samedi 11 août 2012

Tout savoir sur les noms des cyclones

Jean Saint-Vil             


Chaque fois qu’on annonce un phénomène météorologique majeur dans la zone caraïbe, un nom lui est associé, tiré de la liste des prénoms masculins ou féminins en usage aux Etats-Unis : Alberto, Alex, Florence, Erika, etc. Et les noms se déroulent par la suite à chaque apparition d’une dépression, susceptible de devenir une tempête tropicale, puis plus tard un cyclone. Et l’on continue jusqu’à l’épuisement de la liste prévue pour l’année en question. L’objet de cet article est de préciser par un jeu de questions-pourquoi et comment on donne des noms à ces phénomènes météorologiques particulièrement ravageurs qui ont laissé des cicatrices profondes chez les populations qui en ont été affectées.

Pourquoi donne-t-on des noms aux cyclones ?
C’est seulement à partir des années 1960 qu’on a commencé à nommer les cyclones de manière systématique. Ce qui était nécessaire pour faciliter la communication entre les prévisionnistes et le grand public concernant les prévisions, la surveillance et les alertes ainsi que pour classer ces phénomènes dans l’histoire des événements météorologiques. C'est un prévisionniste australien qui a été le premier à donner un nom aux cyclones au début du XXe siècle, leur attribuant « le nom des politiciens qu'il n'aimait pas ». Pendant la guerre de 1939-1945, les météorologistes de l'American Air Force et de la Navy qui faisaient de la prévision cyclonique sur le Pacifique donnaient des prénoms féminins aux cyclones tropicaux, ceux de leur petite amie ou de leur femme. Avant 1950, on désignait quelquefois les ouragans par l’année où la tempête survenait, suivie d’une lettre de l’alphabet (p. ex. : 1942A, 1942B, etc.). De 1950 à 1952, les cyclones tropicaux de l'Océan Atlantique Nord ont été identifiés par l'alphabet phonétique (Able-Baker-Charlie-etc.), mais en 1953, le Service américain de météorologie est revenu aux prénoms féminins. En 1979, l'Organisation météorologique mondiale (l’OMM) et le Service américain de météorologie (National Weather Service) sont passés à une liste qui comprenait également des prénoms masculins.

Il existe plusieurs systèmes de dénomination des cyclones
Il existe plusieurs systèmes de dénomination des cyclones suivant les régions où sévissent ces phénomènes. Le système qui nous intéresse au premier chef est le système du bassin atlantique qui couvre la Caraïbe, le Golfe du Mexique et les pays d’Amérique centrale et l’Amérique du Nord où s’alternent de nos jours des noms masculins et féminins sur les listes des cyclones. Par exemple, Alex, Bonnie, Colin, Danielle, Earl, etc pour l’année 2010. Dans les autres zones où sévissent les cyclones, les bases des dénominations sont plus ou moins différentes de celles qui ont utilisées dans le bassin Atlantique.
 
Le tableau qui suit indique la liste des cyclones pour les six années allant de 2012 à 2017.

Atlantique, Golfe du Mexique, Mer des Caraïbes

2012
2013
2014
2015
2016
2017
Alberto
Andréa
Arthur
Ana
Alex
Arlene
Beryl
Barry
Bertha
Bill
Bonnie
Bret
Chris
Chantal
Cristobal
Claudette
Colin
Cindy
Debby
Dorian
Dolly
Danny
Danielle
Don
Ernesto
Erin
Edouard
Erika
Earl
Emily
Florence
Fernand
Fay
Fred
Fiona
Franklin
Gordon
Gabrielle
Gonzalo
Grace
Gaston
Gert
Helene
Humberto
Hanna
Henri
Hermine
Harvey
Isaac
Ingrid
Isaias
Ida
Ian
Irma
Joyce
Jerry
Josephine
Joaquin
Julia
Jose
Kirk
Karen
Kyle
Kate
Karl
Katia
Leslie
Lorenzo
Laura
Larry
Lisa
Lee
Michael
Melissa
Marco
Mindy
Matthew
Maria
Nadine
Nestor
Nana
Nicholas
Nicole
Nate
Oscar
Olga
Omar
Odette
Otto
Ophelia
Patty
Pablo
Paulette
Peter
Paula
Philippe
Rafael
Rebekah
Rene
Rose
Richard
Rina
Sandy
Sebastien
Sally
Sam
Shary
Sean
Tony
Tanya
Teddy
Teresa
Tobias
Tammy
Valerie
Van
Vicky
Victor
Virginie
Vince
William
Wendy
Wilfred
Wanda
Walter
Witney

Toutes les classifications définissent un grand nombre de régions de cyclones possédant chacune ses propres listes. La plus simple évoque quatre zones de cyclones : une zone atlantique, une zone Pacifique Nord, une zone Pacifique Sud et une zone Océan Indien. D’autres reconnaissent jusqu’à six zones de cyclones : une zone Pacifique Nord-Est, une zone Pacifique Nord Central, une zone Pacifique Ouest, une zone Pacifique Nord de l’Océan indien, une zone Pacifique Sud-Ouest de l’Océan indien et une région Australie. Dans certaines des autres zones, on utilise des prénoms masculins ou féminins. Dans le Pacifique Nord-Ouest, on désigne les cyclones surtout par les noms de fleurs, d'animaux, d'oiseaux, d'arbres, ou même d'aliments. Les noms n’y sont pas attribués par ordre alphabétique, mais classés selon les noms des pays participants, eux-mêmes rangés par ordre alphabétique.
  
À partir de quel moment on donne un nom aux cyclones ?
On sait qu’un cyclone naît de l’évolution d’une onde tropicale. Mais on attribue un nom quand les vents dépassent 62 km/h. La dépression devient alors tempête tropicale. À partir de 118 km/h, c’est un cyclone. On sait qu’il existe cinq catégories de cyclones définies suivant leur vitesse, la dernière catégorie pouvant dépasser 300 km/heure. Cependant, il est impossible d’enregistrer de tels chiffres sur des appareils de mesure qui ne résistent à des vents supérieurs à 200 km/heure.   

Les listes des noms de cyclones dans le Bassin atlantique

Dans la zone du Bassin atlantique, les noms de cyclones sont présentés de nos jours dans des listes alphabétiques où s’alternent des noms masculins et féminins. Toutes les lettres sont utilisées à l’exception des cinq lettres Q, U, X, Y, Z parce que peu de noms débutent par ces lettres. On préfère généralement des noms courts, ne dépassant jamais trois syllabes et jamais de noms composés. Les choses sont assez différentes ailleurs. Ainsi, toutes les lettres sont utilisées dans la région Australie. Par exemple, on retrouve Zelia, Zane, Yvette et Wallace dans les listes. 

Chaque saison, on prépare une liste de noms potentiels pour les ouragans à venir. Ces listes sont révisées tous les six ans et par la suite sont reprises dans les nouvelles listes à l’exception de certains noms qui sont remplacés. Ainsi, les mêmes noms reviennent chaque fois au bout de six ans, sauf les noms qui sont retirés des listes pour les cyclones tristement célèbres pour leurs ravages comme Hazel en 1954, Flora en 1963, Inez en 1966, Allen en 1980, Hugo en 1989, Georges en 1998, Gustav et Ike et Irene en 2008. Les noms de l’année 2002 se retrouvent en 2008, ceux de 2003 sont repris pour l’année 2009 et ainsi de suite. Les listes disponibles dans les publications sont généralement au nombre de six, soit des listes A, B, C, D, E et F, quitte à effectuer un ajout pour l’année qui suit après épuisement de la liste de l’année en cours. On a alors recours aux lettres de l’alphabet grec : alpha, bêta, gamma, epsilon, etc.

Que devient le nom d'un cyclone tropical qui traverse sa région d’origine ou inversement ?
Autrefois, si une tempête tropicale ou un ouragan franchissait un autre bassin, on avait pour règle de le renommer d'après la liste de ce dernier. Ce qui s'était produit pour la dernière fois en juillet 1996 lorsque la tempête tropicale CESAR formée dans le bassin Atlantique avait traversé l'Amérique Centrale. Elle a été alors renommée DOUGLAS dans le bassin Pacifique Nord-Est. La dernière fois qu'un système du Pacifique Nord-Est a rejoint le bassin Atlantique, en juin 1989, COSME est devenu ALLISON. Désormais, si le système reste cyclone tropical en traversant l'Amérique Centrale, il garde son nom d'origine. Si le cyclone tropical se désagrège pour devenir simple perturbation tropicale, on lui attribue un nouveau nom au cas où il redeviendrait cyclone tropical dans le nouveau bassin.

Jean Saint-Vil, géographe.

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