lundi 24 novembre 2014

Pendant que les banksters se gavent, les enfants trinquent…

Woodward et Newton         
 

En 2012, 76,5 millions d’enfants vivaient sous le seuil de pauvreté dans les 41 pays les plus riches du monde. Pas sûr que les choses aillent mieux aujourd’hui… 
 
Fascinant, le dernier rapport de l’UNICEF (« Les enfants de la récession : l’impact de la crise économique sur le bien-être des enfants dans les pays riches » - septembre 2014 ) qui enrichit considérablement – si l’on peut dire – notre connaissance sur la qualité de l’héritage que les élites politiques dirigeantes des états les plus riches du monde s’apprêtent à léguer aux générations futures.
Les experts –italiens- de l’exercice se sont donc livrés à un calcul au demeurant assez simple compte tenu de la qualité de l’outil statistique dont ils disposaient : dénombrer la population d’enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté dans les 41 pays les plus riches de la planète, et l’évolution de cette tranche de la population depuis et à cause de la crise économique de 2008. 
On rappellera utilement qu’on considère généralement qu’un ménage disposant d’un revenu inférieur à 60% du revenu médian observé dans le pays considéré, entre dans la catégorie des « pauvres ». 
Pour nos lecteurs un peu fâchés avec les concepts statistiques élémentaires, le revenu médian – à ne pas confondre avec le revenu moyen – est tel, qu’il y a dans le pays en question, autant de ménages percevant un revenu supérieur, que de ménages bénéficiant d’un revenu inférieur à celui-ci.
Comme l’indiquent les auteurs, «…La grande dépression qui a été déclenchée par le désordre financier ayant pris naissance aux Etats Unis et qui s’est rapidement étendu à l’ensemble de la planète, a aussi infligé la crise économique aux enfants et l’écart entre les familles riches et les pauvres s’est accru de manière alarmante dans les pays industrialisés…Des taux de chômage inconnus depuis la Grande Dépression des années 30, ont placé de nombreuses familles dans l’impossibilité de prodiguer les soins, la protection et les opportunités auxquels ont droit les enfants…Dans chaque pays, l’ampleur et les formes particulières de l’impact de la crise sur les enfants résultent directement de la gravité de la récession, des conditions économiques en vigueur avant qu’elle survienne, de la robustesse du système de protection sociale et, facteur déterminant, de l’efficacité des politiques mises en œuvre pour y faire face… »  
De manière très surprenante, l’étude de l’UNICEF démontre que si, dans 23 des 41 pays étudiés, la « pauvreté enfantine » a considérablement progressé depuis 2008, elle s’est réduite dans les 18 autres, parfois même de manière considérable, démontrant ainsi que même dans un tel domaine, il n’y a pas de fatalité.
Les auteurs ont donc établi, leur hit parade de la pauvreté enfantine, en prenant soin de prendre un indice de référence, à savoir, la situation qui prévalait en 2008. 
En effet, la dégradation des conditions économiques générales d’un pays peut avoir des conséquences trompeuses en termes statistiques. C’est notamment le cas de la baisse sensible du revenu médian observée dans de nombreux pays qui peut donner l’impression d’une réduction du nombre des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté. Le meilleur exemple est celui du Royaume Unis où, la « pauvreté enfantine » est apparemment passée de 24% en 2008 à 18,6% en 2012. Par rapport au revenu médian de 2008 en revanche, le nombre des enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé à 25,6%, soit une progression réelle de 1,6%.

Les progrès de l'enfant polonais

En variation donc, les plus importantes réductions de la « pauvreté enfantine » ont été observées dans cet ordre, au Chili (de 31,4% en 2008 à 22,8% en 2012 soit une baisse de 8,67%) en Pologne (de 22,4% à 14,5% - moins 7,90%) et en Australie (de 19,2% à 13% moins 6,27%). À l’autre extrémité, le podium de l’aggravation de la pauvreté enfantine est trusté par…L’Islande dont le « miracle » macro-économique est peut être un trompe l’œil social (de 11,2% à 31,6% soit plus 20,40% !) suivie de la Grèce (de 23,6% à 40,5% soit plus 17,50%) et de la Lituanie (de 23,6% à 38,2%, soit plus 14,60%).

En valeur absolue cette fois et non plus en variation, laquelle n’est qu’un indice de l’impact de la crise sur les structures sociales des 41pays étudiés par l’UNICEF, les Oscars de la pauvreté enfantine, reviennent sans grande surprise à la Grèce dont 40,5% des enfants vivaient en 2012, en dessous du seuil de pauvreté, suivie de la Lituanie (38,2%) et de l’Espagne dont 36,3% des enfants vivaient dans les mêmes conditions à la même période. 

Un tiers des enfants pauvres du monde riche vivent en Amérique

Plus surprenant, ce trio « de tête » de la détresse sociale des pays dits riches, était suivi en 2012 et dans cet ordre, d’Israël dont 35,6% des enfants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2012, du Mexique (34,3%) et des USA dont, globalement 32,2% des enfants vivaient dans de telles conditions (un total de 24,2 millions de jeunes, en augmentation de 1,7 millions d’enfants ou 2,06% par rapport à 2008, qui ne disent probablement pas merci au président Obama). 
Vu sous un autre angle, le tiers des 76,5 millions d’enfants pauvres du monde riche vivaient donc aux USA en 2012, un record dont le président démocrate le plus cool du monde se garde bien de faire état lorsqu’il s’auto congratule. 
Avec d’ailleurs de terribles disparités internes puisque ce taux global variait de 41,9% au Nouveau Mexique à forte population hispanique comme chacun sait, à 12,5% dans le New Hampshire fortement WASPérisé… Une population qui ne manquera pas de demander des comptes un jour prochain à ses banksters dont la voracité sans borne a gravement et durablement sapé les fondations du rêve américain, et à ses élites politiques qui les ont laissé faire quand elles ne les ont pas purement et simplement encouragés dans cette voie…
Les auteurs de l’étude se sont aussi penchés sur un concept connexe à celui de la pauvreté enfantine à savoir, celui des « NEET » (Not in Education Employment or Training) autrement dit des gamins de 15 à 24 ans abandonnés à eux-mêmes, ne bénéficiant ni d’une scolarisation ou d’un apprentissage et sans emploi. Une population désœuvrée au sein de laquelle les gangs de la nouvelle criminalité organisée internationale ont su recruter prioritairement leurs « petites mains ». 

La France pas très NEET

Non sans surprise, le trio de tête de cet indice de grande détresse sociale était constitué en 2012 d’Israël dont 30,7% des jeunes de 15 à 24% étaient « NEET », suivie de la Turquie (25,5%) pays où on observe la réduction la plus sensible de ce phénomène social, baisse qu’il faut peut être mettre au compte de la réislamisation sournoise de la société turque sous le régime de Recep Tayyip Erdogan, lequel a célébré la bonne nouvelle en inaugurant son Palais Blanc de 200 000 m2 habitable… (Le taux de NEET recensés en Turquie était encore de 37% en 2008 !) et enfin de l’Italie (22,2%, en augmentation de 5,6% par rapport à 2008).
Et la France dans tout cela ? 
Conséquence probable de la relative efficacité de notre légendaire et envié système de protection sociale, l’hexagone se situe honorablement sans plus dans l’étude de l’UNICEF. Très loin de l’inaccessible Norvège (5,3% d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté en recul de 4,3% depuis 2008).


 En 2012, la population enfantine française vivant sous le seuil de pauvreté, bien qu’ayant augmenté de 3% depuis 2008 (elle a baissé dans le même temps de 0,2% chez notre voisin et principal partenaire économique allemand) se limitait encore à 18,6% (contre 15% pour l’Allemagne).
 Là où nous aurions – aussi - beaucoup à apprendre de notre voisin d’Outre-Rhin à la démographie certes poussive, c’est dans la lutte contre le phénomène « NEET » où, avec 6,3% (en réduction de 2,1% par rapport à 2008) l’Allemagne creuse profondément  l’écart avec la France (11,2% en augmentation de 1% par rapport à 2008).
 


bakchich.info

Aucun commentaire: