Yan Hamar
Avant tout,
il est peut-être utile de rappeler que pour avoir le prix Nobel il faut
être dans la droite ligne de la pensée dominante et avoir fait sienne
la théorie néolibérale prônée par Friedman, autre prix Nobel, et adoptée
par l’Union Européenne. Alors, lorsque le nouveau prix Nobel d’économie
fait l’éloge du « Contrat de Travail Unique », on sait d’avance à qui
profitera cette « réforme » du droit du travail !
Prôné par
le nouveau prix Nobel d’économie, Jean Tirole, et remis sur la table
par Manuel Valls dans un entretien accordé à « l’Obs », le contrat de
travail unique pourrait bien bouleverser les fondements même du modèle
social français. Mais Monsieur Valls oublie deux choses. D’une part, il
oublie de rappeler que ce contrat unique existe déjà : il s’agit du
CDI. D’autre part dans les faits, aujourd’hui, l’unique type de
contrat qui est conclu aujourd’hui en France, c’est le CDD. Une grande
majorité des embauches sont en effet concernées par ce type de contrat
précaire pour le salarié.
Le contrat de travail unique,
considéré comme une « idée intéressante » par le Premier ministre
Manuel Valls, est une proposition qui revient de façon récurrente à
droite et du côté du syndicat patronal, le Medef, mais les autres
syndicats rejettent fermement cette proposition. Déjà, Nicolas Sarkozy
avait tenté cette proposition en 2007. Elle est donc reprise par Manuel
Valls, qui sous prétexte d’agir sur les « inégalités importantes » entre
les salariés « très protégés » en CDI et les précaires en CDD et en
intérim, entend niveler tout le monde vers le bas. Une idée qui figure
dans les propositions récentes du Medef, qui a fait de la casse du CDI
un de ses principaux objectifs.
Avoir un seul contrat
pour remplacer toutes les formes de contrat existantes (dont CDI, CDD),
ce serait la fin du contrat à durée indéterminée, c’est de fait une
remise en cause du CDI. Ce n’est pas la nature du contrat de travail qui
inverse la courbe du chômage, c’est la croissance, c’est
l’investissement, c’est l’emploi. Alors, pour que le chômage arrête de
progresser, plutôt que de continuer à détruire toutes les protections
sociales, on pourrait tenter au contraire d’instaurer un impôt sur les
sociétés indexé sur le nombre de chômeurs. Plus le nombre de chômeurs augmente,
plus l’impôt augmente, si le nombre de chômeurs diminue, l’impôt
diminue et si le chômage disparaît, l’impôt disparaît ! Il faut assortir
à cette proposition l’interdiction de distribuer des dividendes aux
actionnaires à toutes les entreprises qui licencient. Il faut que le
Medef et le patronat n’aient plus aucun intérêt à ce qu’il y ait du
chômage. Malheureusement, à la place, on préfère déverser des milliards
d’euros d’argent public sur des entreprises sans aucune contrepartie et
sans aucun résultat positif sur l’emploi !
Le premier ministre préfère
promouvoir un contrat qui provoquera fatalement un affaiblissement du
CDI et un accroissement de la précarité et de la flexibilité dans la
droite ligne de la doctrine libérale de Bruxelles. Mais, pour qui se
cache derrière les bourreaux bruxellois du modèle social français, il
est toujours plus facile d’abattre à la hache des millions de salariés,
plutôt que de remettre en cause les privilèges d’une poignée
d’exploiteurs ! Détricoter méthodiquement le droit du travail en vigueur
est un objectif de court terme des classes dirigeantes en France : il
passe par un dynamitage du droit du licenciement afin d’instaurer une
totale liberté de gestion de la main d’œuvre par les entreprises sur le
modèle anglo-saxon. Il ne s’agit évidemment pas d’un projet isolé mais
d’une orientation profondément cohérente avec l’essor de la
mondialisation et de la construction néolibérale actuelle de l’Union
Européenne. Il bénéficie à ce titre du soutien actif d’institutions
telles que l’OCDE et le FMI, qui ne cessent de déplorer depuis des
années le manque de flexibilité du marché du travail en France.
Le discours sur
le manque de flexibilité est un discours mystificateur et mensonger.
Près de 70% des embauches se font en intérim ou en CDD ; près d’1.2
millions de salariés, pour 80% des femmes, sont employés en temps
partiel subi ; les contingents d’heures supplémentaires utilisables ont
été augmentés ; les employeurs peuvent imposer à un salarié de faire des
heures supplémentaires sans son accord, en violation du droit
communautaire existant qui pour une fois qu’il est plus favorable n’est
pas appliqué. Les dispositifs d’annualisation du temps de travail se
sont répandus dans de très nombreuses entreprises notamment à la faveur
des lois Aubry de réduction du temps de travail avec pour effet
d’augmenter la variabilité des horaires et de supprimer le paiement de
nombreuses heures. Pour satisfaire le marché, le gouvernement est prêt à
accepter tout ce que lui demanderont les capitalistes.
Ne leur faites plus confiance,
le système capitaliste s’auto-génère sur notre naïveté et notre
crédulité, à croire qu’aucune autre solution n’est possible. L’absence
de règles permet au capitalisme de prospérer. Il est temps d’imposer un
salaire maximum et une meilleure répartition des richesses ! Il est
temps que nous imposions des règles strictes à tous ceux qui prétendent
que le travail coûte cher, mais qui s’octroient des revenus indécents au détriment de millions de salariés, de chômeurs et de retraités !

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