Antoine Manessis
Cet après-midi a eut lieu (qui se poursuit) un débat sur la situation en Palestine.
La première chose qui saute aux yeux c'est la piètre tentative de la Première ministre de faire croire que la France Insoumise n'a pas condamné les crimes de guerre du Hamas. Mensonge tant de fois repris qu'il finit, chez des gens de bonne foi, par devenir "sens commun".
Sur le terme "terrorisme" il y a débat. Nous pensons comme Frédéric Lordon que "terrorisme est un mot impasse", "une catégorie qui fait sortir de la politique". Après, que nul ne rêve. Si la FI se mettait à crier, comme on l'exige de la gauche de gauche, "A bas le terrorisme!" nous ne serions pas avancé d'un millimètre : la FI est l'ennemi de l'intérieur, indispensable aux droites depuis toujours, surtout en périodes de crise. Donc faisons le pari de la raison et au tri qui se fait, une fois le lynchage médiatique ralenti, dans l'esprit public.
Il y aurait déjà, à l'heure où nous écrivons, 361 enfants israéliens massacrés par le Hamas et 1900 enfants palestiniens assassinés par les bombes de Tsahal. Donc plus de 2000 enfants morts, car qu'importe leur nationalité ? Cela veut dire quoi, sinon qu'il faut un cessez-le feu (que Marine Le Pen refuse comme les gouvernements des Etats-Unis, de France, de Grande-Bretagne et du Japon) comme l'a proposé la Russie au Conseil de sécurité. Russie qui aurait pu faire la même proposition pour l'Ukraine, soit dit en passant.
Cela veut dire aussi que l'essentiel désormais est en effet que cessent le carnage à Gaza. Israël ne parviendra pas à une solution par la méthode utilisée par les conquistadors et les Nord-Américains, à savoir le génocide des Palestiniens. Génocide par le fer et le feu et par l'épuration et la dispersion ethniques des survivants dans les pays arabes. Les temps ont changé et l'opinion mondiale, à défaut des gouvernements, ne laissera pas faire. Tout particulièrement l'opinion arabe qui tôt ou tard rapperait à Israël la rude loi du rapport des forces. Et dans ce cas, si les choses en arrivaient là, il y a fort à parier que cela serait fatal et à l'Etat mais aussi au peuple d'Israël.
La seule issue est à nos yeux un seul Etat. Pas comme actuellement un seul Etat sioniste, colonial, occupant. Car actuellement il n'y en a pas d'autre. Mais un Etat démocratique et laïc mêlant les peuples en respectant leur diversité. Malgré les guerres de religion, la France a bien fini par faire peuple.
La solution des deux Etats nous parait plus difficile voire impossible tant le projet israélien s'identifie au projet sioniste qui implique par nature l'occupation, la colonisation, l'épuration ethnique, l'apartheid et finalement la guerre permanente. Le rêve du grand Israël s'effondrera comme tout ceux de son genre. Ne disons rien sur la Palestine comme "territoire historique du peuple juif". Si un tel raisonnement avait la moindre validité nous serions en guerre partout et tout le temps. C'est-à-dire tous morts.
La deuxième chose frappante est la mutation de la droite classique, pour faire simple, en parti néo-fasciste. Impossible de trouver la moindre différence entre le RN, Reconquête et LR. À part le talent plus ou moins affirmé de leurs représentant. En l'occurrence, LR avait Michèle Tabarot comme porte-parole. Accablant. Quant à Le Pen elle parvient à un tel niveau de confusion dans son discours, mêlant platitudes consensuelles, islamophobie, racisme, ruse politicienne qu'on peut penser que pour l'opinion de droite, le lecteur moyen du Figaro, elle paraît plus crédible que les autres âmes errantes d'une droite en voie de disparition par absorption.
Remarquons tout de même l'intervention de Jean-Louis Bourlanges, porte-parole du MODEM. Bien que visiblement malade, le député centriste est parvenu à faire un discours cohérent avec une vraie réflexion politique et même des positions relativement intéressantes. Cela lui a même valu des applaudissements sur les bancs de la FI et des hurlements haineux du représentant de Netanyahou à l'Assemblée, Habib Meyer. Ce qui est toujours bon signe.
La troisième chose remarquée fut le robinet d'eau tiède de Boris Vallaud, tentant, en vain , de concilier paix et sionisme. Opposition et rond de jambe à la Macronie. Sans doute pour faire "responsable". Mais il ne faisait qu'inutile. Et après lui, pour le PCF, Fabien Roussel, registre très calibré, genre "je suis oiseau : voyez mes ailes...Je suis souris, vient les rats". Le MODEM avait franchement plus de profondeur que ces deux représentants de la gauche.
Avant-dernière remarque : le très bon discours de Mathilde Panot qui avait (enfin) trouvé le ton juste et levait toutes les ambiguïtés semées par le front anti-Insoumis. Claire, sereine, courageuse devant les invectives et l'attitude odieuse de la présidente de l'Assemblée nationale. Cessez-le -feu dit-elle avec une vraie flamme.
Dernière remarque, le ton techno d'Elisabeth Borne qui de toute évidence traite ce dossier Moyen-Orient comme des travaux sur la ligne 14 du métropolitain, sans doute des traces de son passage à la RATP. Aucune conviction, aucun souffle, Macron avait du lui donner quelques éléments de langage et Borne enveloppait cela en essayant, bien vainement, de faire croire que la France n'était pas alignée sur les Etats-Unis et qu'elle était fidèle à la ligne gaulliste dirons-nous pour faire court. On sentait à quelques regards échangés avec sa toute aussi charismatique ministre des Affaires étrangères que les dossiers étaient à peine maîtrisés...
Et puis elle regardait sans cesse les bancs de la gauche, avait-elle peur des islamo-gauchistes ? En tout les cas le seul moment où l'ectoplasme s'est animé ce fut pour attaquer la FI...On était presque soulagé.

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