Antoine Manessis
11 novembre 1918. La Première Guerre Mondiale, l'orgie de sang et la mort industrielle s'achèvent.
Pas partout et très provisoirement. 20 ans après, ils remettaient ça avec la Deuxième Guerre Mondiale.
Les impérialismes s'affrontaient et dans ce jeu terrible il fallait aussi compter avec le premier pays socialiste de l'histoire, l'Union soviétique, dont les puissances impérialistes voulaient se débarrasser depuis 1917.
Les gouvernements anglais et français signèrent en 1939 les accords de Munich avec Hitler pour cela, comme ils refusèrent la politique de sécurité collective proposée par les Soviets. Obligeant ces derniers à se tourner vers l'Allemagne pour obtenir un sursis avant la grande attaque qu'ils savaient inévitable et qui eut bien lieu en juin 1941. Sursis que les Allemands accordèrent y trouvant leur intérêt pour avancer leurs pions vers la Pologne, qui elle-même avait participé à la curée contre la Tchécoslovaquie, commercer avec les Russes et liquider l'impérialisme français. Avec l'Empire Britannique, Hitler pensait à parvenir à un partage des sphères d'influence et sans doute fût-ce la raison qui lui fit épargner les troupes britanniques à Dunkerque.
Les Soviétiques espéraient que les impérialistes s'épuiseraient mutuellement. Comme les États-Unis, plus tard, escomptaient que le combat titanesque entre l'URSS et l'Allemagne nazie épuiserait les deux belligérants au grand profit du capital étasunien. Et Churchill ne voyait pas d'un mauvais oeil la possible disparition de l'Empire français, vieux concurrent des Anglais. Hitler rêvait à un partage du monde entre les Etasuniens, les Britanniques affaiblis, les Japonais et le IIIe Reich.
On sait que les choses ne tournent que très rarement comme les protagonistes le souhaitent. La victoire soviétique, la constitution du bloc soviétique, la révolution chinoise mais aussi la constitution du bloc occidental avec l'OTAN, le Plan Marshall, l'écrasement de certains mouvements indépendantistes et progressistes mais aussi et surtout avec l'immense mouvement de libération de la Tricontinentale (Asie, Afrique, Amérique Latine) ont constitué le cadre général de la vie politique du XXe siècle.
C'est bien la 1er Guerre mondiale qui fut la matrice du "court XXe siècle" comme l'appelait le grand historien Eric Hobsbawm. Le 11 novembre est l'occasion de penser à cette période de l'histoire qui s'acheva en 1990.
Le XXIe siècle est un autre monde après l'effondrement de l'URSS et des pays du pacte de Varsovie, la restauration du capitalisme en Chine, la mondialisation capitaliste avec les immenses changements qu'elle implique. Mais il n'est pas la "fin de l'histoire". De nouvelles contradictions marquent les temps actuels. Des rivalités entre puissances, grandes ou pas, la mise en cause des vieilles hégémonies, les luttes des peuples qui se poursuivent dans ce contexte nouveau, le dérèglement écologique du monde provoqué par le capitalisme, le renaissance d'un néofascisme du XXIe siècle y compris dans les pays capitalistes centraux définissent le nouveau cadre.
Nous pouvons donc tenter de comprendre ces contradictions et nous en servir pour poursuivre la lutte pour l'émancipation humaine. Avec des outils théoriques, enrichis par l'expérience du XXe siècle et la nouvelle donne contemporaine, qui permettent "l'analyse concrète d'une situation concrète". De ce point de vue le marxisme, à condition de ne pas le concevoir comme un dogme, nous semble être encore l'horizon indépassé de notre temps. Théorie mais aussi pratique et donc de nouveaux modes d'organisation adaptés aux exigences démocratiques, aux nécessités du combat et aux conditions particulières objectivement données. Faut-il préciser que ces conditions n'ont que peu à voir avec ce qui était pertinent il y a plus de cent ans...
Le 11 novembre est une occasion de penser à la fois l'héritage historique et les réponses stratégiques nouvelles que nous pouvons élaborer à partir du réel et de ses contradictions qui sont les moteurs de l'histoire.

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