Gilles Devers
Guerre
contre le terrorisme, tout est possible quand les troupes sont sous
commandement US, même les crimes de guerre. Le chiffre réaliste est de
40 000 morts, massivement des civils, pour cette attaque de 9 mois.
En
juillet 2004, après une guerre éclair, les terroristes de Daech avaient
pris la grande ville de Mossoul, où Abou Bakr al-Baghadi avait proclamé
le califat. La coalition avait mis du temps à sa former, mais une fois
lancée, l’issue de l’offensive sur Mossoul ne faisait pas de doute : une
alliance des forces occidentales, irakiennes, kurdes et de milices
chiites, avec une supériorité aérienne et de surveillance totale. Le
drame redouté était une avancée aveugle des troupes,
alors que les djihadistes de l’État islamique avaient pour unique
objectif que de tenir, en se protégeant de la société civile.
La semaine dernière, Le Temps, l’un des rares journaux à parler du bilan, écrivait : « Tragiquement,
l’État islamique a réussi son dessein apocalyptique. Personne ne se
risque à un bilan. Des milliers d’habitants ont sans doute été tués sous
le déluge de feu déclenché par l’armada anti-djihadiste. Les déplacés
se comptent par centaines de milliers et rien ne dit qu’ils rentreront
un jour chez eux ».
Le 12 juillet, Amnesty International avait lancé l’alerte, en publiant un rapport intitulé «At any cost: The civilian catastrophe in West Mosul, Iraq»,
sur les combats entre janvier à la mi-mai 2017, le communiqué de presse
résumant : « Ce document expose la manière dont le groupe qui se
désigne comme l’État islamique (EI) a déplacé des civils des villages
voisins vers les zones de combats de Mossoul-Ouest, les a pris au piège
dans leurs maisons et empêchés de s’enfuir, les utilisant comme des
boucliers humains. Les forces irakiennes et celles de la coalition n’ont
pas pris de mesures appropriées pour protéger les civils qu’ils ont, au
contraire, soumis à un déluge de feu terrifiant venant d’armes qui
n’auraient jamais dû être utilisées dans des zones civiles densément
peuplées ». Le rapport analyse avec une précision remarquable une série
d’attaques s menées par les forces irakiennes et celles de la coalition
menée par les États-Unis, et conclut : « L’ampleur et la gravité des
pertes civiles durant l’opération militaire pour la reconquête de
Mossoul doivent être immédiatement reconnues au plus haut niveau par le
gouvernement irakien et par les autorités des États membres de la
coalition menée par les États-Unis ». Le rapport affirme : « Les horreurs
dont la population de Mossoul a été le témoin, et le mépris de toutes
les parties au conflit pour la vie humaine ne doivent pas rester
impunis. Des familles entières ont été décimées et beaucoup sont
toujours ensevelies sous les décombres. La population de Mossoul mérite
que son gouvernement lui dise que justice sera rendue et que des
réparations seront accordées afin que l’impact dévastateur de cette
opération soit dûment pris en compte » .
Je souligne l’importance de ce rapport, resté bien inaperçu.
Comme
l’EI obligeait les civils à aller vers les zones de combat et les
empêchait de s’enfuir, les zones qu’il contrôlait à Mossoul-Ouest se
sont de plus en plus remplies de civils alors que les combats faisaient
rage. Les forces irakiennes et celles de la coalition menée par les
États-Unis n’ont pas adapté leur tactique à cette réalité et elles ont
continué à utiliser des armes explosives et imprécises à large champ
d’action dans des zones urbaines densément peuplées.
« L’utilisation
par l’EI des habitants comme boucliers humains n'amoindrit pas
l’obligation légale des forces pro-gouvernementales de protéger les
civils », a déclaré Lynn Maalouf, responsable d’Amnesty. Les
planificateurs militaires auraient dû prendre des précautions
supplémentaires en utilisant leurs armes de manière à veiller à ce que
ces attaques ne soient pas illégales.»
Amnesty
International a recensé une série d’attaques dans lesquelles les forces
irakiennes et celles de la coalition menée par les États-Unis « ne
semblent pas avoir atteint les cibles militaires visées, mais au
contraire avoir tué et blessé des civils et détruit ou endommagé des
biens civils ». Dans certains cas, « la mort de civils ou les blessures
qui leur ont été infligées semblent avoir résulté d’un choix d’armes
inadaptées aux circonstances ou de l’absence de précautions nécessaires
pour vérifier que la cible était bien un objectif militaire ».
Même
dans les attaques qui semblent avoir atteint la cible militaire visée,
« l’utilisation injustifiée d’armes puissantes ou l’absence de
précautions nécessaires ont entraîné des pertes inutiles en vies
humaines ». C’est ainsi que « le 17 mars 2017, une frappe aérienne
américaine sur le quartier d’Al Jadida, à Mossoul, qui avait pour but de
neutraliser deux tireurs embusqués de l’EI, a tué au moins 105 civils.
Que des explosions secondaires aient ou non eu lieu – ainsi que le
ministère américain de la Défense l’a affirmé – il aurait dû être
évident pour les responsables que le risque encouru par les civils du
fait de l’utilisation d’une bombe de 500 livres était manifestement
excessif par rapport à l’avantage militaire escompté ».
Et
ainsi de suite. Ce sont des crimes de guerre : « En utilisant des armes
explosives à large champ d’action et en procédant à des frappes
aériennes disproportionnées contre des zones civiles densément peuplées,
les forces irakiennes et les membres de la coalition dirigée par les
États-Unis n'ont pas adapté correctement leur stratégie à la réalité sur
le terrain. Il ne fait aucun doute que des centaines, voire des
milliers, de victimes civiles auraient pu être évitées dans l'ouest de
Mossoul, si leur priorité avait été la protection des civils, comme
l'exige le droit international humanitaire. »
Dans The Independant, publie un très documenté article de Patrick Cockburn : « Pourquoi le monde n’est-il pas outragé les morts massives de civils à Mossoul ? » D’après
Patrick Cockburn, qui a suivi tous les évènements, les services
secrets, repris par les autorités, estiment le nombre de morts civils à
40.000.
Lisez son article, et suivez les liens. C’est effarant, et cela
prépare quoi ?
Pour le moment, nous en resterons au constat de ses morts civiles.

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