Patrick Mignard
Le
Parlement a adopté définitivement mercredi 12 février 2014 une proposition de
loi centriste visant à faire reconnaître le vote blanc.
Eternellement insatisfait des propositions
et pratiques d’une classe politique dont je me méfie, j’ai longtemps pensé que
la reconnaissance du vote blanc serait
un progrès. Je n’en suis plus sûr aujourd’hui !
Deux raisons expliquent ce scepticisme :
- la reconnaissance du vote blanc ne changera fondamentalement rien, ni aux pratiques politiques, ni aux résultats des élections… S’il est une reconnaissance tout à fait symbolique de la défiance par rapport aux politiciens, il n’en sera aucunement une quelconque sanction ;
- la reconnaissance officielle du vote blanc coïncide étrangement avec une montée régulière de l’abstention…
C’est cette seconde raison qui est
troublante. Y a-t-il un lien entre les niveaux considérables atteints par
l’abstention et la reconnaissance du vote
blanc. Au premier abord on pourrait croire qu’il s’agit
d’institutionnaliser, dans le cadre du processus électoral, le mécontentement.
Soit ! Mais alors quelle signification a une telle reconnaissance ?
Fondamentalement aucune. Alors pourquoi ?
Le niveau d’abstention aux élections n’est peut-être
pas étranger à cette reconnaissance. Tant que l’abstention était considérée
comme une pratique de « citoyens
irresponsables » et de « pêcheurs à la
ligne », elle ne faisait pas peur aux politiciens,… ils s’en accommodaient.
Or, depuis quelques années l’abstention
change de nature. Il est clair aux yeux de tous qu’elle est une attitude politique, celle
du refus des promesses et pratiques de la classe politique. L’abstention n’est
plus un phénomène marginal, mais une composante de la vie politique. L’abstention apparaît aujourd’hui au système
électoral dit démocratique, ce qu’est
l’exil pour les systèmes totalitaires.
Il est évident qu’une telle situation est
inacceptable pour les politiciens qui ont besoin d’une légitimité pour exister.
Le calcul des pourcentages qui ne se fait que sur les bulletins effectivement
déposés dans les urnes est en passe de devenir obsolète. L’abstention est leur
négation. Il leur faut donc enrayer cette logique mortifère pour eux.
Autrement dit, soyons clair : la reconnaissance du vote blanc est une manière
de piéger les abstentionnistes pour leur faire retrouver, de manière détournée,
le chemin des urnes. Tomberons-nous dans ce nouveau piège ?


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire