UJFP
Voici plusieurs
mois que le régime israélien a amorcé une offensive très
violente sur Jérusalem, qui vient couronner des années, de
restructuration de la municipalité en dessinant ce qu’il
appelle « le grand Jérusalem », d’épuration ethnique des
quartiers palestiniens de la vieille ville (comme ceux de
Silwan et Sheikh Jarrah) et de remplacement des habitants par
des colons israéliens.
Ce sont depuis juin dernier de
véritables ratonnades qui se succèdent dans les rues de la
ville, des ballons équipés de caméras de surveillance
au-dessus des quartiers arabes, du camp de réfugiés de
Shouafat, des centaines de policiers ratissent la vieille
ville, et 1060 nouveaux logements réservés aux colons
israéliens dans les quartiers arabes viennent d’être annoncés.
C’est à présent
l’esplanade des mosquées et la mosquée d’Al Aqsa elle-même qui
sont visées. Des colons armés protégés par la police sont
entrés plusieurs fois ces dernières semaines avec l’aval du
gouvernement sur l’esplanade « pour prier ». [1]
Devant la
révolte ainsi provoquée par ces incursions régulières, des
centaines de policiers sont entrés régulièrement à l’intérieur
de la mosquée et ont tiré sur des manifestants ou croyants
palestiniens. L’accès de la mosquée totalement interdit
pendant plusieurs jours aux Palestiniens qui priaient dans la
rue sous les charges de la police, vient d’être rétabli,
interdit aux moins de 50 ans. Des projets se discutent au
parlement : diviser la mosquée pour permettre l’accès des
juifs religieux sur une partie. L’objectif des partis colons
n’est rien moins que la destruction de la mosquée pour pouvoir
reconstruire « le » temple sur l’emplacement. [2]
Après l’échec du
dernier round de négociations de paix, l’échec de l’offensive
meurtrière sur Gaza qui a enflammé les sociétés civiles
mondiales contre cette politique de la terre brûlée, l’absence
totale de stratégie et d’horizon du gouvernement israélien,
s’en prendre aux lieux saints musulmans de Jérusalem est une
façon de généraliser le conflit, de redistribuer les cartes
plus largement, à l’ombre de l’offensive occidentale en cours
au Moyen Orient contre l’Etat Islamique. Le régime se
positionne ainsi en quelque sorte comme partie prenante dans
son secteur de l’offensive contre l’Etat Islamique. Netanyahu
ne s’est pas privé de déclarer à plusieurs reprises
publiquement, y compris à l’ONU que Hamas, Hezbollah, Daesh,
c’était la même chose. Une façon de « noyer le poisson » dans
un cadre moyen oriental large où plusieurs puissances alliées
interviennent tout en avançant sur le terrain vers les
objectifs nationalistes messianistes du grand Israël et de sa
capitale éternelle. Ces faits ne peuvent que propager l’idée
d’une guerre sainte entre musulmans et juifs, bien au-delà de
la question politique du partage de Jérusalem. Autre façon
d’élargir les limites du conflit territorial, ce sont les
juifs et les arabes du monde entier qui devraient aujourd’hui
entrer en guerre de religion.
Une situation
ressemblante s’était déjà produite l’été 2000, alors qu’il
devenait clair que Camp David 2 serait un échec : c’est la
question de Jérusalem et spécifiquement de la souveraineté sur
et sous l’esplanade des mosquées qui avait été mise sur le
tapis. Yasser Arafat avait alors indiqué qu’il refusait de
prendre la responsabilité de transformer un conflit politique
en conflit religieux. Et en septembre, la provocation qui
devait allumer la mèche de la 2e Intifada était conduite par
Ariel Sharon qui venait « visiter » la mosquée d’Al Aqsa
protégé par des centaines de policiers, avec l’aval du
gouvernement Barak. Là aussi c’est par le lieu saint musulman
que s’était jouée la redistribution des cartes, et le
changement de temps dans le conflit.
Les « fermes
condamnations » politiques et le peu d’écho médiatique sur ce
qui se passe en ce moment à Jérusalem ne peuvent que nous
inquiéter. Les Palestiniens sont seuls, leurs alliés accaparés
par les troubles politiques post révolutionnaires, les
puissances occidentales sont focalisées sur Daesh et un Moyen
Orient en guerre permanente dans la continuité de la politique
du chaos néoconservatrice. Israël veut peut-être faire croire
qu’il mène à Jérusalem une de leurs batailles. Personne ne
peut sortir gagnant d’un tel conflit, mais surtout la
dimension religieuse que veut lui donner aujourd’hui Israël
menace bien au-delà de l’espace moyen oriental tous les
espaces occidentaux du monde. Une telle action ne peut manquer
d’évoquer le « complexe de Samson » détruire son ennemi même
si le prix est sa propre destruction.
Le Bureau
national de l’UJFP considère qu’il est de la plus haute
importance aujourd’hui de porter un message clair : pas de
guerre sainte contre les droits du peuple palestinien.
Le BN de l’UJFP,
le 5 novembre 2014
Notes
[1] Ce faisant, ils contreviennent
d’ailleurs aux lois religieuses juives qui interdisent aux
croyants de fouler le sol de l’esplanade, puisqu’il n’est pas
possible d’identifier le lieu précis où se tenait l’autel où
la tradition indique que la présence divine se manifestait, et
auquel seuls les grands prêtres Cohanim avaient droit d’accès.
En 1967 lors de la prise de Jérusalem, le grand rabbin Kook
exigeait que l’on retire le drapeau israélien placé par
l’armée sur l’esplanade pour cette exacte raison, et Moshe
Dayan obtempérait immédiatement. Mais le messianisme religieux
qui prévaut aujourd’hui n’a cure de ce type de détail.
[2] Le rapport de l’ONG Ir Amim de mars
2013 intitulé « liaison dangereuse : les dynamiques de
développement des mouvements du temple et leurs
implications », montre les liens étroits de plusieurs
ministères israéliens, notamment celui de l’éducation, et de
nombreux parlementaires avec ces mouvements, leurs fondations
et ONG chargées d’imprégner la société israélienne de la
nécessité de récupérer le lieu du temple.
UJFP


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