Aline Robert
Si le président Macron agit pour la diplomatie climatique, l’action
du gouvernement Philippe défend surtout les intérêts industriels.
Dans les discours et la diplomatie française, le climat est partout.
L’hiver dernier à Paris, après la COP23 à Bonn, le président Emmanuel
Macron avait rassemblé les leaders du climat pour un événement destiné à
mobiliser la société civile sur l’enjeu climatique.
Lors d’un live sur Facebook la semaine dernière, le Premier ministre
Edouard Philippe a fait part de son inquiétude pour le futur de la
planète, se disant obsédé par le sujet et l’ouvrage de Jared Diamond : Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie.
Mais en pratique, les spécialistes du climat sont plus qu’inquiets.
Nombre de soutiens de Macron au départ sont devenus critiques face aux
arbitrages contradictoires qui se sont multipliés. En juin,
l’autorisation de la raffinerie de la Mède, qui fonctionnera à l’huile
de palme, a démultiplié le nombre de voix critiques.
Au niveau européen, la France reste discrète sur le sujet. Le
ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, est aux abonnés
absents. « On ne le voit pas », assure-t-on à la toute puissante DG
Climat, qui orchestre les négociations climatiques pour les 28.
L’ex-journaliste d’Ushuaïa ne vient pas aux conseils des ministres,
contrairement à ses collègues souvent assidus. En un an, il ne s’est
déplacé qu’une fois à Bruxelles et une fois à Luxembourg, où se tiennent
les réunions européennes.
Le plus souvent, la France envoie des représentants pour les réunions
dites des ministres de l’Environnement. La présidence bulgare du
Conseil de l’UE a été choquée d’accueillir à plusieurs reprises, non pas
le ministre ou sa secrétaire d’Etat, Brune Poirson, mais des
fonctionnaires du ministère, pour des réunions organisées à Sofia au
printemps.
Climat et constitution, de la poudre aux yeux ?
Dernière lubie en date, les députés français veulent fait inscrire la
protection de l’environnement, du climat et de la biodiversité dans
l’article premier de la Constitution, à l’occasion de la révision
constitutionnelle en cours. La phrase qui doit être intégrée, « Elle [la
France] agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité
biologique et contre le changement climatique », n’ajoute rien, selon
les détracteurs de l’opération.
Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l’environnement,
déplore que sur le climat la notion de changement climatique est ramenée
à une obligation de moyen et non de résultat par rapport à un seuil
précis de 1,5 ° à 2°, comme dans l’accord de Paris.
Les ONG françaises appellent donc le gouvernement à changer de cap,
en prenant des mesures effectives plutôt qu’en prononçant des discours.
« Jusqu’à présent, mis à part l’augmentation de la fiscalité carbone et
du diesel, les mesures structurantes se font attendre », regrette le
Réseau Action Climat.
C’est surtout les contradictions qui inquiètent les ONG, et elles
sont multiples. Ainsi, la France est en train de mettre en place une
stratégie de lutte contre la déforestation importée, mais donne en même
temps des permis d’exploitation à Total pour des biocarburants à partir
d’huile de palme ou encore autorise l’exploitation de la Mine d’Or en
Guyane qui pourrait détruire 575 hectares de forêts.
« L’action de la France n’est pas disruptive », se désolent les ONG
qui réclament 12 mesures d’urgence, et autant de gages de crédibilité de
la part de l’Etat.
Par exemple un plan vélo obligatoire incluant le
remboursement des trajets velo/travail, des mesures pour l’agriculture,
les renouvelables, pour la fermeture de centrales nucléaires,
l’accélération de la rénovation thermique et l’augmentation du chèque
énergie.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire