Diego Chauvet
Le
coup d’envoi de la future réforme des retraites vient d’être donné.
L’objectif du gouvernement : remplacer le système actuel, basé sur la
répartition, par une capitalisation à peine déguisée. À la clé, des
pensions toujours plus basses.
Après
le Code du travail, les cotisations sociales, l’ISF ou encore la SNCF,
le gouvernement vient de donner le coup d’envoi de son prochain grand
chantier de démolition sociale : sa réforme des retraites. C’est le 31
mai que le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul
Delevoye, a lancé une « première expédition citoyenne dans le futur de
notre système de retraite ». Une réunion de 20 « citoyens », en fait, au
ministère des Solidarités et de la Santé, en présence du
haut-commissaire et un intitulé alléchant : « En 2040, tous égaux dans
le nouveau système de retraite ». Dans la foulée, le gouvernement a
ouvert un site Internet (1) au moyen duquel il annonce donc lancer une
grande consultation des Français dans la perspective d’un futur projet
de loi prévu à l’horizon fin 2019-début 2020. Et le ton est donné,
puisqu’il s’agit, dans la présentation qu’il en fait, d’instaurer
l’égalité pour tous dans un nouveau système de retraite qui viendrait de
surcroît régler les problèmes de financement.
La méthode est donc en soi biaisée. On trouve dans les questions qui
sont débattues lors des « expéditions citoyennes » des idées avec
lesquelles on ne pourrait qu’être d’accord (l’égalité) et des
préoccupations futuristes éliminant notamment les syndicats,
représentants des salariés et des retraités… voire toute décision
politique : « Quelles seront les conséquences à moyen terme si une
intelligence artificielle décidait tous les cinq ans du niveau des
pensions en fonction de l’espérance de vie moyenne actualisée et de la
croissance du pays ? » peut-on lire dans le résumé des sujets en débat
le 31 mai dernier. Ainsi, donc, le simple fait de poser cette question
permettrait de dessiner une solution qui viendrait à bout de toutes les
revendications. L’intelligence artificielle, solution miracle pour le
Medef !
Nous vendre le modèle suédois
Plus sérieusement, Emmanuel Macron tente de nous vendre une réforme en s’inspirant, dit-il, du modèle suédois… Il s’agit de la retraite par points. Exit les trimestres de cotisation, on compterait désormais les droits à la retraite en euros sonnants et trébuchants : accumulés tout au long de la carrière, ils formeraient à la fin un capital qui serait donc reversé sous forme de rente. La retraite par points n’est rien d’autre qu’une forme de retraite par capitalisation. Là encore, le gouvernement nous tend un miroir aux alouettes. Si les retraites ne sont plus calculées en fonction des trimestres cotisés, l’âge légal de départ pourrait lui-même disparaître… « Que se passerait-il dans vingt ans si chacun pouvait décider de partir à la retraite quand il le souhaite ? » interroge le site officiel de la consultation en ligne. En somme, il suffirait de compter ses points, et si on estime en avoir assez, choisir de partir un peu plus tôt que prévu. Mais l’âge légal de 62 ans restera en vigueur, et le Medef veille à ce que l’on rende le mécanisme suffisamment dissuasif, en mettant en place de nouvelles décotes, pour pousser les salariés à travailler plus longtemps, soit à s’aligner sur les 65-67 ans en vigueur dans d’autres pays européens.
Evincer les syndicats
En attendant un contenu qui va être appelé à se préciser dans les mois qui viennent, la méthode choisie par le gouvernement relève déjà en soi de la manipulation. Avec cette consultation en ligne et les quelques dates « d’expéditions citoyennes » à venir, il s’agit d’une véritable opération d’enfumage des citoyens et de contournement des syndicats. Avec cette méthode, le gouvernement cherche à faire croire qu’il pourrait obtenir l’assentiment des « Français », qu’il opposerait ainsi aux organisations syndicales qui ne manqueraient pas de s’élever contre cette réforme. Cette apparence « démocratique » n’est qu’un nouvel avatar de la stratégie utilisée par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne de 2012.
L’ex-président s’en était alors violemment pris aux « corps
intermédiaires qui font écran entre l’État et le peuple ».
(1) Sur https ://participez.reforme-retraite.gouv.fr/projects

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire