Certains immigrés français profitent de la facilité d’installation en
Israël et des souplesses de la législation locale pour monter des
escroqueries en tous genres, qui se chiffrent parfois en millions
d’euros.
Le quotidien français Libération a récemment publié un article
intitulé « Israël, un refuge pour les escrocs français » et évoquant les
liens supposés entre le Français Arnaud Mimran, actuellement jugé en
France, et le Premier ministre Benjamin Nétanyahou. On peut y lire que :
« Si la très grande majorité des Juifs français effectuant leur
alya (‘montée’ vers Israël) sont parfaitement honnêtes, quelques
centaines d’autres ont choisi de s’installer dans l’Etat hébreu pour
échapper à des poursuites judiciaires. Ou alors ils utilisent Israël
comme base de départ pour leurs arnaques commises à l’étranger. »
Arnaques par boîtes mail piratées
Plusieurs habitants de nationalité française habitant la ville de
Nétanya et soupçonnés d’avoir participé à une escroquerie massive contre
des sociétés étrangères ont été arrêtés début mai. Ils pirataient les
messageries des dirigeants et se faisaient passer pour eux afin de
convaincre les salariés de transférer de grosses sommes d’argent sur des
comptes bancaires qu’ils contrôlaient, officiellement pour payer des
fournisseurs.
Les médias français ont rapporté en avril l’existence d’une enquête
portant sur une escroquerie de 105 millions d’euros et impliquant cinq
sociétés israéliennes de courtage sur le marché des devises. Quinze
suspects ont été mis en détention préventive. Et cinq suspects d’origine
française ont été arrêtés en janvier pour s’être fait passer pour des
dirigeants de société en vue de commettre une escroquerie.
D’après Libération, l’inventeur de la combine est Gilbert Chikli, qui
vit protégé par des gardes armés dans une maison avec piscine et
jacuzzi à Ashdod, “malgré sa récente condamnation en France à sept ans de prison et 1 million d’euros d’amende”.
Si la criminalité originaire d’Amérique centrale et du Sud est perçue
par les enquêteurs internationaux comme liée à la drogue et celle
originaire de Russie et d’Ukraine comme relevant de l’escroquerie, la
criminalité française concerne de plus en plus des délits sophistiqués
liés aux nouvelles technologies.
Israël, un refuge pas comme les autres
Environ 7 500 Juifs [français] ont immigré en Israël l’année dernière
contre 6 700 en 2014 et 3 300 en 2013. La plupart sont des individus et
des familles de la classe moyenne qui viennent en Israël pour échapper
aux tensions religieuses et à l’antisémitisme régnant en France, et pour
vivre dans l’Etat juif. Israël représente cependant un refuge d’un
autre genre pour une petite minorité de ces immigrés.
La criminalité qui se développe entre les deux pays représente depuis
quelques années une importante charge de travail pour les unités
d’enquêtes internationales du ministère de la Justice israélien et de
son équivalent français. La coopération entre les services est étroite
et comprend des réunions annuelles où l’on passe en revue les dossiers
les plus importants. Le nombre d’extraditions d’Israël vers la France
augmente chaque année.
Ce n’est pas seulement l’immigration juive française “honnête” qui
inquiète les responsables israéliens. La loi du retour, qui accorde aux
Juifs et à leur famille étendue le droit d’immigrer en Israël et d’en
prendre la nationalité, est également objet d’attention. Une nouvelle
vague d’immigration s’accompagne fréquemment d’une augmentation du
nombre des personnes qui “prennent le train en marche” aux dépens des
autres. Elles s’installent en Israël et exploitent leur connaissance de
la langue et des coutumes de leur pays d’origine pour se lancer dans des
activités criminelles à partir de leur nouvelle base israélienne.
Mauvaise pub pour les Français installés en Israël
La communauté des immigrés français n’est pas ravie de ces
révélations sur les liens criminels existant entre Israël et la France. “Il y a quelques Juifs français qui ont fait des choses pas bien en France et Israël les a accueillis, déclare Ouriel Boubli, un avocat qui travaille avec les immigrés français. C’était
manifestement une erreur. Cela pose des problèmes et la communauté
française d’Israël est en colère contre ces gens, qui la souillent.” De plus, les “gens bien” qui veulent venir en Israël ont désormais du mal à investir.
L’une des raisons susceptibles d’expliquer l’intérêt que présente
Israël pour certains est une réforme de 2008 accordant aux nouveaux
immigrés et aux Israéliens revenant au pays dix ans d’exemption fiscale
sur les revenus générés par des actifs hors d’Israël. Pour quelqu’un qui
cherche à rapatrier des actifs provenant d’activités illicites, ne pas
avoir à signaler ses revenus et ses actifs à l’étranger n’est pas
négligeable. Les autorités israéliennes n’ont toutefois pas de chiffres
sur ce que cela représente.
Avichai Chnir, du Netanya Academic College, qui mène une recherche sur l’argent sale en Israël, déclare :
“Les Israéliens pensaient autrefois qu’il fallait avoir pitié des Juifs
et qu’il fallait les aider à introduire leurs capitaux dans le pays.” L’argent sale entre en Israël par divers moyens. “Israël
a toujours soutenu les Juifs qui apportaient leur argent ici.
Conséquence de la législation : ils viennent ici et, pendant dix ans,
ils n’ont pratiquement aucun contact avec la police”, explique un ancien responsable du département enquêtes de l’administration fiscale.
Un expert en la matière, qui souhaite conserver l’anonymat précise :
« Dès que des groupes disposant de fonds illégaux entrent en Israël,
ils recherchent de grosses transactions en espèces permettant de
blanchir beaucoup d’argent d’un seul coup. L’immobilier est la dernière
étape du processus, une fois que j’ai mis l’argent dans le système.
Laisser l’argent à la banque est plus problématique, parce qu’il est
bien plus exposé. Dans l’immobilier, vous pouvez mettre le bien au nom
d’une tante, d’une sœur ou d’un homme de paille, alors qu’un compte de
plusieurs millions d’euros est en général signalé et risque d’attirer
les soupçons. »
AFPS

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