Les
données collectées sur les trente dernières années par le Pan-European
Common Bird Monitoring Scheme (PECBMS) dans 25 pays européens et
concernant 144 espèces d’oiseaux ont été analysées. Il en ressort que
les espèces dites « communes » – moins nombreuses que certaines
variétés plus rares mais dont les populations sont plus importantes –
diminuent de façon alarmante en nombre et en termes de biomasse.
Les
efforts pour ralentir la réduction de la biodiversité s’étaient
jusqu’ici concentrés sur les espèces moins abondantes, donc plus
exposées aux risques d’extinction. Et l’étude montre que les mesures de
protection ont été efficaces et que certains effectifs sont à la hausse.
En revanche, elle atteste de pertes pouvant aller jusqu’à 90 % pour des
espèces très communes, comme la perdrix grise, l’alouette des champs,
le moineau et l’étourneau. En ce qui concerne le moineau, pour qui s’y
attarde un peu, la chose paraît évidente dans les rues de nos villes où
on les voit et on les entend de moins en moins depuis des années.
Pour Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, cette disparition
inquiétante est liée à l’urbanisation galopante et aux méthodes modernes
d’agriculture : « Les oiseaux, comme tous les animaux, sont
dépendants du biotope, c’est-à-dire du milieu dans lequel ils vivent, et
on voit bien que ces milieux ont été bouleversés en partie à cause de
l’agriculture qui est devenue intensive et a effacé les bocages, les
haies, les endroits où les animaux et les oiseaux peuvent trouver refuge
mais également nidifier ; de la perte de près de 50 % de nos zones
humides et de l’artificialisation, c’est-à-dire le fait que le béton et
l’asphalte gagnent 80 000 hectares de notre territoire par an. »
La disparition des oiseaux aurait à terme, à l’instar de celle des
abeilles, un impact majeur pour la biodiversité et les conditions de
survie de l’espèce humaine. Ils jouent un rôle vital dans la
structuration et le fonctionnement de l’écosystème, dans les phénomènes
de décomposition, le contrôle des insectes et des nuisibles, la
pollinisation et la dispersion des graines. Une légende bouddhique
ancienne évoque quatre animaux discutant pour savoir qui est le plus
âgé. L’éléphant dit que l’arbre était déjà grand quand il était jeune,
le singe que l’arbre était petit quand il était jeune, le lapin qu’il
avait vu l’arbre lorsque celui-ci n’était qu’une jeune pousse et
l’oiseau déclare qu’il avait apporté la graine de l’arbre. Les trois
autres animaux le reconnaissent donc comme le plus âgé, digne du plus
grand respect. Mais l’homme moderne-à-la-courte-mémoire semble avoir
tout oublié. Et l’Europe, bien qu’alertée sur le phénomène, regarde
ailleurs.
Il en va de même pour certaines espèces migratoires. Des négociations
sont en cours à Quito, en Équateur, dans le cadre de la 11e Conférence
des partis à la convention (COP) sur les espèces migratrices appartenant
à la faune sauvage. L’objectif est de trouver un accord international
pour stopper l’empoisonnement des oiseaux. La LPO et l’ONG BirdLife
International viennent de publier un communiqué en appelant à la
Commission européenne pour qu’elle intervienne en faveur des oiseaux à
l’occasion de cette conférence.
Les responsables de l’empoisonnement des oiseaux migrateurs : les
pesticides, des appâts empoisonnés, l’utilisation de médicaments
vétérinaires comme le diclofénac ou encore les munitions en plomb. Les
deux associations réclament l’interdiction complète de ces deux
derniers. Le plomb contenu dans les balles des chasseurs est éminemment
toxique, pour l’homme comme pour les oiseaux. En octobre, une trentaine
d’experts internationaux ont publié un rapport accablant sur ses dangers
et préconisent une élimination progressive de ces munitions. Ils
appellent à un remplacement des munitions en plomb par des balles
non-toxiques, c’est le cas au Danemark depuis 1996.
Le diclofénac, lui, est un produit vétérinaire anti-inflammatoire
très couramment utilisé pour traiter le bétail. Depuis son introduction
en Inde, 97 à 99 % des vautours ont disparu, le médicament provoquant
chez eux une insuffisance rénale mortelle. Conséquence, les carcasses
pourrissent, les chiens errants se multiplient et la rage a refait son
apparition. Les aigles sont également touchés. Or, là encore,
l’alternative existe. Alors que l’Inde, le Pakistan et le Népal ont
interdit ce médicament, celui-ci a reçu une autorisation pour usage
vétérinaire de l’Europe en 2013.
Grâce à une campagne en ligne très
suivie et aux données connectées, les experts de BirdLife International
ont convaincu la Commission européenne de prendre avis auprès de
l’European Medicines Agency (EMA). Celui-ci devrait être connu le 30
novembre.


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