Cela
fait 71 ans que l’humanité vit avec la capacité de détruire la planète
par la pression d‘un simple bouton.
Fin octobre, grâce à l’action de la société civile et d’États courageux, l’Onu a franchi une étape historique vers la négociation d’un traité d’interdiction complète de l’arme atomique, voté par 123 États. Malheureusement, sans le soutien de la France, malgré les engagements de François Hollande en faveur de l’élimination totale des armes nucléaires. Celles-ci « sont les dernières armes de destruction massive à ne pas être soumises à une interdiction », rappelle Jean-Marie Collin, membre de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Tribune.
Fin octobre, grâce à l’action de la société civile et d’États courageux, l’Onu a franchi une étape historique vers la négociation d’un traité d’interdiction complète de l’arme atomique, voté par 123 États. Malheureusement, sans le soutien de la France, malgré les engagements de François Hollande en faveur de l’élimination totale des armes nucléaires. Celles-ci « sont les dernières armes de destruction massive à ne pas être soumises à une interdiction », rappelle Jean-Marie Collin, membre de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires. Tribune.
Les
armes nucléaires sont des armes dites de destruction massive.
L’histoire de leur utilisation, au Japon en 1945, mais aussi au fil de
plus 2000 essais nucléaires à travers le monde, a montré leurs effets
dévastateurs immédiats et sur le long terme, tant sur les populations
que sur l’environnement.
Nous savons que même un conflit nucléaire limité engendrerait des
conséquences mondiales sur les productions alimentaires et le
développement socio-économique. C’est en rappelant cette évidence que la
société civile, principalement regroupée au sein de la Campagne
internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN),
est parvenue à mobiliser des États à travers le monde. Un grand nombre
de pays ont ainsi compris que leur sécurité économique, humanitaire,
culturelle… était mise en danger du fait de l’absence d’actions
concrètes et réelles par les États détenteurs d’armes atomiques.
Si le volume des armes nucléaires a bel et bien diminué depuis la fin
de la Guerre froide (de 70 000 ogives nucléaires à 15 000 en 2016), les
puissances nucléaires (États-Unis, Russie, Royaume Uni, France, Chine,
Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord) se sont toutes lancées dans de
vastes programmes de modernisation de leurs arsenaux. À titre d’exemple,
la France a lancé des études pour renouveler ses sous-marins nucléaires
lanceurs d’engins, ses missiles balistiques, et a débuté l’augmentation
annuelle de son budget “dissuasion” dans le but d’arriver à un
doublement – plus de 6 milliards d’euros – à l’horizon 2022.
123 États en faveur d’un traité d’interdiction…
Devant cette lenteur et cette mauvaise volonté, des États comme
l’Autriche, le Mexique, le Costa Rica, la Malaisie, l’Afrique du Sud…
accompagnés par ICAN, ont développé une stratégie pour parvenir à
changer les règles du jeu. Fini le temps où les détenteurs d’armes
atomiques maîtrisaient seuls le calendrier du désarmement nucléaire.
Désormais, celui-ci est dicté par la majorité des États et des
populations.
Parvenir au désarmement nucléaire est un processus long et complexe.
Toute initiative allant dans ce sens est positive, comme les
négociations bilatérales américano-russes. Mais l’une d’elle n’a jamais
encore été mise en œuvre, celle qui mettrait en place une interdiction
globale et complète des armes nucléaires. Interdire, puis éliminer.
C’est le processus qui a été suivi pour les armes biologiques
(interdites par une convention de 1972) et chimiques (convention de
1993). Le futur traité d’interdiction des armes nucléaires est donc
l’étape indispensable avant leur élimination. À ce jour, les armes
atomiques sont en effet les dernières armes de destruction massive à ne
pas être soumises à une interdiction.
Pendant près d’une année entière de débats pour faire avancer les
négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire à l’ONU, les
puissances nucléaires ont pratiqué le jeu de la chaise vide. Malgré
tout, les discussions ont abouti le 27 octobre dernier au vote de la
résolution L41. Celle-ci demande que les Nations unies organisent en
2017 une conférence pour négocier un instrument juridiquement
contraignant interdisant les armes nucléaires, en vue de leur
élimination complète. C’est une première.
Malgré les pressions exercées à l’encontre notamment d’États
africains (par la France) et d’Amérique latine et du Pacifique (par les
États-Unis) pour qu’ils ne votent pas cette résolution, et en dépit de
l’utilisation d’arguments sans fondement (selon lesquels ce traité
pourrait remettre en cause le régime actuel de non-prolifération), le
résultat du vote à l’ONU a été sans appel. Les trois-quarts des États de
la planète (123 exactement) ont voté « oui » devant un refus de
seulement 38 États (des puissances nucléaires et des États qui
bénéficient d’une dissuasion élargie) et de 16 abstentionnistes, parmi
lesquels se trouvent les Pays-Bas. Le premier pas pour l’interdiction
est donc franchi. Rendez-vous est donné pour mars 2017.
…Mais la France s’y est opposée
Parmi les États qui ont voté non, on trouve la France. Dans son
discours, le représentant français a affirmé que Paris était pour un
monde sans armes nucléaires. Dans les faits, il en est autrement. La
France s’est farouchement opposée à cette résolution, prétextant qu’un
tel traité serait « inefficace et déstabilisateur » et qu’il
valait mieux suivre la politique mise en œuvre depuis plus de 20 ans…
Nous en voyons les résultats puisque la Conférence du désarmement,
organe central de l’ONU censé travailler sur ce sujet, est en état de
mort cérébrale depuis 1996. Par ailleurs, le ministère des Affaires
étrangères français est allé jusqu’à faire pression sur les eurodéputés
français afin qu’ils votent « non » à une résolution de soutien au
processus de l’ONU proposée au Parlement européen !
Cette posture va à l’encontre du discours sur la dissuasion que le
François Hollande a tenu en avril 2015. Celui-ci appelait alors de ses
vœux la naissance d’un contexte stratégique qui permettrait à terme
l’élimination totale des armes nucléaires.
La France peut et doit se rattraper. En décembre prochain, un vote de
confirmation de cette résolution se déroulera à l’Assemblée générale de
l’ONU. Pour que la France ne vote pas contre cette résolution en faveur
de la paix et de la sécurité mondiale et qu’elle adopte une posture qui
corresponde à son image de pays de la défense des libertés et des
droits humains, les organisations Initiatives pour le désarmement nucléaire (IDN) et ICAN France ont lancé une pétition adressée au président de la République.
À l’heure des commémorations du centenaire de la Première Guerre
mondiale, un conflit marqué par l’usage massif de gaz chimiques
aujourd’hui interdits, il serait des plus choquants que la France vote
une deuxième fois contre cette résolution de l’ONU qui vise pourtant à
interdire des armes de destruction massive.
Jean-Marie Collin, membre de ICAN France - Campagne
internationale pour abolir les armes nucléaires et vice-président de
l’ONG Initiatives pour le désarmement nucléaire.
bastamag.net

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