Patrick Mignard
Le drame du 4 juillet 2014 à l’école maternelle Édouard Herriot
d’Albi, passera dans quelques jours pour un fait divers, une fois
l’émotion passée et épuisé le concert indécent des politiciens.
Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que se déroule la vie dans notre
société, les médias et les « autorités » passeront à autre chose… Il ne
subsistera que quelques commentaires lapidaires qui surnageront dans la
médiocrité ambiante d’une société en décomposition. Ce n’est pas le
premier drame de ce genre,… et ce ne sera pas le dernier. Drame de la
démence ! Possible, mais qui frappe encore une fois l’École, une École
qui devient le réceptacle de toutes les violences sociales.
Pourquoi une telle violence à l’égard des enseignants ? Pourquoi deux
fois plus d’insultes et d’agressions à leur égard, comparé aux autres
professions ? Pourquoi cette profession, autrefois admirée, est-elle
aujourd’hui désertée par les jeunes ?
L’enseignant est désormais dans une position impossible. Dans un
monde où l’individualisme a laminé les solidarités, où la course au
profit est la règle absolue, où l’Homme est sacrifié sur l’autel de la
rentabilité, où la médiocrité s’étale dans les médias et dans la
politique, où le mensonge et la corruption rongent ce qui devrait servir
d’exemple, l’enseignant est sommé d’inculquer à des jeunes des valeurs
qui ne sont plus que des ombres aux frontons des établissements
officiels. Pire, ils sont tenus pour responsables de la faillite de la
société en matière d’intégration. Les enseignants sont
« responsables » du futur des jeunes qui doivent entrer dans une société
dans laquelle la plupart n’ont pas leur place : exclusion, chômage.
Directement en contact avec ce qu’il y a de plus sacré pour des
parents, leurs enfants, les enseignants sont porteurs de toutes les
déceptions en matière d’éducation. A défaut de remettre en question
cette société qui exploite et exclut, il est de bon ton de « faire
porter le chapeau » aux enseignants…S’attaquer aux enseignants plutôt
qu’à la société c’est comme s’attaquer aux pauvres plutôt qu’à la
pauvreté.
Traînés dans la boue aux yeux de tous, par les politiciens et leur
démagogie populiste, les enseignants sont de parfaits boucs émissaires
(trop de vacances, trop payés, pas assez d’heures de travail, stabilité
de l’emploi, toujours en grève, tous contestataires, trop de gauche,
trop sévères, ou pas assez,…). Ils ne jettent des fleurs aux enseignants
que le jour de leur enterrement. Tous ces faux-culs de notre société
paradent alors devant les caméras, la larme à l’œil, pour louer celles
et ceux qu’ils ignorent, ou agressent, le reste du temps. L’École est
devenue le défouloir de toutes les frustrations, les révoltes, les
jalousies, … et même les actes démentiels… Il y a une certaine logique
sociale dans l’expression de la folie.
Sanctuariser l’Ecole ? Certainement pas. Des politiciens médiocres et
incompétents (des noms ?) le souhaitent, en particulier, comme par
hasard, ceux qui sont responsables de son état pitoyable. L’Ecole n’est
pas une « réserve » qui doit être protégée,… au contraire, elle est la vie et doit être ouverte sur la vie. C’est la vie en société qui devient insupportable... l’Ecole ne fait que refléter cet état.
Refermer l’Ecole sur elle-même, c’est la tuer et reconnaître par ce
fait que son environnement, la Société, est en pleine décadence.
fedetlib

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