lundi 25 juillet 2011

Les Arabes... des cultures et des peuples : La littérature (15/30)

Al-Loufok

Le renouveau de la période nahda fut caractérisé par deux tendances majeures :

- le mouvement néo-classique, "Ihyâ'", qui signifie littéralement "réanimation" ou "revivification" et qui consiste à se tourner vers le patrimoine arabe classique pour le réinventer. Ce mouvement chercha à redécouvrir les traditions littéraires du passé et fut influencé par les genres littéraires traditionnels comme le maqâma et Les Mille et Une Nuits.
- le mouvement moderniste, "Iqtibâs", qui signifie littéralement "allumage de son feu au foyer d’un autre" et qui consiste à puiser son inspiration dans les œuvres littéraires européennes, voire à les adapter ou à les imiter. Ce mouvement prit naissance avec la traduction des œuvres occidentales, essentiellement les romans, en arabe.

Tout au long du XIXe siècle, de nombreux auteurs explorent les relations entre Orient et Occident. Parmi eux on trouve le réformateur Rifa'a al-Tahtawi (1801-1873) ou encore Alî Mubârak (1823-1893). Des auteurs individuels en Syrie, au Liban, et en Égypte créèrent des œuvres originales en imitant le classique maqâma. L’un des plus remarquables fut Muhammad al-Muwaylihî, dont le livre Le Hadith de Issa ibn Hisham constitua une critique de la société égyptienne sous le règne d'Ismaïl Pacha. Cette œuvre représenta la première étape du développement du roman arabe moderne. Cette tendance fut suivie par Georgy Zeidan, un écrivain chrétien libanais qui émigra avec sa famille en Égypte à la suite des émeutes de Damas en 1860. Au début du XXe siècle, Zeidan publia ses romans historiques sous la forme de feuilletons dans le journal égyptien al-Hilal. Ces romans furent extrêmement populaires grâce à la clarté de leur expression, à leur structure simple et à la vive imagination de l’auteur. Khalil Gibran et Mikha’il Na’ima furent deux autres auteurs majeurs de cette période. Tous deux incorporèrent des rêveries philosophiques dans leurs œuvres.

Néanmoins, les critiques littéraires ne considèrent pas les œuvres de ces quatre auteurs comme étant de véritables romans, mais plutôt comme précurseurs des formes que le roman arabe moderne va incarner. Nombre de ces critiques désignent Zaynab, le roman de Muhammad Husayn Haykal, comme le premier véritable roman de langue arabe ; mais d’autres lui préférent Adraa Denshawi de Muhammad Tahir Haqqi. Un des thèmes récurrents du roman arabe moderne est l’étude de la vie de famille, qui présente un parallèle évident avec la famille arabe internationale du monde. Nombre de romans n’ont pas pu éviter les questions politiques et les conflits des régions dans lesquelles la guerre a souvent joué un rôle de fond dans l’apparition des drames familiaux. Les œuvres de Naguib Mahfouz dépeignent la vie au Caire, et sa Trilogie du Caire, qui décrit les luttes d’une famille moderne du Caire à travers trois générations, lui a valu le prix Nobel de littérature en 1988. Il fut le premier écrivain arabe à obtenir ce prix.

Ce n'est qu'à l'époque contemporaine que le théâtre et les arts de la scène sont devenus une partie visible de la littérature arabe. Il y a peut être eu une tradition théâtrale plus ancienne, mais elle ne fut probablement jamais considérée comme étant légitime et la majeure partie de ces œuvres ne fut jamais consignée. Il existe cependant, une ancienne tradition de représentations publiques parmi les musulmans Chiites qui consistent en une pièce dépeignant la vie et la mort de Hussein ben Ali lors de la bataille de Kerbala en 680 ap-JC. On peut trouver également de nombreuses pièces composées par Shams al-din Muhammad ibn Daniyal au XIIIe siècle. À cette époque il mentionne que les vieilles pièces de théâtre sont devenues démodées et offre donc ses œuvres comme nouveau matériau.

De nouvelles pièces de théâtre ont commencé à être écrites au XIXe siècle, principalement en Égypte. Elles furent, au départ, essentiellement des imitations d'œuvres françaises ou du moins fortement influencées par elles. Il fallut attendre le XXe siècle pour voir se développer un style plus typiquement arabe qui va se répandre. Le plus important des dramaturges arabes fut Tawfiq al-Hakim, dont la première pièce mettait en scène l'histoire coranique des Sept Dormants d'Éphèse et la deuxième un épilogue des Milles et Une Nuits. Yusuf al'Ani d'Iraq et Sa'dallah Wannus de Syrie furent deux autres dramaturges importants de cette époque.

Photo : Les Mille et Une Nuits : photo de deux pages d'un manuscrit syrien du XIVe siècle. ( Bibliothèque nationale de France )

Al-Loufok

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