samedi 28 octobre 2023

Joseph Andras : Palestine, politique, morale et humanité

Antoine Manessis

La revue Regards a eu l'excellente idée d'interviewer l'écrivain, "journaliste, historien, poète", Joseph Andras sur les événements de Palestine. 

Auteur de livres qui font, pour certains, référence aux luttes de libération comme  De nos frères blessés, consacré à Fernand Iveton, pied noir d'Algérie, ouvrier, communiste et indépendantiste, guillotiné le 11 février 1957, Kanaky. Sur les traces d'Alphonse Dianou, une enquête biographique menée entre 2015 et 20185, entre la Nouvelle-Calédonie et la France métropolitaine, sur un militant indépendantiste socialiste engagé au sein du FLNKS et tué, en 1988, après l'assaut de la grotte d'Ouvéa,  Nûdem Durak. Sur la terre du Kurdistan, sur la prisonnière politique kurde Nûdem Durak condamnée à 19 ans de prison, en Turquie, pour ses opinions politiques et son engagement artistique ou encore Au loin le ciel du Sud, consacré à la jeunesse du militant socialiste et indépendantiste Nguyên Ai Quôc (futur Ho Chi Minh) dans le Paris de l'après-Première Guerre mondiale. 

Ce texte est absolument remarquable, remarquablement juste tant politiquement qu'humainement. Les évènements "lui ont tordu le coeur". La part de l'analyse implacable et la part d'humanité indissociablement liés.

Terrorisme ? "Voyez un peu le fourre-tout : on a pu classer sous cette appellation aussi bien les républicains de 1794 que les indépendantistes irlandais, feu Nelson Mandela (il faut se souvenir qu’il figurait sur la liste étasunienne des terroristes jusqu'en 2008) et al-Qaïda, Jean Moulin et Mohammed Merah, Anders Breivik et les militants écologistes soucieux de prendre soin des écosystèmes.La morale révolutionnaire ?  "La politique et la morale marchent ensemble. ../... Georges Habache, chef du FPLP, ne disait rien d’autre, arguant de sa considération pour la vie humaine".

Le débat français à ce sujet ? "Indigne. Calamiteux. On ne peut même parler de débat, en fait : nous traversons une période de turbulence totalitaire. Des policiers font une descente dans un kebab car une lettre de son enseigne, tombée en panne, donnait fautivement à lire «Hamas». Deux syndicalistes de la CGT viennent d’être placés en garde-à-vue pour un communiqué qui disait, entre autres choses – et quoi qu’on pense de telle ou telle formulation –, s’incliner devant toutes les victimes civiles.

Déséquilibre dans la manière d’aborder ce sujet ? "Le racisme ambiant ne fait que parachever l’ensemble : les Palestiniens sont des Arabes et, pour nombre d’entre eux, des musulmans. Un pays qui discute de déchoir Benzema de sa nationalité ne saurait à présent penser la question palestinienne autrement.../..La France est frappée de déraison."On ne peut pas dire que le socialisme ait le vent en poupe en Israël-Palestine…? "Je sais bien. Là-bas, partout, ici, le mouvement pour l’émancipation a une sale mine. Le socialisme, historiquement, ça n’est jamais que la démocratie accomplie. L’égalité réalisée. La justice instituée. C’est donc sans surprise qu’on trouve les meilleures réponses en s’y référant. D’où mes relectures. Mais on doit composer avec la situation telle qu’elle se présente à nous. Le levier, pour l’heure, ça n’est pas la révolution. Reste le droit. Et le droit est clair : il est légitime de résister par les armes (de militaire à militaire, s’entend) comme il est légitime que le peuple palestinien ne fasse pas que survivre. Le blocus de Gaza, les colonies, tout ça est condamné par l’ONU."

La solution deux États est caduque. Vous évoquez l’alternative de l’État unique…? "Ça n’est pas moi qui l’estime : ce sont tous les analystes informés. Un rapporteur spécial de l’ONU a, par exemple, indiqué que le mur, les colonies, la dépalestinisation de Jérusalem et l’incorporation progressive de la vallée du Jourdain sont « incompatibles » avec cette solution. L’historien israélien Shlomo Sand, qui se définit comme « a-sioniste », vient de déclarer la même chose." 

Macron avait qualifié l’antisionisme d’antisémitisme…? "C’est grotesque en plus d’être odieux. Ça n’a pas la moindre consistance historique et politique."

Lisez la totalité de l'interview de Joseph Andras. Cela ne signifie évidemment pas accord absolu sur tout. Par exemple la qualification du Hamas comme "d'extrême-droite" nous semble très discutable. Le caractère criminel et obscurantiste du Hamas (comme du régime iranien) ne nous semble pas relever de cette catégorie.

Mais encore une fois lisons Joseph Andras son article, ses articles et ses livres. À la fin on est meilleur.

https://regards.fr/gaza-macron-na-meme-pas-la-decence-elementaire-dappeler-a-un-cessez-le-feu/ 

Antoine Manessis

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