Avec 460 occupants pour
192 places, l’établissement, vétuste, illustre le drame
de la surpopulation carcérale. Libération a pu le visiter.
« Quand on s’entend bien avec ses codétenues, ça va », glisse
avec une retenue polie Sandra, 50 ans, en désignant le lit de fortune :
un matelas posé sur une armoire couchée. Si le stratagème permet de ne
pas dormir à même le sol, il réduit un peu plus l’espace de 9 m2 occupée par les trois détenues. Chacune bénéficie finalement de 1,33 m2…
Tout le quartier pour femmes de la prison de Nîmes est à l’image de
cette cellule : décati et saturé, obligeant 13 des 52 détenues à camper.
Dans le reste de la maison d’arrêt - qui accueille les personnes en
détention provisoire et les condamnés à des peines inférieures à deux
ans - c’est la même chose. Au total, 460 personnes sous écrou se
partagent actuellement les 192 places. Alors, « on jongle. On en prend un ici, on le remet ailleurs », raconte un gardien. Une sorte de Tetris humain,
toujours sur le fil pour éviter les violences. Dans ce contexte,
impossible de séparer les prévenus des condamnés, les primodélinquants
des voyous aguerris, les fumeurs des non-fumeurs. Le directeur, Daniel
Klecha, évoque « une gestion sur un mode dégradé » : « On
recherche un équilibre permanent dans la façon dont nous répartissons
les détenus. Il faut prendre en compte les affinités, les convictions
personnelles, la situation pénale. C’est presque 50 % du travail des
surveillants. »
« Plus hard ». En attendant le nouvel établissement qui doit être
implanté à Alès, une rénovation est à l’étude dans la maison d’arrêt,
qui « pourrit par l’intérieur » pour reprendre les termes
d’Alfred, un surveillant. L’eau chaude est l’invitée des grands jours,
les murs pleurent l’humidité, la lumière naturelle reste un vague
souvenir qu’on emporte de l’extérieur. Dans le couloir du
rez-de-chaussée, une série de collages intitulés l’Enfer, la Tristesse, la Colère
résumerait presque la situation.
Ce n’est donc pas un hasard si le
garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, et l’ex-Premier ministre Manuel
Valls avaient choisi cette prison devenue le symbole du pire, « une pétaudière » avec 200 % à 240 % de surpopulation carcérale, pour annoncer en septembre leur plan « concret, détaillé et financé » de construction.
Sept mois plus tard, Libé est revenu sur les lieux avec
Christophe Cavard, député écologiste du Gard et familier de la question
carcérale - il en est à sa sixième visite - pour interroger les détenus à
l’heure où la campagne bat son plein. Sandra, cheveux noirs et
tee-shirt flanqué du mot « Escape », incarcérée pour huit mois, se désole
que « les candidats ne parlent pas des prisons. Pourtant c’est
préoccupant. Quand on est là pour la première fois, c’est très dur,
surtout à 50 ans. Je ne pensais pas que l’on mettait tout le monde
ensemble, tous délits confondus ». Tandis que la douche accompagne la conversation d’un bruit lancinant de canalisation, elle ajoute : « Soi disant, les peines de moins de deux ans sont aménageables. Mais ce n’est pas fait dans 70 % des cas. »
Le regard se pose sur le magazine Sciences et Vie, sur la table en plastique vert : « Les cauchemars enfin expliqués .»
liberation.fr

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire