mercredi 24 juin 2009

ÉTAT DE RÉSISTANCE ...

Cet article à 12 ans. Très lucide sur la situation de l'époque, sur les causes du chômage, prédisant la crise que nous vivons, l'auteur appelait à la résistance. Rien n'a changé, depuis, tout s'est aggravé. Et ce n'est pas le discours de Nicolas Sarkozy, hier à Versailles, qui changera la donne. Résister est toujours à l'ordre du jour. Notre avenir dépendra de notre lucidité et de la qualité de notre résistance. (J.D.)


Par GÉRARD GAUTIER

Saint-Brieuc, le 3 février 1997
(Article paru dans les D.N.A. - ARMOR-MAGAZINE…)

Depuis plus de 20 ans, les différents gouvernements qui se sont succédés ont « géré » le chômage. Actuellement les plus de 120 mesures d'accompagnement social du chômage, empilées au fil du temps, participent ainsi, par leurs coûts directs et passifs aux graves déséquilibres budgétaires de l'État, aux charges lourdes subies par les entreprises, à la fragilisation… de l'emploi, à la création de « sous-salariés », de fonctionnaires « au rabais », à la baisse de la consommation des ménages, à la montée de la morosité ambiante.

Compte-tenu de leur « effet d'aubaine » ces mesures « institutionnalisées » entrent d'ailleurs maintenant dans le catalogue des conseils prodigués par certains cabinets spécialisés pour qu'elles soient intégrées dans la politique de management pour entreprises. Quant on sait qu'elles créent - de plus - les conditions de concurrence déloyale, qu'elles offrent la possibilité de « profits exceptionnels » au détriment de la collectivité et des salariés, on reste confondu de voir cet état de « méfait », perdurer. Ce n'est plus acceptable.

Malheureusement au lieu de traiter le problème dans ses fondements, le gouvernement envisage, après la mise en place de la Loi de Robien dont on n'a pas pris toute la dimension de ses effets négatifs, à terme, pour l'économie et l'emploi, de créer des « stages diplômants » pour des jeunes, pourtant de mieux en mieux formés, « adaptables » à qui l'on demande, en plus, d'avoir de… l'expérience.

Or s'il appartient à l'Éducation Nationale de former les jeunes en intégrant à leur cursus le maximum de stages en entreprises, il appartient à ces dernières, au titre de leur mission civique, de favoriser leur première insertion dans le monde du travail. D'une manière générale, il est bon de dire que les entreprises ne demandent pas d'aides : elles ont besoin d'un environnement favorable pour que puissent s'exprimer leur dynamisme, leurs savoir-faire, elles souhaitent moins de tracasseries administratives, moins de charges sociales et fiscales, plus de libertés.

Pour tenter d'inverser le cours des choses et retrouver une certaine morale, il serait bon, dans un premier temps, de confier la gestion des différents « contrats aidés » à un seul et même organisme. Ceci éviterait, grâce à un suivi des entreprises bénéficiaires, la perversion du système dont certains savent profiter avec excès. Dans le même temps il faudrait réaliser la mise à plat de toutes les mesures ce qui libérerait des masses financières importantes, de mettre en place des mesures plus simples d'accompagnement social du chômage. Ceci étant fait, on serait en mesure de diminuer de manière très sensible le coût du travail et de redonner une véritable compétitivité aux entreprises. Sans ramener au - plein emploi - (le reverra-t-on un jour ?) - ce qui précède serait de nature à remettre en question la spirale infernale dans laquelle nous sommes.

Mais ceci serait de peu d'effets si n'étaient pas prises en compte les néfastes conséquences de la « mondialisation » présentée comme inéluctable et seul système économique de référence pour notre avenir, la « mondialisation » laissée aux seuls appétits et volontés du pouvoir financier, permet à des monopoles de diriger le Monde par-delà le pouvoir des États, de réaliser des profits énormes qui se perdent, sans redistribution, dans les nébuleuses de paradis fiscaux.

La « mondialisation » remet d'ailleurs en cause l'Europe telle qu'elle se dessine et le principe même de la monnaie unique qui est pourtant souhaitable. Il est urgent de se mettre en état de résistance.

Tout en acceptant les règles de la libre concurrence de l'internationalisation des échanges, il faut procéder, de manière urgente, au démantèlement des dits monopoles, faire respecter les réglementations, recréer des contre-pouvoirs pour assainir les marchés.

Après le capitalisme d'État qui a fait faillite, l'ordre financier que nous connaissons aujourd'hui, stérilisant lui-même ses propres ressources, connaîtra le même sort. N'attendons pas que des dégâts irréparables soient accomplis, soyons acteurs de notre futur.

Les chantres et tenants de la « mondialisation » réfutent l'argument selon lequel la responsabilité des pertes d'emplois serait dues à celle-ci. Ils rejettent cette responsabilité sur les avancées technologiques réalisées au niveau de la production. Soit. Pour rester en cohérence il serait bon d'explorer à nouveau l'idée de fiscaliser les machines destructrices d'emplois.

Poser ces problèmes aujourd'hui, tenter de réfléchir à de véritables solutions peut éviter, demain, de voir les jeunes qui n'ont pas d'autres horizons que ceux de la précarité, de la flexibilité, moins soumis que leurs aînés, descendre dans la rue pour demander une remise en cause de la Société, pour demander à ce que l'Homme soit remis au centre de celle–ci et non pas traité comme quantité négligeable,

Comme un produit à jeter après utilisation ... quand on l'utilise.

GÉRARD GAUTIER
Conseiller régional de Bretagne
Président Mouvement –Blanc c’est exprimé

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