Un des thèmes les plus souvent repris dans les débats politiques et les
commentaires faits par des experts en Israël et en Palestine occupée, se
trouve la question de déterminer quand une prochaine intifada aura
lieu.
L’échec récurrent dans la prédiction montre que personne ne peut
anticiper quelle combinaison de questions et d’actions pourrait produire
des manifestations populaires et collectives pouvant être considérées
comme des soulèvements palestiniens contre l’occupation israélienne.
Bien que personne ne soit en mesure de prévoir quand la prochaine
intifada éclatera, il est utile d’examiner les éléments qui étaient
présents lorsque les premier et second soulèvements ont eu lieu, et de
les comparer à la situation actuelle. Parmi ces ingrédients dans le
déclenchement des deux dernières Intifada, se trouvaient l’absence
d’horizon politique, une violente répression israélienne, un
renforcement de la colonisation et les tensions à Jérusalem.
Dans les années 1980, après l’invasion du Liban israélienne qui a
forcé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à à quitter
Beyrouth et à s’installer à Tunis, Israël sous la direction du Likoud a
entamé un programme systématique de colonisation avec de grandes
confiscations de terres en Cisjordanie. Ne pouvant stopper cette
activité de colonisation illégale et exclusivement destinée aux juifs,
les Palestiniens se sont finalement révoltés.
L’absence d’un horizon politique après 20 ans d’occupation a été un
élément majeur dans la première Intifada, qui a débuté le 9 décembre
1987. La deuxième Intifada a éclaté le 28 septembre 2000, après que les
Israéliens aient systématiquement traîné des pieds dans les pourparlers
de paix post-Oslo. Lorsque les Palestiniens ont perdu l’espoir d’un
accord de paix à Camp David II, ils ont protesté violemment.
Au cours des deux soulèvements, Israël a réagi face aux premières
manifestations palestiniennes avec une main très lourde. Yitzhak Rabin,
ministre de la Défense à l’époque de la première Intifada, avait
notoirement exhorté ses soldats à « briser les os » de lanceurs de
pierres palestiniens. Une équipe de tournage de la chaîne CBS avait
filmé des soldats israéliens appliquant strictement ces ordres.
Durant la deuxième Intifada, Israël a répliqué aux manifestations avec
des tirs à balles réelles, abattant cinq Palestiniens de Jérusalem en
une seule journée, le 29 septembre 2000. Selon Amnesty International,
dans les 20 jours plus de 200 Palestiniens ont été assassinés.
Jérusalem a été le point focal pour les Palestiniens dans les deux
Intifadas. La direction clandestine de la première Intifada était en
grande partie dirigée depuis la Maison d’Orient à Jérusalem. Des années
plus tard, la décision d’Ariel Sharon de visiter le Haram al-Sharif, le
site d’Al-Aqsa - dans une tentative d’imposer la souveraineté
israélienne sur le troisième lieu saint de l’Islam - allait provoquer
une réaction violente et le déclenchement de la deuxième Intifada.
Malgré certaines similitudes, on peut distinguer des différences
entre les deux soulèvements. La première Intifada a largement impliqué
une résistance non-violente. L’aspect le plus violent du côté
palestinien était les jets de pierres. L’utilisation de méthodes
non-violentes a fait de la première Intifada un soulèvement plus
populaire, impliquant un très grand nombre de Palestiniens.
La deuxième Intifada, qui a eu lieu après que la direction de l’OLP
ait établi une Autorité palestinienne même faiblement armée dans les
territoires occupés, s’est transformée pour partie en un soulèvement
armé avec des échanges réguliers de tirs, des attentats-suicides et
d’autres formes de violence. Cette Intifada intégrait également un autre
élément nouveau : les Palestiniens citoyens d’Israël. Quand les
Israéliens ont réagi en réprimant violemment les premières protestations
à Jérusalem, les Palestiniens de Galilée se sont révoltés pour la
défense d’Al-Aqsa. Treize citoyens Palestiniens citoyens israéliens sont
morts, assassinés par la police.
Un regard sur la situation en Palestine aujourd’hui révèle en effet un certain nombre de similitudes avec le passé.
Le sentiment de désespoir est dominant depuis l’effondrement en avril
dernier des pourparlers de paix sous commandement américain. Les
activités israéliennes de colonisation continuent d’être la principale
source de la colère des Palestiniens, tandis qu’ils voient sous leurs
yeux s’évaporer leurs aspirations à un État indépendant.
La violente répression israélienne et l’impunité dont jouissent les
soldats de l’occupation et les colons provoquent également des réactions
violentes. Encore une fois Jérusalem et Al-Aqsa sont au centre de la
colère des Palestiniens, alors que les extrémistes juifs défilent autour
de Haram al-Sharif, appelant à la destruction de la mosquée Al-Aqsa et à
la construction du troisième temple en lieu et place. Les Palestiniens
en Israël se sont déjà joints aux protestations et ils sont à nouveau
durement réprimés par les forces israéliennes de répression.
Bien qu’il soit impossible d’identifier précisément les actions qui
pourraient déclencher une explosion, et donc un soulèvement palestinien,
il est raisonnable d’affirmer que tous les ingrédients sont réunis pour
un troisième soulèvement palestinien.
* Daoud Kuttab : journaliste palestinien né à
Jérusalem, il a enseigné le journalisme à Princeton et dirige
actuellement le Community Media Network, organisation dédiée au progrès
du journalisme arabe indépendant. Il est producteur de documentaires et
titulaire de nombreuses distinctions. Il est chroniqueur pour Palestine
Pulse de Al-Monitor, The Jordan Times, The Jerusalem Post et The Daily
Star (Liban).
Photo : 14 novembre 2014 - Après la prière du vendredi, des affrontements ont
à nouveau éclaté à Jérusalem entre des jeunes palestiniens et les
forces israéliennes d’occupation - Photo : MEE/Fadi Arouri
Info Palestine



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