mardi 1 juillet 2014

Poutine, Merkel, Hollande : un retour aux fondamentaux !

Avic                 

De Gaulle l’a rêvé, Poutine est peut-être en train de le faire grâce à la situation créée en Ukraine. Peu à peu, se forme un axe France-Allemagne-Moscou pour la gestion de la crise ukrainienne qui se révèle être une crise européenne dans toutes ses dimensions.

Par bien des côtés, les tentatives des d’isoler la Russie rappellent ce titre d’un grand quotidien londonien : « Tempête sur la Manche, le continent est isolé ». Si le quotidien en question a peut-être usé de « l’humour britannique » dans son titre, il semble que ces Messieurs de Washington prennent tout à fait au sérieux leur volonté d’isoler la Russie et tous ceux qui la soutiendraient, c’est-à-dire une masse humaine non isolable auprès de laquelle les ne sont finalement qu’une île.
Cette réalité-là, beaucoup de grands l’avaient perçue. L’Europe gaullienne « de l’ à l’Oural » n’était pas qu’une vision, c’était un constat. Des millénaires de migrations, de brassage des peuples, de guerres, de conquêtes et d’échanges en tout genre ne se gomment pas d’un trait de plume par des lois et des décrets apportés par des gens dont l’Histoire toute récente n’a été, elle, forgée que par des lois et des décrets. Cette Europe réelle ne peut voir l’ que comme un partenaire ou un prolongement, et ce, quelle que soit la puissance de cette , mais en aucun cas comme une même entité, ne serait-ce qu’à cause des milliers de kilomètres de vide océanique qui les séparent.
À l’occasion de la crise ukrainienne, le naturel européen revient au galop. L’Europe des peuples, malmenée par les rois et les empereurs, s’est composée et se recomposée au grès des guerres et des traités, mais une chose reste : l’interdépendance vitale qui, au fil des siècles, en est devenue son essence. On dit qu’en cas de danger mortel imminent des mécanismes de survie inconscients se mettent en branle. Ce sont peut-être ces mécanismes qui font que Hollande, Merkel et Poutine sont en contact permanent car l’Europe est en danger mortel.
Le principal acteur dans la crise ukrainienne, les Etats-Unis, est omniprésent à chaque étape, chaque jour, chaque heure, et veille à ce que la crise aille jusqu’à son terme. Dans cette gestion américaine de la crise, l’Europe y participe également. Elle en est même l’outil principal mais, paradoxalement, l’acharnement de Moscou à éteindre l’incendie a trouvé des échos chez beaucoup de politiques européens de premier plan. Reprenant naturellement la vision gaullienne d’une Europe guidée par le binôme franco-allemand, Poutine a su transformer la crise aigüe en mal gérable de manière posée et réfléchie.
On peut voir dans la démarche de Moscou une manœuvre habile qui découle des relations d’interdépendance très fortes entre l’Allemagne et la Russie, ainsi que des très bonnes relations entre Vladimir Poutine et . Le dialogue est permanent et obligatoire entre ces deux pays. Pour la crise ukrainienne, Poutine s’est donc naturellement tourné vers Merkel. Quant à , il a déjà montré qu’il était de ceux qui suivraient les Etats-Unis les yeux fermés. Avant son arrivée à l’Elysée, avait déjà été vendue, il ne faisait qu’en assurer le service après-vente, mais il le faisait bien. Cependant vendue ou pas, s’il y a une chose que ne supporte pas, c’est que l’Allemagne soit considérée comme seule décideuse pour l’Europe. Vladimir Poutine eut l’intelligence d’associer François Hollande à cette tâche importante, à caractère peut-être historique, de sauver l’Europe. Cette démarche, préparée par la fameuse interview accordée à Europe 1 et TF1 alors que ces médias n’y croyaient plus et ne l’attendaient plus (et ils se demandent encore pourquoi ils l’ont finalement eue), prit son envol le 6 Juin en redonnant dès ce jour à son rôle gaullien que les derniers présidents avaient ramené à celui de consulat de l’Empire.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que François Hollande soit à la hauteur, d’autant plus qu’il semble se complaire dans ce nouvel habit peut-être encore un peu large pour lui ; mais il ne tient qu’à lui de prendre un peu plus d’épaisseur. Poutine, Merkel et les objectifs générés par les problèmes ukrainiens peuvent lui en donner l’occasion, et cela, sans trop de risques. Ce serait autrement plus gratifiant que d’essayer de se tresser des lauriers sur des théâtres d’opérations improbables qui peuvent tous se terminer en Dien Bien Phu.

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