mercredi 16 décembre 2009

Ecrire

J'ai déjà eu l'occasion de publier deux ou trois textes de Florence Issac. J'ai eu la chance, également, de commenter son livre " Les 3 Coups " écrit avec trois autres écrivains. A présent, j'ai la joie de commencer à vous présenter sa poésie, issue du recueil " Juste un peu d'Amour avant la fin". Ce recueil, publié en 2006 a été préfacé par Cristina Castello (lire la préface juste après le poème et la présentation de son œuvre par l'auteure). Je remercie Florence Issac de sa confiance. Jean Dornac

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par Florence Issac


Ecrire


© Monique Vincent
Offrir des images
Offrir une musique
Lâcher cette souffrance
Qui parcourt mes tripes
Fuir cette torpeur
Qui envahit mes sens
Plénitude alors de l’instant
L’infini sans la fin
Suspendue au temps
Fièvre salvatrice
S’étendre et attendre
Au cœur de la vague
Des mots à se faire pendre

© Florence Issac
in "Juste un peu d'Amour avant la fin"

Editions "L'Echappée Belle"
91 pages
Illustrations de Monique Vincent

* * *

Lettre aux lecteurs
par Florence Issac

Depuis longtemps j’avais l’envie de rassembler dans un florilège des poèmes relatant des moments privilégiés et intenses de ma vie, riches et féconds d’émois et de sensations multiples
Ce projet a pris racine au fil des jours et s’est imposé tranquillement de lui même comme une nécessité absolu.
Le temps passe inexorable, incompressible et ce livre gardera la mémoire de toutes les émotions passées. Je veux me souvenir de ces secondes d’exaltation et de chaos intérieur, de la descente au plus profond de l’être quand le cœur s’emballe et se fustige si prêt à se rompre.
Ecrire pour conserver ses trésors.
Ecrire comme pour dire ce que l’on a jamais osé dire.
Ecrire en plein jour le cœur de sa nuit.
L’écriture pour ne pas oublier mais aussi pour plaire, séduire, troubler, provoquer et essayer de changer les choses.
Pulsions de vie à partager ensemble.

* * *

Préface de Cristina Castello

LE CHANT DU ROSSIGNOL

Dans ce recueil de poèmes, Florence Issac abrite l’éternité et défie l’Infini à dévaster l’horreur. Telle qu’une louve haletante et anxieuse, pure lumière, elle cherche fiévreusement des lueurs pour l´Humanité et pour elle-même. Quelques-uns de ses poèmes ressemblent bien à « La liberté en guidant le peuple », de Delacroix, devenu parole écrite, mais ils sont traversés par sa fraîcheur, son innocence lucide et son enfance adulte. Et c’est alors que la Vérité, si terrible soit-elle, se résout en Beauté guidée par sa main. D’autres poèmes ont la tendresse de « Femme penchée sur la table » d’ Eugène Carrière, également béni. Mais tous sont amour-poème pour elle qui, comme un souffle d’anges, dessine avec une plume d’oie le portrait de chaque strophe, ses yeux vers le ciel.

« Juste un peu d’amour avant la fin » est un duel entre la Vie et la Mort, dans un livre qui est à la fois poésie et narration. Florence a le courage de se regarder intérieurement et de nous raconter ses différentes morts et résurrections, comme seulement les grands poètes peuvent le faire. Ainsi, en lisant la dernière ligne de la dernière page, on a l’impression d’avoir assisté à un défi entre la sève et les cendres. Mais, au contraire de ce qui arrive dans le film Le septième sceau de Bergman, c’est le chevalier et pas son sinistre rival qui gagne la partie d’échecs.

En ce cas-ci, la dame, notre auteur.

« Écrire en plein jour le cœur de sa nuit », c’est ce que Florence révèle en un cri qui chuchote, tel qu’un manifeste d’intentions, depuis la première page de son livre. Et l’intention se réalise. L’auteur, fidèle à l’esprit de Whitman, dans sa rencontre avec le poète « …Que tu es ici/que l a vie existe/Et l’identité/ Que le prodigieux spectacle continue/Et que tu peux y apporter la rime » , dénude les ombres qui la contournent et qui des fois, tant de fois , la pénètrent et la plongent dans un abîme. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle meure. Non. Elle écrit habitée par le jour, depuis l’amour et la joie de vivre. « L’ailleurs existe-t-il ? » se demande-t-elle, et elle nous répond en « Quête », même si l’affirmation prend forme de question, dans son vertige Azur.

D’un regard spirituel et rempli de couleurs, elle nettoie les miroirs de l’Univers et fait finalement échec et mat au Roi des Ténèbres (« La mort n’existe plus si la mémoire reste »). Et c’est donc pour cela que certains de ses poèmes parmi lesquels Délires circulaires (« Il est un jour où je ne peux plus…Il est un jour où mon moi inconnu me pèse…Il est un jour où tout devient ‘non’…Il est un jour où j’ai froid, je pleure, je n’essaie plus… » ) , où elle se révèle si courageusement faible, nous donnent en même temps l’impression que le cercle ne se referme jamais. D’après Olga Orozco la réalité, cette clé closant toutes les portes du désir, la frappe. Or, Octavio Paz affirmait déjà que le destin du mot désir, de Baudelaire jusqu’à Breton, se confond avec celui de la poésie . C’est ainsi que, pour la poésie, Florence a toujours une fente qui permet à la lumière de se filtrer : la grâce de vivre, les grâces à la vie . On a touché au cœur de la nuit, et pourtant elle reste fermement ancrée au jour.
En plein jour. Au soleil.

Chez Florence il y a une mémoire de la berceuse. Il y a une mémoire de son temps d’enfant. Il y a une mémoire de l’absence qu’elle n’oubliera jamais, et qui est toujours présence. Elle n’occulte pas ses fêlures intérieures à travers lesquelles se filtrent goûte à goûte les mesquineries du monde, qu’elle veut changer. Oui, même si ,et pour cela - tel qu’elle le dit en Fragile -, le soleil est… « triste » (« Il ne donne plus qu’un rayon gris sur mon visage ») ; ou bien noir, comme elle l’évoque dans son poème « Noir soleil » ( sorte de poème-prose-aphorisme ).
Noirceur.

Mais non. Dans ce livre, autobiographique et pas en même temps, notre poète de fenêtres vers l’intérieur (« Je n’irai pas me promener. J’aime mieux mélanger et gribouiller ») montre bien que, même si elle est toutes les musiques, son essence est une seule. Certes, elle peut bien être un hymne, une symphonie, un allegro, un adagio ou un gospel, selon se présente la vie. Mais son Être qui abrite l’éternité, son Être profond –qui est son foyer, dont elle émerge avec des bouquets de graines et d’amour permanent-, c’est un motet de Pergolesi ou de Vivaldi. Alors là, renaissant en elle-même, elle atteint des horizons fugitifs et défie le silence. On lui a accordé le don de la parole et celui de la beauté, et elle s’y soumet.
C’est une beauté qui ne se rend pas à la facilité , une beauté qui ne concède pas, mais qui s’emploie à faire l’effort le plus difficile, celui de la transparence. Elle ne se rend pas non plus à la Mort, ce soleil noir, ce joueur d’échecs noir qui la visita tout au long du « film de ma vie » (Amour Éternel), portant à chaque fois un masque différent.
« Film ».

Ce livre est lui-même un film, puisque chaque vers - ou chaque ligne de sa prose poétique - est un photogramme lumineux pour un monde désespéré d’aube. Ainsi que les illustrations de Monique Vincent, dont la communion avec les mots du livre le montrent presque comme un écrit à quatre mains.

Il n’y a plus de retour pour les lecteurs. Maintenant, on connaît le cœur de la nuit, depuis le jour. Maintenant, il bat de ses ailes dans notre cœur, tel des oiseaux au gré du vent.

Et, tout comme Roméo et Juliette, on entend dans Juste un peu d’amour avant la fin, venant du puit profond des ombres devenues lumières, le chant du rossignol.

CRISTINA CASTELLO
Buenos Aires, le 28 février 2005

Son Site : http://www.cristinacastello.com

Traduction : Patricia Cadranel
patriciacadranel@yahoo.com.ar

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