lundi 25 juillet 2011

Israël / États-Unis, un couple en crise

Michel Warschawski

Washington et Tel-Aviv sont des alliés de longue date. Les divergences de vues évidentes entre Barack Obama et Benyamin Nétanyahou ne remettent pas fondamentalement ce lien en question. Mais pour le journaliste Michel Warschawski, le temps est bien à l’orage. Et cela ne devrait pas s’arranger si Obama est réélu en 2012…

L’alliance qui lie l’État d’Israël et les États-Unis d’Amérique n’est pas conjoncturelle mais stratégique. Elle n’est ni une histoire d’amour ni le produit d’une action efficace de la part de lobbys divers, mais bien le résultat d’un double intérêt.

Pour Israël, le soutien étatsunien est vital, moins d’un point de vue économique que sécuritaire et diplomatique ; sans le parapluie américain, Israël serait totalement isolé dans la région et dans le monde, un petit État confronté à un environnement globalement hostile et soumis aux aléas des intérêts fluctuants des acteurs locaux et internationaux. En échange, l’État juif sert les intérêts régionaux des États-Unis en contenant – voire de temps à autre en attaquant – les régimes et les mouvements qui semblent menacer les intérêts de l’Empire au Proche-Orient.

Pourtant, et contrairement à certains régimes d’Afrique ou d’Amérique latine, l’État d’Israël n’est pas une marionnette manipulée par Washington : il s’agit de deux alliés, un grand et un petit, qui ont certes des intérêts stratégiques communs, mais aussi leurs objectifs propres. Et parfois contradictoires.

Gels stratégiques

Quand les intérêts respectifs des deux pays entrent en tension, une crise peut se produire : ça a été le cas, par exemple, en 1991, quand le gouvernement Shamir a refusé de se plier à la demande du président Bush (senior) de geler la colonisation en Cisjordanie et à Gaza. Washington a immédiatement gelé 13 milliards de dollars de garanties bancaires, provoquant ainsi la chute du gouvernement Shamir, la victoire des travaillistes et l’ouverture des négociations avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Alliance stratégique ne signifie pas absence de divergences et, comme dans un couple, on ne fait pas toujours l’économie de crises.

Ligne de front

Comme l’a montré la dernière visite du premier ministre israélien à Washington, entre Barack Obama et Benyamin Nétanyahou, ce n’est pas la lune de miel. Ils ne partagent pas la même vue du monde : alors que le premier ministre israélien est un des derniers néoconservateurs à croire dur comme fer à la nécessité d’une guerre préventive et permanente contre l’islam, Obama a précisément été élu à cause du fiasco qu’a signifié cette guerre pour l’hégémonie américaine vacillante et son mandat est de mettre en oeuvre une stratégie plus subtile et moins brutale, en particulier sur cette ligne de front que représente l’Asie occidentale.

La Révolution arabe renforce encore, aux yeux des stratèges étatsuniens, le choix du dialogue – bien exprimé dans le discours du Caire du président Obama – plutôt que celui d’une guerre perdue d’avance. Pour Obama et son administration, Nétanyahou et son intransigeance posent de plus en plus problème. Pour Benyamin Nétanyahou, le président américain est un accident de parcours, une parenthèse dont il faut attendre qu’elle se referme. C’est peu dire qu’ils ne s’apprécient pas.

Cela signifie-t-il que Washington va, comme il a su le faire dans le passé, entreprendre une partie de bras de fer avec Tel-Aviv, pour obliger la classe dirigeante israélienne à prendre en considération les intérêts stratégiques des États-Unis sur un arrière-fond de printemps arabe ? Pas tout de suite. Le calendrier électoral américain va donner un certain répit au gouvernement israélien d’extrême droite, répit qui sera utilisé pour accélérer la colonisation des territoires palestiniens occupés.

Si, comme cela semble être possible en l’état actuel des choses, Barack Obama est réélu l’an prochain, son second mandat risque d’être douloureux pour les dirigeants israéliens. Au-delà des intérêts stratégiques américains, l’équipe d’Obama, y compris et peutêtre surtout la secrétaire d’État Hillary Clinton, ont des comptes personnels à régler avec un allié qui s’est plus conduit comme un adversaire que comme un ami, y compris des vexations inutiles qui ne s’effaceront pas facilement.

Prêts symboliques

Même dans les familles liées par de solides intérêts, une crise n’est jamais à exclure, et à Washington on s’apprête à demander le remboursement d’une partie des prêts symboliques – tels que le récent veto au Conseil de sécurité et les manoeuvres visant à repousser le vote prochain à l’assemblée générale des Nations Unies en faveur de la reconnaissance de l’État Palestinien.

En politique il n’y a pas de repas gratuits, même entre alliés stratégiques.

Michel Warschawski est journaliste et co-fondateur du Centre d’information alternative (AIC) de Jérusalem, mouvement pacifiste et anti-colonialiste israélien.

Il vient de publier Au pied du mur. De notre correspondant à Jérusalem (éd. Syllepse, 2011).

Regards

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