Gilles Devers
C’est une enquête de l’agence Associated Press qui
l’a révélé la semaine dernière : les États-Unis ont conclu des accords
pour que d’anciens nazis, recrutés après-guerre par la CIA, quittent le
pays, tout en touchant leur retraite. Donc : « Merci pour les tuyaux et
pour le savoir-faire, maintenant tu te casses, et je paie pour que tu la
fermes ». Bravo les valeurs.
Il
était de notoriété qu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale,
pendant qu’ils jouaient les belles partitions devant le tribunal de
Nuremberg, les si sympathiques États-Unis avaient recruté nombre
d’anciens nazis pour imposer leurs réseaux de domination. Plus d’un
millier. Parmi eux, de gros poissons, comme Otto Albrecht von
Bolschwing, capitaine SS, le collaborateur d’Eichmann. À Lyon, on se
rappelle bien de Klaus Barbie qui avait été recruté par les US pour
exercer ses talents en Amérique du Sud. Pour qu’ils soient tranquilles
et qu’ils puissent se concentrer sur leur (excellent) travail, les nazis
s’étaient vu offrir la nationalité US.
Ça
s’est compliqué à la fin des années 1970, quand le mouvement
international de recherche des nazis, aux fins de les juger, s’est
amplifié. La justice US a bien entendu pris place dans ce programme (la
morale avant tout), mais quelques-uns au sein de l’organisme idoine, le
Bureau d’enquêtes spéciales, ont lancé l’idée que le plus simple serait
de commencer par arrêter ces gens bien connus et dont les crimes
étaient bien connus. Ce qui aurait été bien fâcheux car ces nazis
recyclés auraient eu de bonnes infos à nous donner sur leur nouvelle
carrière…
D’où
le deal : les US retirent la nationalité et leur versent une pension
de retraite, en contre partie d’un départ discret des US et de
l’impunité. Les nazis recyclés partaient avec leur passeport
étatsunien pour voyager légalement vers leur pays d’origine, puis ils
renonceraient à la nationalité étatsunienne et les US versaient leur
pension. Parfaitement pourri, nous sommes d’accord.
Les
journalistes d’Associated Press ont fait du bon travail, et ils ont
identifié plusieurs de ces personnes : Martin Hartmann, un ancien SS
gardien au camp de Sachsenhausen, qui a quitté l’Arizona en 2007 pour
s’installer à Berlin ; Jakob Denzinger, ancien garde d’Auschwitz, qui a
quitté les US en 1989 pour s’installer en Croatie. Der Spiegel estime que sur les trois dernières décennies, plusieurs millions de dollars leur ont ainsi été versés.
Les
faits n’ont pas été démentis. La « démocrate » Carolyn Maloney a déposé
une proposition de loi déposée en urgence devant le Congrès pour couper
les finances. Explications : « Le contribuable américain ne devrait pas
subventionner la retraite de ceux qui sont responsables des pires crimes
de l’histoire de l’humanité ». C’est donc çà… un trop gros effort pour
le contribuable…
Mais sur le fait que l’administration ait recruté 1000
nazis, les ai protégés, ai utilisés leurs talents, et ait organisé leur
impunité, ça ne marque pas outre mesure la « démocrate » Carolyn
Maloney.


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