Le
mythe de la « floraison du désert » masque depuis longtemps
l’occupation et la dégradation par Israël des ressources naturelles
palestiniennes.
Scientific American a récemment publié un reportage sur l’industrie de dessalement d’Israël,
saluant un exploit miraculeux issu de l’ingéniosité d’une petite nation
prise en étau au milieu de nations bouillonnantes et rétrogrades.
Pour
citer la prose romancée de l’article, l’auteur décrit Israël comme
« une civilisation galvanisée qui a créé l’eau à partir du néant », là
où seulement quelques kilomètres plus loin – faisant allusion à la Syrie
et à l’Irak en particulier, mais aussi aux nations arabes en général –,
« l’eau a disparu et les civilisations se sont émiettées ».
Il
est surprenant de lire une publicité aussi flagrante de
l’exceptionnalisme israélien et la résurrection mensongère de la
mythologie de la « floraison du désert » sur les pages de Scientific American. Il est important d’introduire les faits, l’histoire et la réalité dans ce conte de fées aquatique.
L’auteur
attribue effrontément 900 ans d’histoire palestinienne à Israël. En
réalité, Israël est un pays créé il y a 68 ans par des immigrés juifs
européens qui ont conquis la Palestine, expulsé la plupart de la
population indigène et revendiqué toutes leurs terres, mais aussi leurs
fermes, leurs maisons, leurs commerces, leurs bibliothèques et leurs
ressources.
Au-delà de cette appropriation gratuite de l’histoire
palestinienne, l’article ne fournit pas de contexte historique de
climat, de précipitations et de ressources naturelles en eau, donnant
l’impression d’avoir affaire à une terre aride naturellement
inhospitalière.
En réalité, à travers l’histoire, le nord de la
Palestine a joui d’un climat méditerranéen avec des étés chauds et secs
et des précipitations abondantes en hiver. Et en réalité, les
précipitations à Ramallah sont supérieures à celles à Londres, tout
comme les précipitations à Jérusalem.
La moitié sud de la
Palestine devient désertique autour du district de Beersheba, où le
désert du Naqab se développe jusqu’à la pointe de la Palestine. Au
moment où Israël a été créé, les Palestiniens cultivaient déjà
durablement 30 % des terres de leur pays. À l’exclusion du district de Beersheba, ce chiffre grimpe à une moyenne de 43 %, atteignant 71 % à Gaza.
La gestion de l’eau au service du colonialisme
Le
régime hydraulique d’Israël fonctionne en synergie dans un contexte
plus large d’exclusivité juive et de négation palestinienne. Il est
hypocrite de séparer les deux dans le débat, dans la mesure où une
grande partie de la crise actuelle de l’eau est directement et
indirectement imputable à l’inversion par le sionisme de cette
organisation durable de la société et de l’agriculture indigènes du
territoire.
Le détournement par Israël de l’eau des fleuves et de
leurs affluents a sérieusement commencé au cours de sa première année
d’existence, forçant la nature à subir des changements non naturels en
vue d’accomplir une idéologie qui entrait en conflit avec le terrain
local.
Ignorant l’incompatibilité écologique du fait de planter
des cultures exotiques et gourmandes en eau pour nourrir les palais
européens et d’irriguer le désert en siphonnant l’eau des voisins, des
habitants locaux et de la biodiversité locale, le pompage excessif et le
détournement de l’eau pour servir les colonies sionistes selon des
normes européennes non durables ont préparé le terrain pour une multitude de catastrophes environnementales à travers toute la Palestine.
Par
exemple, bien qu’Israël propage une perception de pratiques agricoles
juives ingénieuses (à travers des discours de relations publiques
faisant la publicité de l’exceptionnalisme juif, comme celui employé
dans l’article de Scientific American), l’agriculture exotique
d’Israël a été en réalité destructrice pour l’équilibre écologique de la
Palestine. En consacrant 80 % de l’eau disponible à l’agriculture, qui
représentait moins de 3 % de l’économie israélienne, Israël a continué
de pomper les ressources en eau pour faire avancer le programme colonial
sioniste, une contradiction écologique au vu de l’environnement local.
Les Palestiniens privés de leur eau
La
colonisation a été accompagnée simultanément par la négation et
l’exclusion de la société palestinienne indigène. Tout en organisant le
vol à grande échelle des richesses et des biens des Palestiniens, Israël
a commencé à détruire la vie palestinienne, au centre de laquelle se
trouvait l’agriculture palestinienne, qui dépendait des cultures non irriguées telles que l’oléiculture.
À
cette fin, l’emprise totale d’Israël sur l’ensemble de l’eau de la
Palestine lui a permis de continuer d’assoiffer et de mettre à genoux
les Palestiniens. La distribution inévitable et raciste de l’eau a été largement démontrée dans des rapports cinglants d’organisations locales et internationales.
L’article
stipule qu’Israël alimente les Palestiniens en eau, ignorant le fait
crucial que cette eau appartient en premier lieu aux Palestiniens. L’eau
douce est pompée d’un aquifère de montagne sous les villages et les
territoires palestiniens pour alimenter les colonies israéliennes. Une
petite fraction de cette eau est ensuite revendue aux Palestiniens,
généralement à des prix beaucoup plus élevés que pour les colonies
juives dans la même zone.
Alors que les colons juifs consomment
plus de cinq fois plus d’eau, jouissant de pelouses verdoyantes et de
piscines privées, l’accès des Palestiniens à l’eau est variable, parfois
discontinu pendant des semaines ou des mois, voire complètement refusé.
Il n’est pas rare que des villages entiers soient privés d’eau potable,
sans parler de ce que cela signifie pour l’agriculture palestinienne.
L’eau de surface siphonnée
Un
coup d’œil sur la gestion de l’eau de surface apporte un autre exemple
de la destruction du potentiel hydraulique de la Palestine par Israël.
Le Nahr al-Auja, rebaptisé Yarkon par Israël, était un fleuve côtier
vigoureux rempli de poissons et à la faune abondante, dont certaines
espèces n’existent nulle part ailleurs.
Prenant source dans le
village palestinien de Ras al-Aïn, il a été décrit dans un guide de
voyage datant de 1891 comme « un fleuve rugissant qui zigzague pour
finir dans la mer […] Sa puissance fait tourner les moulins et les
petits poissons peuvent s’y faire piéger ». En à peine une décennie de
gestion israélienne de l’eau palestinienne, ce fleuve source de vie a
été réduit à un filet d’eaux usées, son eau a été siphonnée et remplacée
par une boue toxique composée de polluants industriels et domestiques
qui, en 1997, a rongé les poumons et les organes vitaux d’athlètes participant aux Maccabiades qui sont tombés dans le fleuve lorsqu’un pont s’est effondré.
L’un
des premiers projets hydrauliques d’Israël lors de sa conquête de
l’accès au Jourdain a été de commencer à détourner l’eau de ses voisins,
incitant la Syrie et la Jordanie à faire de même pour préserver leur
propre part de l’eau régionale. Plusieurs décennies plus tard, le niveau
d’eau est si faible que le Jourdain ne peut plus réalimenter la mer
Morte. La baisse du niveau d’eau de cette dernière, associée aux
« bassins d’évaporation » d’Israël permettant d’extraire les minéraux et
à d’autres activités industrielles, a créé une catastrophe écologique
jamais observée auparavant en Palestine.
Dans les années 1950,
Israël a épuisé les zones humides palestiniennes de la Houla, un trésor
de biodiversité du Proche-Orient, pour créer des colonies juives. Des centaines de projets coloniaux
ont grandement dévalorisé la riche diversité biologique et géographique
qui prospérait sur ce terrain où trois continents se rencontrent.
Un miracle israélien ?
Ainsi,
tout en ignorant l’histoire de la dégradation par le sionisme de
l’environnement palestinien et du rôle central d’Israël dans la genèse
de la crise actuelle de l’eau, l’article de Scientific American
prépare le terrain pour expliquer le miracle de cet approvisionnement en
eau douce à faible coût, discret et en apparence illimité. Pour être
franche, ce récit relève tout autant du mythe que celui d’« une terre
sans peuple pour un peuple sans terre » ou celui du Père Noël, de ses
rennes et de sa fabrique de jouets au Pôle Nord.
Si le dessalement
s’avère en effet prometteur et porteur de nombreux avantages, ce
procédé est loin d’être miraculeux et n’est même pas une exception au
Moyen-Orient, puisque des nations du Golfe souffrant de défis liés à
l’eau emploient des techniques de dessalement depuis un certain temps.
De par notre expérience ici et
ailleurs, nous savons que le dessalement comporte des coûts
environnementaux importants et de graves risques sanitaires, y compris
les sous-produits de la pollution et les gaz à effet de serre. On ne
sait pas si le tarif présenté de 0,58 dollar par mètre cube d’eau
comprend le coût de la pollution ou le coût des grandes et précieuses
étendues de terres littorales qui doivent être exploitées pour
l’infrastructure de dessalement. Pas plus qu’il n’a été fait mention de
la dévastation connue et prévisible de la vie marine locale par des altérations physiques et chimiques de l’environnement inhérentes aux processus de dessalement.
L’information honnête
Au
cours des deux dernières décennies, les écologistes israéliens ont
œuvré afin d’éveiller leur société face à l’ampleur de la destruction du
monde naturel local, et leurs efforts, associés à la législation et aux
réglementations, ont commencé à atténuer certains des effets délétères
de la conquête israélienne, de la colonisation et des altérations
forcées de l’écologie et de la géographie.
Cependant, ce n’est pas
une guérison facile dans la mesure où les politiques fondatrices
israéliennes, nées de l’imaginaire colonial du colon blanc, ont
quasiment anéanti l’organisation durable de la civilisation et de
l’écologie indigènes de la Palestine.
Il est irresponsable et
hypocrite de continuer de promulguer le mythe romancé de
l’exceptionnalisme d’Israël en l’élevant au rang d’État à l’ingéniosité
unique et choisi pour diriger et inspirer. Le vrai génie réside dans la
manipulation audacieuse qui masque les échecs économiques,
environnementaux et sociaux d’Israël et sa destruction indicible de la
vie indigène, à la fois humaine et non humaine.
Scientific American
ferait mieux de nous présenter des enquêtes percutantes et une
information honnête sur la multitude de défis environnementaux auxquels
est confrontée l’humanité, en particulier au Moyen-Orient, à une époque
où la taille de la population et la pollution sont sans précédent, les
guerres sont insondables et les ressources s’épuisent, au lieu de faire
la promotion d’un conte de fées autoglorifiant d’un État colonialiste.
Photo : une
pancarte met en garde les visiteurs contre des dolines situées dans la
station touristique israélienne abandonnée d’Ein Gedi, sur les rives de
la mer Morte, en juillet 2016 (AFP).
Source : MEE
Arrêt sur Info


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