Comme on a pu le voir dans mon précédent article, une 4ème
révolution industrielle est en marche et le monde qu’elle nous propose
serait quasi privé d’emplois, permettant en libérant les humains de
créer de la richesse humaine, à moins que la situation que nous
connaissons continue de se dégrader...
Les prévisionnistes annoncent en effet que 80% des emplois seront perdus dans les 20 prochaines années à raison de 5 millions par an. lien
On peut en déduire qu’à la fin de ce siècle, il n’y aurait pu grand
monde en activité salariée, et que beaucoup d’humains se consacreraient à
des activités ludiques, créatives, humanitaires, voire poétiques sans
se faire trop de souci puisque chacun se verrait attribuer un Revenu Universel, ce que d’aucuns appellent le RdB (revenu de base).
L’économiste anglais Guy Standing vient d’inventer un nouveau concept : « le précariat »
contraction de précaire et de salariat, nouvelle classe de salariés
dans laquelle on trouve des travailleurs à mi-temps, des travailleurs
étrangers, des jeunes surdiplômés et sous employés...et a plaidé à son
tour pour le RdB lors du sommet Bilderberg à Dresde le 9 juin 2016.
Lors de cette réunion, qui s’est tenue dans un lieu secret, étaient
présents quelques ex-chefs d’état, ou en exercice, des ministres, des
PDG, des banquiers, des journalistes, un ancien astronaute, et des
capitaines d’industrie brassant des milliards et des milliards comme
l’écrit Luc Vinogradoff dans les colonnes du Monde. lien
Son précariat dessine les contours d’une nouvelle classe
salariale dont le point commun est l’insécurité économique, et qui
représente aujourd’hui pas moins de 40% des habitants des pays dits riches.
Quand l’on sait que l’augmentation en progression constante des CDD en France a atteint les 86% en 2015, on ne peut que valider son affirmation. lien
Or le montant des aides sociales versées en 2013 par les administrations publiques françaises représente 33,8% du PIB soit 715 milliard d’euros, chiffre qui a du logiquement progresser depuis. lien
Ajoutons-y les 110 milliards que l’état verse aux chômeurs annuellement, et l’on découvre que le financement d’un RdB n’est pas si utopique : si l’état décidait de verser à tous les adultes de ce pays un RdB de 1000 €, il en couterait 600 milliards d’euros par an. lien
Ça signifierait aussi du jour au lendemain la disparition totale de
la notion de chômage, le rêve de tout chef d’état qui se respecte.
En tout cas, d’après un sondage effectué en mai 2015, 60% de la population française est favorable à un RdB, alors qu’en 2012 ils n’étaient que 45%. lien
Ce mouvement pour un revenu de base avait été lancé par Milton Friedman en 1962, et 6 ans plus tard, plus de 1200 économistes d’opinions politiques différentes avaient envoyé une pétition au Congrès américain en faveur d’un programme de revenu garanti.
L’idée à fait son chemin depuis et c’est en 2000 que le journaliste Ignacio Ramonet à évoqué devant les sénateurs la nécessité d’établir un revenu de base inconditionnel pour tous, couplé à l’instauration de la taxe Tobin et au démantèlement des paradis fiscaux. lien
Bernard Maris, dixit Oncle Bernard, disparu dans l’attentat contre Charlie, soutenait cette idée, (lien) tout comme Etienne Chouard et de nombreux autres intellectuels...lien
Dans un monde où la volonté est de créer toujours plus de machines et
de robots pour remplacer l’humain, il n’y a guère d’autre solution si
celui qui fabrique veut trouver des acheteurs.
C’est bien sûr sans tenir compte des aléas de la situation mondiale,
sur fond de terrorisme, ou d’une catastrophe planétaire, du type qu’ont
connu les humains il y a 75 000 ans, lorsque l’hyper volcan Toba a semé mort et désolation tout autour de la planète, puisqu’il ne serait resté que 1000 couples vivants...lien
Serions-nous donc à un point de rupture où le meilleur voisinerait avec le pire ?
Roger Pol Droit s’est penché récemment sur la chute des civilisations anciennes posant la judicieuse question : « notre monde court-il à sa perte, guetté par le sort funeste de Rome, des Sumériens, des Incas... ? ». lien
Nous
avons déjà une petite idée sur la tragédie qu’ont connu les Pascuans,
avec leur disparition suite probablement en grande partie à une
déforestation intense, même si certains ont avancé d’autres raisons. lien
Le géographe Jared Diamond a fait un large tour
d’horizon passionnant tentant d’expliquer comment nombreuses
civilisations se sont effondrées plus ou moins brutalement.
La liste des raisons évoquées qu’il propose ne sont pas sans faire écho avec notre situation actuelle : « destruction
des habitats naturels pour en faire des zones artificielles, (remember
la ZAD de NDDL), pêche gérée de façon non durable sans tenir compte de
l’importance des aliments sauvages dans nos apports de protéines, perte
de la biodiversité, que l’on constate avec l’agriculture industrielle,
érosion et dégradation des sols, provoquée souvent par l’arrachage des
haies, l’excès d’utilisation des énergies fossiles, la dégradation du
plafond de photosynthèse liée à la dégradation du climat, dégagement de
produits toxiques à lente dégradation, provoquant entre autres
malformations, déplacement des « espèces étrangères », d’un endroit de
la planète à un autre provoquant la disparition des espèces autochtones,
émissions de gaz qui détruisent la couche d’ozone provoquant un
changement climatique, augmentation de la population humaine qui ne
permettrait plus de répondre à nos besoins alimentaires et énergétiques,
production de déchets à un rythme accéléré »... lien
La disparition de la civilisation romaine serait pour certains liée à
un étrange progrès : on sait que les romains excellaient dans le
domaine de la distribution de l’eau, et l’utilisation du plomb,
remplaçant la pierre traditionnelle aurait provoqué le saturnisme parmi
les élites de la population, puisqu’elles étaient les seules à
« profiter » de ce progrès, et les empereurs fous s’empoisonnant
mutuellement auraient pu être le vecteur de la disparition de cette
civilisation pourtant avancée...
En effet, s’il faut en croire des chercheurs du CNRS : « les
scientifiques ont ainsi mis en évidence des discontinuités du signal
isotopique du plomb identifié dans les dépôts sédimentaires étudiés qui
correspondraient à des évènements historiques majeurs de Rome ». lien
Le nucléaire sera-t-il « le plomb » de notre civilisation ? Tout porte à le croire, car les tragédies récentes de Tchernobyl, et de Fukushima,
toujours en cours, ne sont pas de bonnes nouvelles pour la suite...sans
oublier l’impossible gestion des millions de tonnes de déchets
radioactifs qui s’accumulent jour après jour sur le sol de notre
planète.
Interrogé par Franz-Olivier Giesbert, Michel Onfray n’y allait pas par 4 chemins : « je
pense que notre civilisation est mourante (...) nous sommes en queue de
comète, nous avons fait notre temps, et notre civilisation est morte ». lien
Espérons qu’il se trompe...
Mais penchons-nous sur d’autres civilisations : si la civilisation Minoenne, 5000 ans avant notre ère, ou celle de l’Atlantide, il y a 9000 ans, (lien) pourrait bien avoir disparu suite à des cataclysmes, Sumériens et Étrusques auraient signé leur disparitions à la suite de guerres et de révoltes et Aztèque ou Incas ont vu leur soleil tomber, un triste 16 novembre 1532, l’Inca en la matière, le grand Atahualpa, lorsque les mercenaires de Pizarro renversèrent son palanquin, ce qui fit écrire à Bernard Lavallé : « les dignitaires incas, issus d’un autre monde et empreints d’une autre mentalité, furent tétanisés », ce qui entraina la chute de cet empire de 12 millions d’âmes.
En effet, le pouvoir magique de l’Inca était du au
fait qu’il ne touche jamais le sol, au risque de provoquer des
tremblements de terre, et malgré sa suite impressionnante de 80 000 personnes, il suffit de quelques mercenaires espagnols, 168 en l’occurrence, pour faire tomber l’Inca (au propre comme au figuré)...et son empire. lien
Mais la chute d’une civilisation n’est-elle pas le plus souvent due à
son propre suicide, ayant oublié les raisons qui l’avait amené à sa
réussite ?
C’est globalement ce qu’a conclut dans son ouvrage, « Bilan de l’histoire » (éditeur Desclée de Brouwer-1946) René Grousset : « en général, aucune
civilisation n’est détruite du dehors sans tout d’abord s’être ruinée
elle-même, aucun empire n’est conquis de l’extérieur, sans qu’il ne se
soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation, ne se
détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de
comprendre leur raison d’être, quand l’idée dominante autour de laquelle
elles étaient naguère organisées leur est devenue comme étrangère. À
bien lire l’histoire, on s’aperçoit que le plus souvent, un empire, un
état, une civilisation, une société ne sont détruits par l’adversaire
qu’autant qu’ils se sont préalablement suicidés ». lien
Et comme dit mon vieil ami africain : « ce qui est plus fort que l’éléphant, c’est la brousse ».

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