Antoine Manessis
Dura lex sed lex. Marine Le Pen devra s'y faire la loi s'applique à toutes et tous. Du moins en théorie.
A la suite de l'affaire des "assistants parlementaires européens du RN" les procureurs ont demandé, à l’encontre de la députée du Rassemblement national (RN) une amende de 300.000 euros, cinq ans de prison, dont deux ans ferme aménageables, et une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
La cheffe du RN déclare au JT de 20h sur TF1 qui lui ouvre grand les bras: "Ce réquisitoire est révoltant. Il est profondément outrancier. Il réclame des condamnations qui sont sans commune mesure, allant jusqu’à demander la peine de mort politique avec exécution provisoire contre moi".
Et nous qui pensions bêtement que le RN était justement pour la peine de mort et trouvait la justice trop laxiste...la voici qui est "outrancière". Pourquoi ? Parce qu'elle applique la Loi. Les procureurs n'inventent rien, ils proposent d'appliquer ce que le pouvoir législatif a décidé contre ceux ou celles qui détournent l'argent public. Détournement estimé dans ce dossier à près de 7 millions d’euros. Mais appliquer la loi à l'héritière en chef du RN, quelle insolence !
L’exécution provisoire qu’a demandée le parquet dans ses réquisitions, empêcherait très probablement Marine Le Pen d’être candidate à une prochaine élection présidentielle. Mais rien n'est fait. On ignore quelle décision sera prise en définitive, même si le RN en profite pour faire de l'agitation et de la propagande.
Ce qui est notable c'est que l'extrême-droite et la droite, comme Darmanin jouant au sauveur de Marine, sont tous à réclamer que la loi ne s'applique pas avec trop de rigueur puisque le parti de Le Pen a réuni 10 millions de voix. On pourrait penser que cela ajoute encore à la responsabilité des dirigeants dans ces magouilles financières.
Mais voilà que très soudainement le RN et la droite voit dans l'application stricte de la loi une atteinte aux libertés et une manœuvre politique.
Faudrait savoir...
De plus Marine Le Pen n'est pas la seule qui puisse porter la voix du RN. Il semblerait même qu'une opération médiatico-politique mette Jordan Bardella sur le devant de la scène soutenu par Vincent Bolloré ses chaînes de télé, de radio et ses maisons d'édition (Fayard). Les grenouillages, les trahisons, les "nuits des longs couteaux" sont une tradition au sein du fascisme.
Rien, aucune décision de justice, n'épargnera à la gauche politique et syndicale, aux organisations anti-racistes, aux associations attachées aux libertés de combattre politiquement le RN. Même une dissolution (certains l'envisageaient il n'y a pas si longtemps) ne réglerait pas le problème. Les questions politiques n'ont de solutions que politiques.
Quant à la justice, nous sommes marxistes. Nous considérons qu'en tant qu'institution de l'Etat bourgeois, elle est un des appareils de la classes dominante. Difficile de ne pas en faire le constat tout au long de l'histoire. De la répression anti-syndicale, dès la naissance du mouvement ouvrier organisé, à celle contre le mouvement des Gilets jaunes. Sans oublier l'attitude de la magistrature durant l'occupation hitlérienne.
Bien entendu il ne s'agit pas d'avoir une vision dogmatique. Comme toutes les institutions la justice est traversée par des rapports de forces politiques, idéologiques. La justice n'est pas un bloc homogène mais un espace de lutte, un champ conflictuel et non un simple "outil" de la classe dirigeante tel que la vision mécaniste du matérialisme vulgaire la conçoit.
En tous les cas, quel que soit le cas de figure, la lutte politique contre le néofascisme sera un des axes principaux de toute politique pour les forces de gauche, ce combat a une dimension stratégique et les aléas tactiques n'y changeront rien.

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