L’organisation non gouvernementale
internationale d’entraide humanitaire World Vision est depuis une
dizaine de jours au cœur d’une affaire… qui n’en est peut-être pas une.
Les services de renseignement israéliens accusent cette respectable
organisation, basée aux Etats-Unis, de financer le Hamas à Gaza. Son
directeur à Gaza, Mohammad Halabi, a été arrêté le 15 juin dernier et
inculpé pour atteinte à la sécurité d’Israël.
La communauté des ONG de développement dans les territoires
palestiniens occupés et la plupart des journalistes sont dubitatifs
quant à l’implication de World Vision dans toute forme de soutien au
Hamas – et encore plus à sa branche armée, comme l’affirme l’acte
d’accusation. Le coordinateur des Nations Unies pour l’aide humanitaire
dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper, a déclaré à la
presse: « Détourner de l’argent destiné au développement serait une
trahison de la part d’un haut fonctionnaire de la confiance accordée par
les directeurs et les donateurs. Tout le monde paiera cher pour un tel
comportement si celui-ci est confirmé par un processus judiciaire digne
de ce nom, il doit être fermement dénoncé. Les habitants vulnérables et
désespérés de Gaza méritent mieux que cela. Nous attendons maintenant la
décision de justice. M. Halabi a droit à un procès équitable.»
La journaliste israélienne Amira Hass a exprimé son étonnement face
au manque de professionnalisme de certains de ses collègues de la grande
presse, qui reprennent mot pour mot les informations du Shin Beit
[service du renseignement intérieur israélien], alors que les faits
tangibles sont des plus limités (Haaretz, 9 août 2016). Elle cite entre
autres le rôle d’un ancien fonctionnaire de World Vision qui avait été
licencié par M. Halabi pour faute grave, décision confirmée par la
direction de l’organisation.
Parmi les fuites en provenance du Shin Beit, World Vision aurait fait
parvenir au Hamas à Gaza des milliers de colis de nourriture et de
produits d’entretien pour qu’ils soient distribués à la population
locale. On peut légitimement se demander par quelle autre voie
l’organisation aurait-elle pu faire parvenir son aide humanitaire à la
population.
L’attaque contre World Vision n’est que le dernier épisode – pour
l’instant – d’une campagne générale du gouvernement israélien contre
tous ceux qui critiquent la politique israélienne, voire soutiennent les
besoins humanitaires des Palestiniens. Une équipe gouvernementale vient
d’être constituée au sein du Ministère des affaires stratégiques, à la
tête de laquelle se trouve la directrice générale dudit ministère, Sima
Waqnin. Avec un budget de 128 millions de shekels [près de 33 millions
de francs suisses], le gouvernement veut combattre l’image d’« Etat
lépreux » d’Israël en développant, précise-t-elle, « un discours
alternatif » à celui que diffusent ceux qui veulent salir le renom de
l’Etat hébreu, en particulier la campagne BDS (boycott,
désinvestissement et sanctions).
Première mesure proposée par Mme Waqnin : interdire l’entrée sur le
territoire israélien de ceux qui appellent à des sanctions
internationales contre Israël. Comme le souligne pertinemment
l’éditorial du Haaretz, cette initiative marque un mauvais départ pour
une campagne qui voudrait redorer le blason d’Israël : « Si c’est l’image
internationale d’Israël qui préoccupe nos ministres, on peut leur dire
avec certitude que des initiatives de ce genre [interdire l’entrée en
Israël de militants] ne font qu’amplifier les effets dévastateurs de la
«lèpre politique » dont Israël est atteint, quel que soit le discours mis
au point par les experts du Ministère des affaires stratégiques pour
tenter d’enjoliver la situation.
Plutôt que d’inventer des projets
stupides, ils feraient mieux de consacrer leur temps à la recherche
d’une solution [à la réalité produite par cinquante ans d’occupation].
Source : Haaretz, 9 août 2016.
Michel Warschawski est un militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

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