans après le déclenchement de la Première Guerre
mondiale, le capitalisme est rongé par les mêmes contradictions fondamentales
qui ont précipité par deux fois au 20ème siècle le monde dans la
barbarie. La poussée vers une guerre de la part de l’impérialisme américain et
de ses alliés va de pair avec une guerre de classe grandissante à l’encontre des
droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière à l’intérieur du pays. La
promotion du militarisme et de la guerre aux Etats-Unis, au Japon et en Europe
est une tentative délibérée de détourner les immenses tensions sociales internes
vers un ennemi extérieur.
Sans une lutte politique pour la mobilisation de
la classe ouvrière internationale visant à abolir le système de profit dépassé,
la dérive vers la guerre est inévitable. Le Comité international de la Quatrième
Internationale et le World Socialist Web Site organiseront le 4 mai un
rassemblement international sur internet pour célébrer le premier mai dans le
but d’initier un mouvement antiguerre dans le monde entier. Nous encourageons
instamment les travailleurs et les jeunes de chaque pays à se joindre à ce forum
et ce débat communs sur la perspective socialiste révolutionnaire internationale
qui doit animer cette lutte. Inscrivez-vous dès aujourd’hui à internationalmayday.org.
Source : wsws.org

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