Claude-Marie Vadrot
La multinationale commercialisant le Roundup, herbicide dont la
substance active est le glyphosate, dépense des millions de dollars pour
contrer le plaignant, atteint d'un cancer.
Dewayne Johnson, un jardinier californien, a trouvé des avocats pour
l’aider à trainer les responsables de Monsanto devant un tribunal de
Californie. Il accuse la multinationale vendant le Roundup depuis une
quarantaine d’années d’être responsable de son cancer – désormais en
phase terminale d'après les médecins, ce qui a poussé la justice de son
État à accélérer le cours du procès annoncé à la mi-juin. Une réaction
aussi contre la campagne publicitaire lancée par la firme pour expliquer
que son composé principal, le glyphosate, ne pouvait pas être tenu
responsable de la maladie du jardinier, au moyen d'une débauche
d’affiches et d’articles qui ont coûté 5,6 millions de dollars. Une
goutte d’eau par rapport au dernier chiffre d’affaires annuel connu du
seul herbicide de Monsanto – de 4,8 milliards de dollars en 2015.
La science manipulée
Les autorités californiennes soutiennent ouvertement le plaignant. Et Carey Gillam, l’auteur du livre Blanchiment : l’histoire d’un tueur de semences, cancer, et corruption scientifique (1) a décidé d’être témoin à charge dans le procès.
Dans son ouvrage publié en octobre 2017 et pour lequel aucune version
française n’est annoncée, ce journaliste raconte comment Monsanto
manipule les rapports scientifiques et noyaute les centres de recherche.
Il montre aussi les vies détruites de nombreux fermiers américains,
malades après une utilisation prolongée du Roundup.
«Jusqu’à une date récente, explique-t-il en commentant le procès, le
danger de ce produit est resté sous les radars de nombreux
consommateurs ou utilisateurs, parce qu’évoquer un produit tueur de
semences, ce n’est pas très sexy. Maintenant, avec ce procès intenté aux
effets de cet herbicide, on en découvre les aspects humains avec ce
jeune père de famille avec son cancer en phase terminale et le public
commence à prendre conscience de la réalité.»
Le géant américain joue la montre
Si le tribunal tranche en faveur de cette victime, les millions
d’Américains qui utilisent ce produit chez eux vont peut-être avoir peur
de l’utiliser. Et, aux États-Unis comme en Europe, où l’on est beaucoup
plus prudent, les ventes de Monsanto, même racheté par Bayer, risquent
de chuter. Celles du Roundup évidemment, mais aussi celles des autres
produits.
C’est probablement l’une des explications de la fusion Monsanto-Bayer
: elle permet de faire disparaître le géant américain. Comme après
l’accident chimique de Bhopal qui fit plus de 7 000 morts en Inde en
1984, où le rachat quelques années plus tard de l’Union Carbide
(responsable de la catastrophe) par une autre société américaine, Dow
Chemical, eut pour conséquence de faire «disparaître» les
responsables. Et, en Inde, leur procès ne put jamais avoir lieu.
Comme le jugement, même rendu en faveur du jardinier californien,
même imité par des milliers d’Américains, sera l’objet de nombreux
appels, il est possible que Monsanto échappe à la justice. D’autant plus
que Dewayne Johnson ne sera plus là pour témoigner de ses terribles
souffrances.
(1) Whitewash : the story of a weed killer, cancer and corruption of science.

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