Les politiques d’Obama pour les Palestiniens ont été dévastatrices.
Dans son dernier discours devant les Nations Unies, le président
américain Barack Obama a consacré une seule phrase au conflit
israélo-palestinien – une phrase qui reflétait véritablement son
incapacité à influer positivement sur les résultats du conflit le plus
long et le plus déstabilisant au Moyen-Orient.
Les deux parties seraient « mieux placées si les Palestiniens
rejetaient l’incitation [à la résistance] et reconnaissaient la
légitimité d’Israël, mais Israël doit reconnaître qu’il ne peut pas
occuper et coloniser en permanence des terres palestiniennes », a-t-il
déclaré. Et rien de plus.
Alors que ses discours précédents consacraient beaucoup de rhétorique
au conflit en Palestine et en Israël, le dernier discours de l’ONU – et
cette unique phrase – étaient une indication plus franche de huit ans
d’absence de vision ou même d’une tentative sincère d’en trouver une.
Au cours de cette période de huit ans, au cours de laquelle des
milliers de personnes innocentes, dont la grande majorité étaient des
Palestiniens ont été tuées, Obama se serait démené pour trouver le
proverbial mais trompeur « milieu de terrain ».
Ses politiques ont été tout à fait dévastatrices, et tandis qu’il
vendait de faux espoirs aux Palestiniens, il accordait à Israël le
paquet d’aide le plus généreux de son histoire, un énorme montant de 38 milliards de dollars d’aide militaire. Lors de la dernière guerre israélienne sur Gaza en 2014,
qui a tué et blessé des milliers de personnes, Obama a veillé à ce que
le stockage des munitions et du matériel militaire de l’armée
israélienne reste à sa pleine capacité.
Sur le plan politique, il a veillé à ce que les efforts palestiniens
pour obtenir la reconnaissance de leur futur Etat restent inopérants. Il
est allé jusqu’à refusé à l’Organisation culturelle de l’ONU, l’UNESCO, près d’un quart de son financement simplement pour avoir admis la « Palestine » comme nouveau membre.
Comme si tout cela ne suffisait pas pour démontrer sa loyauté envers
Israël, l’équipe de transition politique du président élu Donald Trump –
qui est pressenti comme devant avoir une ligne dure sur de nombreuses
questions, en particulier sur son soutien à Israël contre les
Palestiniens – a averti Obama de s’abstenir de toute dernière initiative
à l’ONU que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pourrait
considérer comme une « ingérence » dans les affaires israéliennes.
« Obama et ses aides ne devraient pas aller chercher de nouvelles
aventures ou pousser en avant des politiques qui ne correspondent
évidemment pas aux positions de Trump » à propos d’Israël, a déclaré un conseiller de sécurité nationale de Trump à Politico.
En fait, une guerre médiatique a déjà été lancée contre Obama, comme
si ce dernier avait offert quoi que ce soit aux Palestiniens au cours de
ses deux mandats si ce n’est des réprimandes, et n’avait pas ignoré
leur sort et prouvé à chaque conférence du lobby israélien (AIPAC) son
allégeance à Israël.
Les deux dernières et dégoûtantes apparitions à l’AIPAC de Hillary
Clinton et Donald Trump n’étaient que des répétitions de la flagornerie
passée d’Obama.
Pourtant, certains craignent encore (ou espèrent) que Obama cherchera
à obtenir la reconnaissance de l’État de Palestine au Conseil de
sécurité de l’ONU dans les semaines qu’ils lui restent à passer à la
Maison Blanche. Le Président des États-Unis aurait chargé le Département
d’État d’élaborer un « menu d’options » concernant sa vision pour la
résolution du conflit.
Alors que les Palestiniens et ceux qui les soutiennent espèrent
qu’Obama se rachètera – même symboliquement – et appuiera la demande
palestinienne pour un État, celui-ci risque fort de ne pas aller aussi
loin, d’autant plus que Trump sera inflexible, du moins pour l’instant,
lorsqu’il sera à la Maison Blanche.
En septembre de l’année dernière, 139 des États membres de l’ONU (et
deux États non membres) ont reconnu la Palestine. Mais ces
reconnaissances resteront en grande partie symboliques tant que les
États-Unis resteront intraitables dans leur rejet des aspirations
palestiniennes. Soutiens inébranlables d’Israël, les États-Unis non
seulement bloquent la pleine adhésion palestinienne aux Nations Unies,
mais font tout leur possible pour empêcher la « Palestine » d’avoir
accès aux institutions internationales.
Indépendamment de savoir quelle position pourrait être recommandée
par le Département d’État à Obama dans ses derniers jours à Washington,
les malheurs des Palestiniens sont peu susceptibles de disparaître du
jour au lendemain ni même à aucun moment.
À en juger par les ouvertures amicales de Trump à l’égard d’Israël –
par exemple en invitant Netanyahou et sa femme à se rendre à Washington
peu de temps après avoir remporté les élections – l’avenir immédiat ne
semble pas prometteur.
Bien sûr, on ne peut pas dénigrer la valeur des reconnaissances
internationales et de la lutte permanente au fil des années pour gagner
un soutien international en dépit des efforts israéliens et américains
pour favoriser la division et parvenir à l’exact opposé. Mais on est
fondé à remettre en question une stratégie visant à faire reconnaître la
Palestine dans le contexte d’une « solution à deux États » qui n’est
plus viable.
Des centaines de colonies juives – totalement illégales au regard du
droit international – ont rendu une séparation démographique entre les
deux peuples tout simplement impossible. En effet, les options actuelles
d’Israël sont soit de permettre la coexistence entre Arabes et Juifs au
sein d’un seul appareil d’État, soit d’investir davantage dans un
système d’Apartheid basé sur la pure domination militaire et la
ségrégation raciale parmi ceux qui habitent la zone entre le Jourdain et
la Mer Méditerranée. Cette dernière option continuera de susciter les
condamnations.
Considérant cela, il faut se demander alors quel est le but final de Mahmoud Abbas ?
Le leader vieillissant est maintenant enfermé dans une lutte de pouvoir féroce qui oppose ses partisans du Fatah à ceux de son rival Mohammed Dahlan.
Abbas, dont le mandat en tant que président de l’Autorité
palestinienne (AP) a expiré en 2009, manque de vision ou même d’un
programme politique cohérent. Il a menacé plusieurs fois de démissionner
et s’est servi de l’ONU comme d’une plate-forme pour marquer des points
faciles et vendre des « victoires » symboliques contre Israël, dans
l’espoir d’améliorer sa popularité continuellement en baisse parmi les
Palestiniens.
En conséquence, il y a de bonnes raisons de craindre que la question
de la reconnaissance de la « Palestine » et de l’élévation de son statut
de statut « d’entité » à celui « d’observateur non membre », soit
surtout un moyen de gagner du temps.
Si c’est bien la stratégie palestinienne pour la liberté et la
libération, c’est vraiment étrange… surtout si l’on considère l’héritage
destructeur qu’Abbas, son Parti du Fatah et ses rivaux ont laissé sur
le terrain.
L’état actuel des Palestiniens est celui du désarroi, de la désunion
politique et de l’absence de toute stratégie de libération visant à
mobiliser ce peuple opprimé, sous occupation et désespéré. Pire encore,
la coordination répressive entre l’Autorité palestinienne et l’armée
d’occupation israélienne a transformé la police palestinienne en outil de contrôle et de répression des Palestiniens révoltés.
Mettre l’accent sur l’obtention de la reconnaissance pour la
Palestine occupée, mais sans vouloir s’appuyer sur une stratégie
palestinienne unifiée, c’est perdre du temps et de précieuses
ressources.
Il y a 28 ans qu’a été faite à Alger la Déclaration d’Indépendance de
la Palestine, une étape qui avait marqué pour les Palestiniens un
nouveau départ, pour lequel les Palestiniens de la diaspora et les
Palestiniens sous occupation s’étaient rassemblés autour d’un ensemble
d’objectifs clairs.
Mais depuis lors, les dirigeants palestiniens ont fait trop de dégâts
pour que cette déclaration ait encore le moindre poids. Au lieu
d’investir dans l’unité de son peuple, l’Autorité palestinienne court
après des mirages à New York et ailleurs.
Ce que la direction palestinienne ne parvient pas à comprendre, c’est
qu’indépendamment de la position qu’Obama, ou même Trump, peut ou ne
peut pas prendre, cela aura peu d’incidence sur le terrain si les
Palestiniens restent divisés.
Jusqu’alors, la Palestine restera une illusion… Au mieux une « victoire symbolique ».
* Dr Ramzy Baroud
écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur
international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le
fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.
15 novembre 2016 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah



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