Le Yéti
Le mensonge est la forme
pervertie et déliquescente de la raison d’État. Mais que dire d’un État
quand ses mensonges ne sont même plus en mesure d’abuser qui que ce
soit ?
Tout d’abord écartons un lieu-commun un
peu facile : non, il n’est pas vrai que le mensonge soit inhérent à
tout exercice du pouvoir. Je ne pense pas qu’un Nelson Mandela ait eu
besoin de recourir à des sornettes grossières pour asseoir l’autorité du
pays qu’il présidait.
Que le mensonge d’État soit par contre
chose répandue est une évidence qui dit juste combien le pouvoir
corrompt ceux qui l’exercent. Et il est même un temps où le mensonge
d’État renforce et prolonge d’une certaine manière la puissance des
menteurs.
Mais la décomposition d’un État survient dès lors que ses mensonges ne dupent plus personne.
C’est bien ce qui vient de se produire à travers les deux derniers
invraisemblables bobards sortis par l’équipe de bras cassés au pouvoir.
Enrayer d’urgence le cancer de l’humiliation
Le naufrage quasi instantané de Bernard Cazeneuve dans l’affaire Rémi Fraisse
et de ses tentatives pour étouffer la culpabilité de la police et de
son ministère donne une idée de la dilution des rouages du pouvoir.
Confondu, le ministre
tentera un échappatoire désespéré… en ordonnant l’interdiction des
grenades offensives (sans que personne parmi “l’élite” ne relève que le
véritable scandale résidait précisément dans leur autorisation
préalable) !
Plus graves encore les péripéties de l’affaire Fillon-Jouyet. En ce sens, note Jacques Sapir dans un récent billet,
qu’elle révèle crûment la pétaudière dans laquelle se débat
l’oligarchie finissante, des gouvernants du moment à leur fausse
opposition de droite, en passant par les médias mainstream qui
relayèrent sans la moindre vérification les accusations émises par un
conseiller de l’Élysée fricotant aussi aisément avec la présidence
Sarkozy dont il fut le zélé ministre qu’avec celle de François Hollande
dont il est le conseiller attitré.
Il est clair qu’aucun de ces deux mensonges — pour ne citer que ceux-là, car
la fièvre a tendance à s’en répandre ces derniers temps — n’abusa
jamais personne, même ceux qui feignent d’y croire au nom de la raison
et de la “dignité” bien ravagées dudit État.
Clair aussi que l’indignation outragée ne saurait plus suffire à
régler le problème. Pas plus que l’ironie ou le cynisme, masques
grimaciers traditionnels de l’impuissance et de la résignation.
Bref, au point critique où en est sa décomposition politique, il ne reste guère plus de solution pour le pays que de jeter dehors, au plus vite et sans façon, ceux, tous ceux qui font ainsi prospérer le cancer de la honte et de l’humiliation.
En témoigne le mépris (mérité) dont ils sont accablés, tant au niveau national qu’international.

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