Stéphanie Senet
Oiseaux, chiroptères, habitats naturels, artificialisation,
pesticides, espèces invasives… Tous les indicateurs sont au rouge,
selon le bilan diffusé ce 18 juin par l’ONB, relayé par notre partenaire, le Journal de l’Environnement.
« La disparition des oiseaux des campagnes françaises pourrait à court
terme ne plus relever de la science-fiction », alerte le bilan annuel de
l’Observatoire national de la biodiversité (ONB), qui s’enrichit
d’année en année, avec des données ne touchant plus seulement les
espèces mais aussi les écosystèmes et les pressions qui s’exercent sur
la biodiversité. « Nous voulons être un hublot sur les
connaissances », résume Julien Massettti, chef de projet à l’Observatoire
instauré par le Grenelle de l’environnement, mis en place en 2012 et
transféré à l’Agence française de la biodiversité (AFB).
90 indicateurs de suivi
Aujourd’hui, l’ONB publie 90 indicateurs de suivi de l’état de la biodiversité française,
principalement terrestre. Au rayon des mauvaises nouvelles, non
seulement les oiseaux disparaissent mais les espèces généralistes ne
contrebalancent plus, depuis 2005, la chute des espèces spécialistes des
milieux agricoles (30% de moins depuis 15 ans en France). Un phénomène
qui a été récemment décrit par une étude du CNRS et du MNHN.
Autre fait marquant : la régression de la population de chauves-souris de 38% entre 2006 et 2016.
Ponapom, un nouveau portail dédié
aux poissons migrateurs amphialins, dont une partie du cycle biologique
se déroule en milieu marin et une partie en eau douce, a été ouvert. En
ligne depuis le 22 mai dernier et réalisé par l’Agence française de la
biodiversité (AFB), il concerne 11 espèces en France métropolitaine,
dont l’anguille européenne (en danger critique d’extinction selon
l’Union internationale pour la conservation de la nature), le saumon
atlantique, l’esturgeon, les aloses et les lamproies.
L’accent sur les pressions
Si les causes sont connues, leur importance se précise. À commencer
par la consommation de pesticides qui a encore progressé de 18% entre
2013 et 2015 dans l’Hexagone, se moquant du plan Ecophyto 1 visant une
réduction de 50% entre 2008 et 2018. Un chiffre d’ailleurs au-dessous de
la réalité puisqu’il ne vise que les pesticides épandus et non les
traitements de semences.
Deuxième menace : l’artificialisation des sols, qui grimpe plus vite
que la population, à raison de 55.000 hectares de terres agricoles et
d’espaces naturels par an depuis 2006. Soit l’équivalent du département
de Seine-et-Marne. Il faut encore ajouter la disparition des prairies
permanentes, particulièrement riches en biodiversité (700 000 ha en
moins entre 2000 et 2010), et l’état de conservation défavorable dans
lequel se trouvent 73% des habitats naturels et 91% des habitats
humides.
Sans oublier le réchauffement climatique, les pollutions
industrielles et l’ampleur croissante des espèces invasives. « Sur 84
espèces invasives terrestres étudiées, 5 se sont installées durablement
en France depuis dix ans, dont le frelon asiatique, la pyrale du buis et
la coccinelle asiatique », note Laurent Poncet, directeur adjoint de
l’UMS Patrinat (Unité mixte d’expertise sur la nature du MNHN et de
l’AFB).
Entre les lignes
« Nous devons aller plus loin concernant les poissons, les insectes,
les différentes pressions sur la biodiversité, l’évaluation des
politiques publiques, les informations territoriales et les données
autres que les indicateurs », observe Julien Massetti.
Autant d’informations qui risquent d’assombrir un peu plus le
tableau, « mais qui définissent aussi, entre les lignes, un cercle
vertueux », conclut Laurent Poncet, sur une note optimiste.

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