Charles Sannat
Que les choses soient très claires, car depuis le début de l’affaire
BNP Paribas j’ai reçu quelques commentaires pas forcément sympathiques «
m’accusant » de défendre l’indéfendable à savoir la banque BNP Paribas.
En tant qu’ancien banquier et de BNP Paribas de surcroît, je pense
savoir de quoi je parle et être assez bien placé pour moi aussi ne pas
aimer ni les méthodes ni les manières de nos banquiers quels qu’ils
soient, raison pour laquelle d’ailleurs j’ai décidé à un moment de ma
vie de quitter ce système pour retrouver une réelle liberté en dehors de
ce dernier.
Je ne veux donc pas que mes propos soient pris ou interprétés comme
la défense de BNP Paribas mais comme la défense d’une idée qui dépasse
largement le cadre de cette entreprise fut-elle une banque, à savoir la
défense des intérêts de la France et de son peuple.
Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, ou qui ne veulent pas
comprendre, tout en sachant qu’ils bénéficient des circonstances
atténuantes puisque ce n’est pas le JT de 20h00 qui leur permettra
d’avoir une vision précise des enjeux et des batailles en cours à
travers le monde, l’affaire BNP Paribas n’est que le début d’une
(nouvelle) attaque orchestrée par nos grands amis les Américains contre
les intérêts économiques français.
Après BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole aussi dans le viseur américain
Comme nous l’apprend cet article tout à fait sérieux de La Libre Belgique
(un vrai journal avec des vrais journalistes), « après BNP Paribas,
Société Générale et Crédit Agricole risquent également d’être mises à
l’amende par les autorités américaines, pour avoir réalisé des
opérations en dollars avec des pays sous embargo économique des
États-Unis ».
La Société Générale et le Crédit Agricole ont donc dû annoncer dans
leurs documents officiels qu’ils allaient vérifier l’ensemble des «
opérations réalisées en dollars avec des pays sous embargo américain »,
la Société Générale ayant quant à elle confirmé qu’elle avait déjà
entamé des discussions avec les autorités américaines histoire de
négocier déjà le racket, pardon l’amende à laquelle elle serait soumise.
Pourquoi le racket ? Tout d’abord parce que la légitimité morale
d’une telle sanction est déjà particulièrement contestable dans la
mesure où ce qui est reproché à la BNP c’est d’avoir utilisé le dollar
pour des transactions avec des pays sous embargo américain mais qui ne
l’étaient pas en France, or BNP Paribas est une entreprise de droit
français appliquant la législation française et européenne. Cela doit
permettre au passage de réfléchir sur le rôle du dollar et son
encadrement juridique aux États-Unis qui font du dollar une monnaie
tout… sauf libre d’utilisation.
Ensuite parce que d’autres banques ont déjà été condamnées pour des
faits similaires et que les sanctions prononcées ont été 20 fois moins
importantes. Dans l’affaire BNP Paribas se cache autre chose, à savoir
un chantage des Américains (nos grands amis) à l’égard de notre pays qui
livre des navires de guerre (les Mistral) à la Russie et au méchant
mangeur d’enfants à chaque petit déjeuner, Vladimir Poutine.
BNP : Poutine dénonce un « chantage » américain sur la vente des Mistral
Alors que le silence du président français, qui était allé faire le
caniche à Washington pour sa visite d’État, est particulièrement
assourdissant et sa mollesse grandement remarquée (sans parler de son
inefficacité sur ce sujet), c’est le président russe Vladimir Poutine
qui vient prendre la défense de BNP Paribas et des intérêts économiques
français en mettant officiellement les pieds dans le plat et en disant
tout haut ce que tout le monde savait déjà tout bas (et je l’avais
d’ailleurs à plusieurs reprises expliqué dans les colonnes du Contrarien
Matin).
Le président russe Vladimir Poutine a donc déclaré le plus
sérieusement du monde que : « Nous sommes au courant de la pression que
nos partenaires américains exercent sur la France pour qu’elle renonce à
la livraison des Mistral en Russie, et du fait qu’on lui a fait
comprendre que si elle y renonçait, les sanctions sur les banques
seraient levées ou réduites. Comment peut-on qualifier cela autrement
que de chantage ? »
Bon, il faut dire qu’entre-temps, la France livre quand même ses
navires de guerre à la Russie et que 400 marins russes sont arrivés
lundi à Saint-Nazaire pour prendre livraison de leur dernière commande
de jouets qui s’avère pour la France une très mauvaise affaire
financière.
Le problème du dollar…
Le problème du dollar donc c’est qu’il est en réalité une monnaie
dont vous n’êtes en aucun libre de l’utilisation lorsque vous êtes une
nation étrangère. Vous devez appliquer la loi US pour commercer en
dollar, cela est donc une restriction particulièrement intolérable pour
une monnaie qui se veut la référence mondiale et l’étalon monétaire du
monde économique moderne.
Cela pose évidemment également le sujet de la réalité de l’amitié
franco-américaine et de notre alignement sur les intérêts américains au
détriment des nôtres.
Les États-Unis sont progressivement passés, et insidieusement
d’ailleurs, d’une attitude où les idéaux américains étaient suffisamment
forts pour susciter l’adhésion des peuples et des nations partenaires à
une dictature diplomatique et à une obligation de partenariat en
utilisant des moyens coercitifs de plus en plus forts.
Cette attitude profondément belliqueuse et humiliante à l’égard des
partenaires historiques des États-Unis d’Amérique date des suites des
attentats du 11 septembre et de la doctrine Bush pour la guerre en Irak
(et avec quel succès comme on peut le voir aujourd’hui puisque Bagdad va
tomber et que ce n’est qu’une question de jours et tout au plus de
semaines) du « vous êtes avec nous ou contre nous »… et être avec les
Américains, c’est se taire et obéir.
Face à ces excès américains parfaitement condamnables et
inacceptables, la France doit retrouver son propre positionnement à
savoir un non-alignement et servir de pont entre les États-Unis et la
Russie à travers sa place centrale en Europe.
L’Europe doit prendre conscience qu’elle doit se défendre et se
comporter comme un État souverain garant de ses intérêts supérieurs et
de la protection de ses peuples (ce que cette Europe-là, profondément
pro-américaine, est incapable de faire, d’où la nécessité d’en sortir
pour refonder une autre Europe).
Nous sommes écoutés, nous sommes espionnés, nous sommes humiliés,
nous sommes rackettés par ceux censés être nos amis et nos alliés… Or
nous avons quitté depuis longtemps le domaine de l’amitié pour rentrer
dans celui d’un régime autoritaire d’occupation économique de la part
des Américains.
C’est la raison pour laquelle nous devons retrouver notre
souveraineté dans sa plénitude et cela passe par le refus pur et simple
du Traité transatlantique qui n’est pas envisageable dans l’état de
pressions diplomatiques et économiques que nous subissons et que nous
devons mettre fin à cette expérience européenne qui ne fait de nous que
des vassaux de la toute-puissance américaine.
Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en
tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa
suite. Le Contrarien Matin est un quotidien de décryptage sans
concession de l’actualité économique édité par la société AuCOFFRE.com.
Article écrit par Charles SANNAT, directeur des études économiques.
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