Emmanuel Macron a présenté ses « mesures chocs » dans une interview au Nouvel Observateur.
On est aussitôt frappé par leur air de déjà-vu. Et même de déjà
beaucoup-trop-vu. Elles sont pourtant censées préparer sa fringante
candidature annoncée pour le 10 décembre.
D’ici là, le monsieur va faire
une tournée en Allemagne et aux USA, ce qui en dit long au passage sur
ses priorités géopolitiques. Son bagage programmatique est aussi ringard
et archaïque que sa candidature est « neuve ». Loin du camp «
progressiste » dont il se revendique quand ça lui prend, Macron remonte
le temps vers le catéchisme libéral pur jus des années 1980 et 1990.
Dommage qu’un tel silence ait entouré cette sortie ! Car il sort enfin
du bois sur ce qui compte : le programme. Le sien est gratiné. Un bon
mix de vocabulaire mielleux et confit de déclarations compassionnelles
pour enrober un déballage d’emprunts à la droite et parfois même à
l’extrême droite. Pas moins. Voyez cela en détails.
Ses mesures prétendent se déduire d’une collection de pauvres refrains de la droite. L’économie serait malade des « insiders qui sont en CDI ». Tel quel. « Insiders » ! Avant lui la branchouille de la droite de la gôche parlait des « inclus ». Au moins c’était dit en français ! Le « droit du travail est trop rigide puisqu’il est essentiellement défini par la loi ». « Il faut un droit du travail qui repose beaucoup plus sur le dialogue social.
» Le dialogue social le plus direct et le plus simple : le face à face
avec votre patron. Le rêve d’un monde sans droits où tout est contrat,
individualisé, bien sûr ! Et tout ça pourquoi ? Quelle surprise : « Il faut plus de souplesse, plus de flexibilité, plus d’agilité.
» Comme c’est neuf ! Comme c’est inventif ! Sors de ce corps, Gattaz,
on t’a reconnu. « Agilité » c’est en effet le gimmick inventé par le
vautour du MEDEF !
Les propositions qui en découlent ne font qu’actualiser des mesures
déjà usées jusqu’à la corde avant lui par la ribambelle des
gouvernements libéraux « de droite comme de gôche ». Comme par
exemple cette trouvaille barbare qui consiste à différencier le droit du
travail en fonction de l’âge du travailleur. Évidemment, il s’agit
d’imposer des durées de travail plus élevées pour les jeunes. Tout en
continuant à moins les payer ! L’idée a plus de 20 ans : elle a d’abord
été expérimentée par Balladur sous forme de Smic jeunes en 1993, puis
par Villepin dans le CPE en 2004. Une machine à renforcer les inégalités
sur le marché du travail, et à niveler vers la plus mauvaise condition
constatée « sur le marché ».
Même logique avec sa proposition d’un droit du travail défini par
branche et par entreprise. C’est déjà ce que fait la loi El Khomri !
Macron en veut donc plus dans la même direction. Y compris dans les
pires aspects de cette contre-réforme avec notamment son idée de «
poursuivre la réforme des prud’hommes ». Une réforme qui consiste à
désarmer les salariés, en réduisant leurs délais de recours.
Autre idée ringarde, la remise en cause de la carte scolaire. C’était
déjà une trouvaille de Ségolène Royal en 2007. Macron la combine pour
2017 d’une volonté projet d’autonomie des écoles primaires ! Il s’agit
de créer un marché du scolaire avec la fin des règles d’affectation des
élèves et l’autonomie des établissements pour recruter les enseignants.
On connait depuis longtemps le résultat prévisible : les établissements
choisissent leurs élèves en les triant. Et ils se disputeront
financièrement les «meilleurs» enseignants. Car en plus, Macron défend
aussi la différenciation de leur rémunération. Ce serait la fin de
toute logique de service public d’éducation. Ce qui est spécialement
écœurant dans ce chapitre, c’est le prétexte mis en avant pour détruire
la carte scolaire : que les parents des quartiers populaires puissent
envoyer leurs enfants dans les écoles de centre-ville. À vomir ! Cette
libéralisation très poussée de l’école fait cheminer Macron au-delà de
la droite, vers le programme du FN. L’idée d’un marché scolaire avec des
établissements en concurrence est en effet au cœur du projet lepéniste
depuis 20 ans.
Un autre point commun de Macron avec le programme de Le Pen concerne
les retraites. La convergence s’opère autour de la proposition hypocrite
de « retraite à la carte », avec la possibilité de partir « à 60, 65 ou 67 ans ».
Au choix, pas vrai ! Donc sans aucune garantie pour les droits à une
pension complète à un âge donné comme le permet actuellement la notion
en vigueur qui fixe un âge légal. Ici il n’y en a plus.
Le point commun de toutes ces mesures choc, c’est une furieuse
appétence pour l’inégalité des droits dans tous les domaines comme
moteur de la dynamique de la société. Vieux dogme absurde du marché
partout et pour tous. C’est le dessein d’une France sans droits, alignée
sur un monde sans droits, le tout au nom de « l’agilité ». Un projet
ringard. Une queue de comète d’une politique rejetée partout dans le
monde. Mais pas seulement. C’est un projet étranger à l’identité
républicaine de la France et à l’aspiration égalitaire profonde de son
peuple. Macron pense et rêve en anglais.
Dans cette collection de mesures réactionnaires, j’en signale une
dernière qui montre son ignorance profonde de la réalité populaire,
ouvrière et technique de notre pays. Et aussi son ignorance de classe
sur ce qui concerne les enseignements professionnels. C’est son idée de
faire rentrer l’entreprise et l’orientation professionnelle dès la
classe de seconde car elles en seraient absentes « dans tout le lycée
». Macron se positionne là aussi avec le point de vue d’un technocrate
des années 1970, celui d’avant la création du bac professionnel en 1984.
Depuis lors, ce sont le tiers des lycéens qui dès la seconde se forment
dans une orientation professionnelle et au contact régulier de la
réalité productive, via les périodes de formation en entreprise, qui
sont obligatoires dans ces cursus. Macron a l’air de l’ignorer.
Tout
comme les pouvoirs qu’il a servi ont méprisé et détruit une bonne part
de l’enseignement professionnel depuis des années.
Jean-Luc Mélenchon


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