Chaque fois qu’on annonce un phénomène météorologique majeur dans la zone
caraïbe, un nom lui est associé, tiré de la liste des prénoms masculins ou féminins
en usage aux Etats-Unis : Alberto, Alex, Florence, Erika, etc. Et les noms
se déroulent par la suite à chaque apparition d’une dépression, susceptible de
devenir une tempête tropicale, puis plus tard un cyclone. Et l’on continue jusqu’à
l’épuisement de la liste prévue pour l’année en question. L’objet de cet
article est de préciser par un jeu de questions-pourquoi et comment on donne
des noms à ces phénomènes météorologiques particulièrement ravageurs qui ont
laissé des cicatrices profondes chez les populations qui en ont été affectées.
Pourquoi
donne-t-on des noms aux cyclones ?
C’est
seulement à partir des années 1960 qu’on a commencé à nommer les cyclones de
manière systématique. Ce qui était nécessaire pour faciliter la
communication entre les prévisionnistes et le grand public concernant les
prévisions, la surveillance et les alertes ainsi que pour classer ces
phénomènes dans l’histoire des événements météorologiques. C'est un
prévisionniste australien qui a été le premier à donner un nom aux cyclones au
début du XXe siècle, leur attribuant « le nom des politiciens qu'il
n'aimait pas ». Pendant la guerre de 1939-1945, les météorologistes de
l'American Air Force et de la Navy qui faisaient de la prévision cyclonique sur
le Pacifique donnaient des prénoms féminins aux cyclones tropicaux, ceux de
leur petite amie ou de leur femme. Avant 1950, on désignait quelquefois les
ouragans par l’année où la tempête survenait, suivie d’une lettre de l’alphabet
(p. ex. : 1942A, 1942B, etc.). De 1950 à 1952, les cyclones tropicaux de
l'Océan Atlantique Nord ont été identifiés par l'alphabet phonétique
(Able-Baker-Charlie-etc.), mais en 1953, le Service américain de météorologie
est revenu aux prénoms féminins. En 1979, l'Organisation météorologique
mondiale (l’OMM) et le Service américain de météorologie (National Weather
Service) sont passés à une liste qui comprenait également des prénoms
masculins.
Il existe plusieurs
systèmes de dénomination des cyclones
Il existe plusieurs
systèmes de dénomination des cyclones suivant les régions où sévissent ces
phénomènes. Le système qui nous intéresse au premier chef est le système du
bassin atlantique qui couvre la Caraïbe, le Golfe du Mexique et les pays d’Amérique
centrale et l’Amérique du Nord où s’alternent de nos jours des noms masculins
et féminins sur les listes des cyclones. Par exemple, Alex, Bonnie, Colin,
Danielle, Earl, etc pour l’année 2010. Dans les autres zones où sévissent les
cyclones, les bases des dénominations sont plus ou moins différentes de celles
qui ont utilisées dans le bassin Atlantique.
Le
tableau qui suit indique la liste des cyclones pour les six années allant de
2012 à 2017.
Atlantique,
Golfe du Mexique, Mer des Caraïbes
|
2012
|
2013
|
2014
|
2015
|
2016
|
2017
|
|
Alberto
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Andréa
|
Arthur
|
Ana
|
Alex
|
Arlene
|
|
Beryl
|
Barry
|
Bertha
|
Bill
|
Bonnie
|
Bret
|
|
Chris
|
Chantal
|
Cristobal
|
Claudette
|
Colin
|
Cindy
|
|
Debby
|
Dorian
|
Dolly
|
Danny
|
Danielle
|
Don
|
|
Ernesto
|
Erin
|
Edouard
|
Erika
|
Earl
|
Emily
|
|
Florence
|
Fernand
|
Fay
|
Fred
|
Fiona
|
Franklin
|
|
Gordon
|
Gabrielle
|
Gonzalo
|
Grace
|
Gaston
|
Gert
|
|
Helene
|
Humberto
|
Hanna
|
Henri
|
Hermine
|
Harvey
|
|
Isaac
|
Ingrid
|
Isaias
|
Ida
|
Ian
|
Irma
|
|
Joyce
|
Jerry
|
Josephine
|
Joaquin
|
Julia
|
Jose
|
|
Kirk
|
Karen
|
Kyle
|
Kate
|
Karl
|
Katia
|
|
Leslie
|
Lorenzo
|
Laura
|
Larry
|
Lisa
|
Lee
|
|
Michael
|
Melissa
|
Marco
|
Mindy
|
Matthew
|
Maria
|
|
Nadine
|
Nestor
|
Nana
|
Nicholas
|
Nicole
|
Nate
|
|
Oscar
|
Olga
|
Omar
|
Odette
|
Otto
|
Ophelia
|
|
Patty
|
Pablo
|
Paulette
|
Peter
|
Paula
|
Philippe
|
|
Rafael
|
Rebekah
|
Rene
|
Rose
|
Richard
|
Rina
|
|
Sandy
|
Sebastien
|
Sally
|
Sam
|
Shary
|
Sean
|
|
Tony
|
Tanya
|
Teddy
|
Teresa
|
Tobias
|
Tammy
|
|
Valerie
|
Van
|
Vicky
|
Victor
|
Virginie
|
Vince
|
|
William
|
Wendy
|
Wilfred
|
Wanda
|
Walter
|
Witney
|
Toutes
les classifications définissent un grand nombre de régions de cyclones possédant
chacune ses propres listes. La plus simple évoque quatre zones de cyclones :
une zone atlantique, une zone Pacifique Nord, une zone Pacifique Sud et une
zone Océan Indien. D’autres reconnaissent jusqu’à six zones de cyclones :
une zone Pacifique Nord-Est, une zone Pacifique Nord Central, une zone
Pacifique Ouest, une zone Pacifique Nord de l’Océan indien, une zone Pacifique
Sud-Ouest de l’Océan indien et une région Australie. Dans certaines des autres
zones, on utilise des prénoms masculins ou féminins. Dans le Pacifique
Nord-Ouest, on désigne les cyclones surtout par les noms de fleurs, d'animaux,
d'oiseaux, d'arbres, ou même d'aliments. Les noms n’y sont pas attribués par
ordre alphabétique, mais classés selon les noms des pays participants,
eux-mêmes rangés par ordre alphabétique.
À partir de quel moment
on donne un nom aux cyclones ?
On sait qu’un cyclone
naît de l’évolution d’une onde tropicale. Mais on attribue un nom quand les vents dépassent 62 km/h. La dépression devient alors tempête
tropicale. À partir de 118 km/h, c’est un cyclone. On sait qu’il existe cinq
catégories de cyclones définies suivant leur vitesse, la dernière catégorie
pouvant dépasser 300 km/heure. Cependant, il est impossible d’enregistrer de
tels chiffres sur des appareils de mesure qui ne résistent à des vents
supérieurs à 200 km/heure.
Les listes des noms de cyclones
dans le Bassin atlantique
Dans la zone du Bassin
atlantique, les noms de cyclones
sont présentés de nos jours dans des listes alphabétiques où s’alternent des
noms masculins et féminins. Toutes les lettres sont utilisées à l’exception des
cinq lettres Q, U, X, Y, Z parce que peu de noms débutent par ces lettres. On
préfère généralement des noms courts, ne dépassant jamais trois syllabes et
jamais de noms composés. Les choses sont assez différentes ailleurs. Ainsi,
toutes les lettres sont utilisées dans la région Australie. Par exemple, on retrouve
Zelia, Zane, Yvette et Wallace dans les listes.
Chaque saison, on prépare une liste de noms
potentiels pour les ouragans à venir. Ces listes sont révisées tous les six ans
et par la suite sont reprises dans les nouvelles listes à l’exception de
certains noms qui sont remplacés. Ainsi, les mêmes noms reviennent chaque fois
au bout de six ans, sauf les noms qui sont retirés des listes pour les cyclones
tristement célèbres pour leurs ravages comme Hazel en 1954, Flora en 1963, Inez
en 1966, Allen en 1980, Hugo en 1989, Georges en 1998, Gustav et Ike et Irene
en 2008. Les noms de l’année 2002 se retrouvent en 2008, ceux de 2003 sont
repris pour l’année 2009 et ainsi de suite. Les listes disponibles dans les
publications sont généralement au nombre de six, soit des listes A, B, C, D, E
et F, quitte à effectuer un ajout pour l’année qui suit après épuisement de la
liste de l’année en cours. On a alors recours aux lettres de l’alphabet
grec : alpha, bêta, gamma, epsilon, etc.
Que devient
le nom d'un cyclone tropical qui traverse sa région d’origine ou inversement ?
Autrefois, si une tempête
tropicale ou un ouragan franchissait un autre bassin, on avait pour règle de le
renommer d'après la liste de ce dernier. Ce qui s'était produit pour la
dernière fois en juillet 1996 lorsque la tempête tropicale CESAR formée dans le
bassin Atlantique avait traversé l'Amérique Centrale. Elle a été alors renommée
DOUGLAS dans le bassin Pacifique Nord-Est. La dernière fois qu'un système du
Pacifique Nord-Est a rejoint le bassin Atlantique, en juin 1989, COSME est
devenu ALLISON. Désormais, si le système reste cyclone tropical en traversant
l'Amérique Centrale, il garde son nom d'origine. Si le cyclone tropical se
désagrège pour devenir simple perturbation tropicale, on lui attribue un
nouveau nom au cas où il redeviendrait cyclone tropical dans le nouveau bassin.
Jean Saint-Vil, géographe.

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