Victor Ayoli
Il y a longtemps que le succès du Livret A donne des
boutons aux banquiers rapaces.
Pensez donc, quelque 320 milliards de
frics qui leur passaient sous le nez. Et de l’argent de pauvres en
plus ! Salauds de sans-dents. Mais rassurons-les, après Sarko, après
Hollande, voilà Lemaire qui vient à leur rescousse pour piquer le fric
des laborieux qui ne comprennent rien au grand rêve ultralibéral.
Actuellement fixé à 0,75 %, le taux de rémunération du Livret A pourrait descendre à 0,5 %. Soit en dessous de l'inflation.
Bruno Le Maire a précisé l’échéance : la réforme du Livret A sera
effective au 1er janvier 2020. Mais, promis, juré qu’il a dit le triste
Bruno : on ne descendra pas en dessous du 0,5 % minimum garanti. En tout
cas, c’est la promesse de Bruno Le Maire. En fait, les têtes d’œuf de
Bercy ont mis au point méthode de calcul peut-être plus simple mais qui
ne garantira plus à l’épargnant un rendement automatiquement égal, voire
supérieur, à l’inflation ! Voilà l’arnaque : « manants, placer vos
quelques éconocroques sur les produits des banques car sur le Livre A,
on fait en sorte que vous bouffiez du pognon ! »
Le
livret A est une épargne solidaire qui fête ses deux siècles
d'existence. Le pécule des épargnants est faiblement rémunéré mais cet
argent est ensuite prêté aux organismes HLM pour la construction de
logements sociaux à des taux d’intérêt très faibles et sur le temps
long. Ce système, qui fonctionne depuis des dizaines d’années, a fait
des jaloux : les banques. Elles ont fait des pieds et des mains pour
récupérer une part de ce gros gâteau. Et elles ont réussi leur hold-up
sous Sarkozy qui a permis aux banques privées de récupérer une partie de
l’épargne « Livret A » jusqu’alors gérés exclusivement par les Caisses
d’épargne et La Poste.
Alors
qu’auparavant, 100 % de la collecte du livret A était uniquement
destinée au financement de la construction de logements sociaux, ça n’a
été rapidement plus été que 70 à 60 %. Le détournement des 30 à 40 %
restants a été justifié par la nécessité de financer les PME ; si une
partie de ces dizaines de milliards d’euros s’est bien concrétisée par
quelques prêts parcimonieux vers les entreprises, pas mal de bons
milliards de fric de pauvres sont cependant allés dans les poches des
banques qui ont utilisé le magot pour se recapitaliser : ces nouvelles
liquidités leur permettant de se refaire une santé après avoir perdu
beaucoup d’argent dans les emprunts toxiques. Mais ce n’est pas tout :
pendant l’été 2013, alors que la collecte du livret A atteignait les
sommets, plus de 260 milliards d’euros, c’est un gouvernement de gauche
cette fois qui a fait le choix d’offrir à nouveau un cadeau aux banques.
Celles-ci ont récupéré la gestion de 15 milliards d’euros
supplémentaires tirés du livret A.
Le
Livret A sert à financer le logement social. Mais la Caisse des dépôts
et consignation, qui gère majoritairement ces fonds, est formelle : même
si la collecte baissait, il resterait suffisamment d’argent dans les
caisses pour financer la construction. Il y a même aujourd’hui plus
d’argent disponible que de demande de construction de logements sociaux.
Ben voyons, il y a combien de familles qui dorment dehors ? Combien qui
vivent dans des taudis ? Combien qui paient des loyers exorbitants
grâce à la pression de la pénurie organisée de logement ?
Le
mode de calcul actuel était des plus touffus mais il comportait jusqu’à
maintenant un cliquet de protection : le taux de rémunération devait
être au minimum égal à l’inflation augmentée d’un quart de point.
Comment ? Laisser 0,25 % d’intérêts annuel à ces salauds de pauvres ?
Voilà qui donne des boutons à ce grand démocrate qu’est Bruno Lemaire et
à son patron, le fils putatif de Rothschild.
Ce
que ces crapules vont nous voler, ce n’est pas rien ! Le Livret A et le
livret qui lui est adossé, le Livret de développement durable (LDD),
totalisent environ 270 milliards d’euros de dépôts, auxquels il faut
ajouter les quelque 50 milliards d’euros du Livret d’épargne populaire
(LEP), soit 320 milliards au total, un point de variation du taux de
rémunération équivaut à 3,2 milliards d’euros sur un an, soit
800 millions d’euros par trimestre. Soit, pour un demi-point 400
millions d’euros par trimestre !
À
sa manière, le Livret A confirme que le système oligarchique français
se fout royalement des alternances démocratiques et poursuit ses
manigances secrètes, ses arnaques sournoises, dans le plus souverain
mépris de ce que les citoyens peuvent espérer ou décider…
Notons
encore que la Direction du Trésor, à Bercy, est depuis toujours une
sorte d’annexe de la Fédération bancaire française… Les « inspecteurs
des finances » se font un carnet d’adresses à Bercy puis vont pantoufler
grassement dans les banques privées. Et, en sens inverse, les banquiers
viennent « conseiller » les hauts fonctionnaires. Ben voyons. Entre
gens du même monde, on s’entend toujours. Sur le dos des manants…
Ce
qui se planque derrière cette énième « réforme », c’est de pousser les
épargnants à sortir leur fric du Livret A – peu rémunéré mais sûr et
exempté d’impôts – pour le placer sur des produits à risques. « Pour dynamiser l’économie et lutter contre le chômage » qu’ils disent. Et surtout refiler ce fric aux banques pour qu’elles spéculent. Comment veux-tu… Comment veux-tu…

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