samedi 16 juillet 2022

14 juillet : la longue patience du peuple

Antoine Manessis

Le 14 juillet n'est pas un défilé militaire patriotard, rempli de références au passé colonial de la France et qui plus est Otanisé.

Ce n'est pas une tribune où se pavanent les nouveaux aristocrates, les héritiers de Louis XVI et certainement pas des Parisiennes et des Parisiens qui se sont emparé-es les armes à la main de la Bastille, symbole de l'absolutisme royal, le 14 juillet 1789.

Parce qu'il ne faut pas oublier que rien n'est moins consensuel que la célébration d'une Révolution qui dès le premier jour fut un mouvement populaire armé. 

À coups d'hélicoptères et de chars d'assaut, de Légion étrangère et d'avions de chasse, ceux qu'on va livrer à la très démocratique Arabie Saoudite sans doute (la bourgeoisie n'aime pas les travailleurs ou les migrants musulmans mais elle semble apprécier les Princes riches et pétroliers...), on tente de faire oublier au bon peuple ce que l'on fête le 14 juillet.

Rappel : la Révolution fut un processus politique qui vit une classe en renverser une autre. Un système social en remplacer un autre. La République naquit de cette Révolution, c'est-à-dire un nouveau système institutionnel et de rapports entre gouvernés et gouvernants. Processus est le terme le plus important puisque rien ni personne ne pouvait deviner les chemins que ce mouvement historique allait prendre ni les contradictions que cet événement allait générer.

La bourgeoisie révolutionnaire ne put imposer un compromis à l'aristocratie sans passer d'alliance avec le peuple des villes et l'immense paysannerie. Cette alliance fut porteuse de bien des visages que prit la Révolution. La radicalité, la modération, la guerre, la paix, la place des intérêts des uns et des autres, leurs chocs, leurs compromis et la résultante historique mais par définition provisoire. Puisque chaque stabilisation porte en elle de nouvelles contradictions qui mettent de nouveau la société en mouvement.

On peut même dire que la Révolution continue. Elle fut la matrice de notre vie politique. Comme l'a écrit Jean Jaurès: "Nous considérons la Révolution française comme un fait immense et d’une admirable fécondité ; mais elle n’est pas à nos yeux, un fait définitif dont l’histoire n’aurait ensuite qu’à dérouler sans fin les conséquences".

En effet le nouvel ordre social et politique fondé alors sera traversé par de multiples contradictions dont nous sommes toujours les acteurs. 

Comme ce 14 juillet, nous voyons bien qu'il y a plusieurs façons de le célébrer, de l'analyser, de le comprendre, de le poursuivre. Comme la République, la Révolution n'est pas une et indivisible. Elle est au contraire conflit et lutte. L'écho de ces combats multi centenaires retentit dans nos combats contemporains. Les références politiques ne sont pas les mêmes. Une France "répond toujours du nom de Robespierre" quand l'autre tente de le criminaliser. La IIIe République, bourgeoise et coloniale, née du massacre des Communards porte-t-elle les mêmes "valeurs" que la République sociale, objectif du mouvement ouvrier ? 

Le 14 juillet de Macron et le 14 juillet des classes populaires non seulement n'est pas le même, mais ils s'opposent de façon antagonique.

Ne pas l'oublier peut éviter à la fois la confusion idéologique, des contresens historiques mais aussi des fautes politiques. 

Enfin que le 14 juillet rappelle aux dominants d'aujourd'hui que, pour reprendre la si belle formule de l'historienne Sophie Wahnish, "La longue patience du peuple" a aussi une fin.

Antoine Manessis

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