Europalestine
Les jeunes juifs états-uniens du mouvement anti-occupation IfNotNow
(« Maintenant ou jamais ») ont à nouveau frappé dimanche la machine
d’endoctrinement israélienne, en torpillant l’un de ses principaux
moyens, le programme dit « Birthright Israel ».
Le programme Birthright consiste à proposer à tout juif du monde
entier âgé de 18 à 26 ans un voyage de 10 jours en Israël tous frais
payés, le financement de l’opération étant notamment assuré par le
magnat des casinos Sheldon Adelson, parrain de Trump et de Netanyahou.
L’intitulé même du programme est déjà une provocation, puisque
« Birthright » veut dire « Droit de naissance », et qu’il s’agit donc de
signifier à tout jeune juif qu’il a des droits –et par conséquent des
devoirs- sur cette terre, là où ses habitants palestiniens n’en ont
aucun.
Le déroulé des voyages est alors prévisible : démonstration des
prouesses technologiques israéliennes, notamment militaires, passage au
mémorial du génocide Yad Vashem, excursion sur le site de Massada où,
selon certaines sources historiques, un groupe d’Hébreux se seraient
collectivement suicidés il y a deux mille ans, plutôt que de subir le
joug des conquérants romains… Le message est clair : pour être en
sécurité, les juifs ont besoin d’un Etat fort, et ça tombe bien, avec
Israël, ils l’ont.
Mais pas question de prendre le risque que ces jeunes gens soient
trop curieux et aucun déplacement en Cisjordanie occupée –à l’exception,
judaïsme oblige, d’une brève halte au Mur des Lamentations dans la
Vieille Ville de Jérusalem- ne figure au programme. Pas plus que de
rencontres avec des citoyens palestiniens d’Israël, supprimées par la
direction de Birthright depuis quelque temps.
Birthright Israel est une énorme entreprise : ses dirigeants
revendiquent l’envoi en Israël, chaque année, de dizaines de milliers de
jeunes, très majoritairement en provenance des Etats-Unis, pays où
vivent à peu près le même nombre –de 5 à 6 millions- de juifs qu’en
Israël.
Mais la machine apparemment si bien huilée commence à se gripper.
À la différence de ce qui se passe en France, la mainmise de l’Etat
israélien sur les organisations juives n’est plus totale aux Etats-Unis.
L’AIPAC et autres équivalents américains du CRIF, même s’ils ont le
monopole de la parole dans les institutions médiatiques et politiques,
rencontrent de plus en plus de désapprobation dans la population
d’origine juive outre-Atlantique.
La radicalisation à l’extrême-droite de la scène politique, qui
s’accélère à la vitesse grand V en Israël, suscite en effet des
interrogations croissantes au sein d’une partie de la jeunesse juive
américaine, effectivement pratiquante, qui prend au sérieux les discours
entendus dans leurs synagogues sur les valeurs d’humanisme et de
solidarité entre opprimés associées au judaïsme.
Et qui constate que cela ne colle manifestement pas avec les
pratiques barbares et brutales de ce qui est censé être « l’Etat des
Juifs ».
Les réserves d’une partie de la communauté juive vis-à-vis d’Israël
se sont accentuées au cours de la dernière période, en particulier
depuis l’arrivée à la présidence de Donald Trump : voilà un homme
raciste, sexiste et xénophobe, entouré d’une flopée de politiciens
ouvertement antisémites, et qui n’a pourtant pas de meilleur allié que
le gouvernement israélien, dont il satisfait toutes les exigences, à
commencer par le transfert de l’ambassade des USA à Jérusalem.
C’est dans ce contexte que des mouvements juifs contestataires ont
pris récemment leur essor aux Etats-Unis : la Jewish Voice for Peace
(« Une voix juive pour la paix »), qui a rejoint la campagne
internationale BDS, multiplie ainsi le nombre de ses adhérents.
IfNotNow, qui recrute dans la jeunesse estudiantine, a choisi de son
côté de mettre à l’épreuve le programme Birthright, en s’adressant aux
candidats sur le thème « Attention, ce n’est pas qu’une ballade tous
frais payés ».
Le 18 juin dernier, cinq militants d’IfNotNow, qui sont aussi
présents dans des organisations cultuelles, sont arrivés à l’aéroport
JFK de New York où un groupe de jeunes s’apprêtaient à s’envoler pour
Israël. Ils n’ont pas eu le temps de converser longtemps, puisque les
encadrants de Birthright ont demandé à la police de chasser ces
« mauvais juifs ». Mais cela a été du plus mauvais effet sur les
participants, qui ont compris à quoi il faudrait s’en tenir dès qu’ils
mettraient le pied dans « leur » pays : silence dans les rangs !
Et IfNotNow a trouvé mieux : pour la deuxième fois depuis le début du
mois, 8 des participants ont lâché dimanche la visite guidée organisée
par Birthright dans le « parc de la Cité de David », une entreprise
qui, sous couvert d’archéologie biblique, sert à expulser les
Palestiniens de Jérusalem. Ils sont ensuite rendus au domicile d’une
famille palestinienne du quartier de Silwan, précisément menacée
d’expulsion par le « Fonds National Juif », l’organisation qui chapeaute
ces activités de dépossession des Palestiniens. Les vidéos de ces
jeunes sur les réseaux sociaux ont été vues des centaines de milliers de
fois.
Il y a deux semaines, un autre groupe, lui aussi composé de
militants d’IfNotNow, a interrompu le programme officiel, reprochant à
Birthright de faire silence sur l’occupation, et a convaincu d’autres
participants de venir avec eux à Hébron, où les colons et l’armée
imposent un enfer à la population palestinienne. Dans chacun des deux
cas, les militants d’IfNotNow s’étaient coordonnés, en avance, avec des
organisations israéliennes anti-occupation.
« On a essayé, depuis notre arrivée, de poser des questions sur la
situation politique et d’avoir une discussion sur l’occupation, mais on
s’est heurté à une stricte fin de non recevoir. Birthright ne veut pas
qu’on voit la réalité. On nous ment, en nous donnant par exemple des
cartes d’Israël où les contours de la Cisjordanie ne figurent même pas.
Alors nous avons décidé de voir la réalité de l’occupation par
nous-mêmes. », déclare l’une de ces « refuzniks » d’un nouveau genre,
Becky Wasserman, 26 ans, de Boston.
Breaking the Silence , une organisation d’anciens soldats repentis
et qui se dédie maintenant à dénoncer l’occupation, a contribué au
déplacement des dissidents à Hébron.
« Birthright ne peut plus jouer à montrer à ces jeunes une Tel Aviv
libérale, tandis qu’à quelques kilomètres de là, nous imposons un régime
militaire à des millions de Palestiniens. Et ce qui est encore plus
certain, c’est qu’ils ne peuvent pas demander aux juifs du monde un
soutien inconditionnel à Israël, tout en leur interdisant de voir la
réalité de ce qu’ils sont censés soutenir », a déclaré son porte-parole.
Birthright ne sait pour le moment pas trop quoi faire, sauf à
espionner plus systématiquement la jeunesse juive américaine et à
établir de véritables listes de « juifs traîtres », auxquels
l’inscription au voyage sera désormais interdite.
En attendant, ces auxiliaires du régime d’apartheid ont décidé de
frapper les jeunes au portefeuille, en annulant leurs billets d’avion de
retour aux Etats-Unis, et en confisquant le dépôt qui leur avait été
demandé lors des inscriptions.
Mais les ennuis de cette officine nauséabonde ne font sans doute que commencer.

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