Lors de la soirée de soutien à « Là-bas si j’y suis » (résumée en vidéo ici),
organisée le 31 octobre 2014 à la Maison des Métallos à Paris, Jean-Luc
Mélenchon s’est laissé aller à quelques « confidences » (face caméra) à
propos des matinales radiophoniques. Et le moins que l’on puisse dire
est que l’ex-candidat à la présidentielle n’a pas été tendre au sujet
des interviews – et des interviewers – du matin, ciblant notamment la
matinale de France Inter. Quelques jours plus tard, comme l’a relevé le site la-bas.org, l’animateur de cette matinale, Patrick Cohen, a (pitoyablement) répliqué à Jean-Luc Mélenchon.
Un festival de critiques (sensées) de Mélenchon
Voici quelques extraits des critiques de Jean-Luc Mélenchon (vidéo intégrale en fin d’article) :
« Alors on nous raconte des histoires, on nous dit "oui mais France Inter c’est le service public, c’est différent".
Oui c’est différent parce que non seulement ils sont d’accord avec les
autres mais en plus ils sont arrogants, parce qu’ils voudraient qu’on
avale le potage sous prétexte qu’ils sont censés être de gauche ».
Jean-Luc Mélenchon critique également, entre autres, le principe des « questions des auditeurs » :
« On a droit à un festival de soi-disant questions des auditeurs,
qui sont toujours les mêmes. Moi j’ai droit aux questions des auditeurs,
toujours les mêmes. Pourquoi je suis un tyran dans mon parti ? Sinon,
pourquoi je soutiens Chavez ? ».
Et de s’en prendre à l’orientation politique des matinales :
« Donc ce n’est pas des matinales. C’est le début de la grand’
messe du libéralisme qui commence avec les émissions du matin. Et alors
on nous dit "allez une petite cuiller pour tonton Sarkozy, une petite cuiller pour tata Merkel, une petite cuiller…" et on commence à absorber le catéchisme, mais même pas avec des nuances, quelque chose qui rendrait ça supportable ».
Avant de dénoncer les modalités mêmes des interviews :
« J’y vais parce que mes camarades me disent "il faut y aller parce que ça fait longtemps que tu y as pas été"
mais moi j’ai aucun plaisir à y aller, j’ai aucune émulation
intellectuelle, je sais que je vais dans un traquenard, qu’on va me
poser des questions pourries, des trucs dégueulasses, et qu’il va
falloir que je me réveille à temps pour pouvoir renvoyer les saletés
qu’on va me jeter à la figure. […] Les matinales c’est une expérience
extrêmement douloureuse, parce qu’il faut se lever tôt, il faut vite
regarder ses fiches à nouveau pour se les rappeler, et se rappeler ce
qui s’est passé le matin donc vous regardez sur votre truc [tablette] ce
qui s’est produit le matin, vite il faut avoir… il faut pas se tromper,
si je me trompe moi par exemple je dis "y’avait 27.502 chômeurs" aussitôt "ahaha non 704, il s’est trompé il sous-estime le problème !". C’est des chiens, c’est une horde qui se jette sur vous pour vous dévorer ».
Et de conclure, en nuançant quelque peu son propos, mais en ciblant directement Patrick Cohen de France Inter :
« Ce n’est pas tous les mêmes hein. Bon par exemple aller discuter
avec Achilli c’est quand même d’un niveau plus élevé que d’aller
discuter avec Cohen. C’est moins la propagande quoi. Ça dépend des gens.
Bon y’a des gens c’est plaisant, d’autres c’est très désagréable, et je
n’hésite pas à leur dire. Je les déteste comme eux ils me détestent ».
La pitoyable « réponse » de Patrick Cohen
Les déclarations de Jean-Luc Mélenchon sont évidemment – sur la forme
et sur le fond – discutables. Mais le moins que l’on puisse dire est
qu’il pose un certain nombre de questions sensées, que ses critiques
mériteraient donc qu’on s’y attarde et que les journalistes et
animateurs des émissions radiophoniques incriminées y répondent.
Or, à notre connaissance, seul Patrick Cohen a relevé les propos de
Jean-Luc Mélenchon, non pour leur répondre, mais pour les tourner en
dérision, aux dépens (et en l’absence) de leur auteur. Ainsi, une
version mutilée de ces critiques (initialement destinées à quelques
centaines, voire à quelques milliers d’internautes) a fait l’objet, le
10 novembre, d’une courte chronique adressée à des centaines de milliers
d’auditeurs par un tenancier de l’antenne de France Inter...
Reprenons :
« Un cauchemar. Autant alerter les futurs invités de ce 7/9 : ils
vont vivre un calvaire. Un supplice dont témoigne Jean-Luc Mélenchon qui
a très mal vécu son dernier passage dans la matinale de France Inter
début octobre ».
Prendre quelques mots au pied de la lettre permet à Patrick Cohen,
satiriste remplaçant, de dépolitiser toute mise en question. Les
extraits qu’il a soigneusement choisis font office de censure de toutes
les critiques de fond, se concentrant principalement sur les propos
portant sur les auditeurs et leurs « questions ». Oubliées, les
critiques sur les biais idéologiques. Oubliées, les critiques sur
l’absence de singularité de France Inter, radio de service public qui
mime les radios privées. Oubliées, les nuances de Jean-Luc Mélenchon et
ses attaques contre Patrick Cohen lui-même.
Ce dernier confirme en réalité les propos de l’ex-candidat à la
présidentielle, notamment lorsqu’il dénonce l’arrogance supposée des
journalistes de France Inter. En digne successeur de Stéphane Paoli et
de Nicolas Demorand, comme on peut s’en souvenir en suivant la note [1],
il se comporte lui aussi en propriétaire de l’antenne, doublé d’un
arrogant polémiste qui tente de ridiculiser Mélenchon et de rire à ses
dépens. De rire et de faire rire ses auditeurs, avec parmi eux, présente
dans le studio, Léa Salamé qui excelle dans son rôle de bon public.
Voilà qui en dit long sur la haute estime que l’animateur a de
lui-même. Un maître de cérémonie sans contradicteur. Un arbitre des
élégances dont la majesté, souvenons-nous-en, l’autorise à établir des listes noires de personnalités « ininvitables ».
Son méprisable mépris face à des mises en cause qui mériteraient
pourtant discussion confirme la tendance de nombre d’éditorialistes et
d’animateurs vedettes à se considérer comme des intouchables, alors
qu’ils ont eux-mêmes un avis sur tout et sur tout le monde et qu’ils
aiment à le faire savoir.
En somme, des bénéficiaires d’une exception
journalistique, qui interdirait de remettre en question certaines
méthodes et certains procédés. Leur pouvoir de nuisance ne doit pas
rester sans réplique.
Julien Salingue (avec Henri Maler)
Note : [1] En 2003, déjà « Stéphane Paoli, co-propriétaire de France Inter ». Variante en 2008 : « Nicolas Demorand sur France Inter : "la parole est à moi !" ».
acrimed.org


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