Antoine Manessis
Lors de son discours, Elisabeth Borne cite des présidents de groupes dont Marleix (LR), Bayou (EELV), Vallaud (PS), Bergé (Renaissance) à l'Assemblée.
Elle ne cite pas Panot (LFI) ni Le Pen (RN), symbole de la volonté du gouvernement de discuter et trouver des compromis avec LR, EELV et le PS, mais pas LFI ni le RN.
Borne poursuit la politique provocatrice de la Macronie. Amalgamant la gauche au néofascisme, la FI et le RN. Ce positionnement fut un échec pour LREM lors des législatives mais il a contribué à faire élire des députés RN.
Surtout il permet ainsi au bloc des droites d'envisager une collaboration avec le RN. Collaboration qui est déjà mise en oeuvre à l'Assemblée, on l'a vu avec l'élection de vice-présidents RN dans certaines commissions. Car Macron et Borne font semblant de rejeter les "deux extrêmes" mais en fait c'est, bien entendu, la FI qui est la seule cible et qu'ils essayent de discréditer. Ils tentent d'ailleurs de pénibles manœuvres de division de la Nupes avec force clins d'œil à EEEL et au PS.
Le RN a tout à gagner aussi à cette légitimation "républicaine", à la fois complice et opposition du pouvoir. Ce "en même temps" lepéniste lui permet de gagner en crédibilité aux yeux de cercles des classes dirigeantes sans perdre sa base de masse.
Le "barrage" macroniste à l'extrême-droite de 2017 a montré son inexistence à la présidentielle et aux législatives de 2022. Jamais l'extrême-droite n'ayant été aussi forte. D'autant que la Macronie a déployé une politique de régression sociale et d'autoritarisme liberticide, véritable prodrome pour le néofascisme.
Pour revenir à la Première ministre, on ne peut qu'être accablé par le fond et la forme de son discours et de son "programme" si l'on peut appeler ainsi la série d'ânonnements confirmant la continuité de la politique macroniste. Même la casse des retraites est confirmée : "Nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps" a-t-elle déclaré. Poursuivant "Non, la retraite à 60 ans n'est pas une perspective crédible" ou encore "Non sortir de l'OTAN ne nous rendra pas plus fort." Précisant sans surprise "Mais penser que le blocage des prix ou le SMIC à 1500 euros peut faire face au défi de l'inflation, c'est comme placer nos économies dans les banques russes : c'est la banqueroute assurée dans le pays". Ultime attaque : "Honte à ceux qui attaquent nos policiers et nos gendarmes" niant ainsi les violences policières.
Si certains doutaient...
Mathilde Panot cheffe du groupe FI l'interpelle : "un vote de confiance s'imposait, mais vous avez choisi la fuite" ajoutant "Vous avez piétiné le vote des Français : votre stratégie, c'est sauve qui peut, et vous êtes prêts à tout. Jamais de compromis mais toutes les compromissions". La gauche Nupes a déposé une motion de censure contre le gouvernement Borne.
François Ruffin commente "Sur le plein de voiture et remplir leur frigo, là-dessus madame Borne ne propose que des miettes. Elle ne propose même pas que les salaires des Français augmentent en proportion de l'inflation."
Le leader de la gauche, Jean-Luc Mélenchon, a rappelé "Nous n'avons pas été élus pour faire des compromis avec madame Borne, nous avons été élus sur un programme et contre un autre".

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