Cathy Billard
Non seulement les entreprises licencient ou suppriment
des postes, mais elles le font avec le renfort de fonds publics, dont
certains sont censés être destinés à préserver les emplois.
Ces
dernières années, les entreprises ont eu droit à un véritable
« ruissellement » des aides publiques. Les gouvernements qui se sont
succédé, de ceux de Sarkozy et Hollande à celui de Macron, ont fait
preuve d’une imagination prolifique pour distribuer les aides publiques
aux entreprises.
200 milliards d’euros du public vers le privé
Pour avoir un ordre d’idée, en février 2018, un article de Mediapart
recensait 1 624 aides publiques aux entreprises, dans 10 domaines
différents. Le portail gouvernemental aides-entreprises.fr en annonçait
1 714 le 4 juillet. On ne dispose d’aucun chiffre pour savoir si cette
prolifération crée des postes spécifiquement dédiés au montage de
dossiers pour décrocher le maximum de ces aides, nationales, locales ou
européennes. En revanche, ce qui est avéré, c’est que sur une année ce
sont environ 200 milliards qui passent des caisses publiques aux caisses
des entreprises privées.
Ce qui est également connu
est le nombre des licenciements et suppressions de postes déjà
effectuées et ceux programmés par les entreprises qui accaparent la
grosse part du gâteau de l’argent public. Ainsi, en 2015, La Poste
touchait 341 millions de « Crédit impôt compétitivité emploi » (CICE) et
supprimait 6 284 postes ; en 2014, la SNCF touchait 318 millions et
supprimait 1 400 emplois, avec comme objectif 10 000 suppressions d’ici à
2020 ; Carrefour a touché en 2017 autour de 400 millions de CICE et
d’exonération de charge et annoncer en début 2018 vouloir supprimer
4 500 emplois. La BPCE qui a touché des centaines de millions du CICE
détient avec 4 000 suppressions de postes le record dans le secteur
bancaire. On pourrait continuer la liste si une réelle transparence
existait. Ainsi Michelin, qui se fait particulièrement discret sur le
montant des aides reçues, a annoncé il y a un an 1 950 suppressions de
postes d’ici à 2020, dont 1 500 en France. De même pour Airbus qui a
annoncé 3 700 suppressions d’emplois dont 470 en France.
Contester l’appropriation privée
Et
ce ne sont là que des chiffres partiels, pour l’essentiel ceux liés au
CICE, mais les entreprises cumulent, avec le crédit impôt recherche, les
aides européennes et/ou régionales et locales. Sans même parler des
exonérations de cotisations sociales d’autant plus importantes que les
salaires sont bas…
Depuis 30 ans, non seulement les
études n’ont pas prouvé que ces aides multiples aient en quoi que ce
soit protégé les emplois des salariéEs, mais même lorsque certains
rapports le font, ils sont obligés de reconnaître le coût ubuesque des
emplois prétendument créés, qui se monterait à 200 000 euros pour un
emploi ! Nombreux sont celles et ceux qui, dès lors déplorent le manque
de contrôle ou de transparence. Ce qui serait le minimum, mais la vraie
question est celle de la publicité réelle des comptes des entreprises,
et surtout le contrôle que seulEs les salariéEs pourraient imposer sur
les choix d’investissements et de production, non pas en fonction des
profits mais de l’utilité sociale de leur travail. Ce qui revient à
contester le droit de propriété des capitaux. Ce droit qui impose
l’intérêt des actionnaires contre les conditions de travail et l’emploi
des salariéEs mais aussi au détriment de l’ensemble de la population. En
effet, la population paie, par ses impôts qui alimentent les dividendes
des actionnaires, mais aussi en tant que consommateurE.
C’est pour cela
que la lutte contre les suppressions d’emplois et les licenciements
n’est pas la seule affaire des salariéEs menacés immédiatement, mais de
toutEs celles et ceux qui ne veulent pas laisser le gouvernement
enrichir les très riches qui n’en ont jamais assez.

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