mardi 9 octobre 2012

Compassion et charité

2CCR                      

La compassion est une vertu capitaliste, la pitié est habillement mise en scène et évite toute réflexion politique. On exploite la sensibilité du citoyen afin que les sentiments remplacent la raison. Le téléthon fait pleurer dans les chaumières, mais ne pose pas la question de fond sur le financement de la recherche et les profits exorbitants des industries pharmaceutiques pour qui la maladie est un marché comme un autre.

La charité ne fait qu’entériner l’existence de la souffrance et renonce à en corriger la cause. Il est plus facile de mobiliser l’émotion que remettre en cause une politique. Au contraire, cela sert souvent à la justifier. Chacun se donne bonne conscience en participant à ces grands shows médiatiques, et passent sous silence le pourquoi de la situation. Quelqu’un à dit «quand je fais l’aumône aux pauvres, on dit que je suis un saint. Quand j’explique pourquoi ils sont pauvres, on dit que je suis communiste».

Un des symboles de ce phénomène est sans conteste, les restos du cœur, qui sont devenus une véritable institution, et dont le concert annuel devient pour les artistes et les chanteurs un passage obligé. Il offre aux vedettes nanties l’occasion d’être associées à une belle image compassionnelle, et améliore l’image de ceux qui y participent. Certains artistes que l’on connait pour leur vote bien à droite, ou qui se barrent à l’étranger pour ne pas payer d’impôts, viennent y prôner la charité plutôt que l’égalité. C’est une espèce de club où l’on rentre par cooptation, réunissant des gens qui sont là d’abord pour se montrer, éventuellement pour passer du bon temps ensemble, et accessoirement pour ramener de l’argent.

Combien de pauvres, combien d’exclus qui bénéficient de charité ne vont pas voter, ou pire, votent pour ceux qui les ont plongés dans la misère. C’est pourquoi distribuer de l’aide sans expliquer aux individus les raisons de leur situation ne sert à rien. Pire, cela conforte le système, car ils pensent que c’est grâce au système qu’ils reçoivent de l’aide. Comme sur l’alcool, ou les paquets de cigarette il est inscrit une mise en garde, sur chaque paquet de pâtes, d’huile ou de conserve distribué, il faudrait mettre une étiquette: «le capitalisme vous a baisé»

La prétendue aide aux pays sud de la part de la Banque Mondiale et du FMI est en réalité un véritable chantage pour livrer la santé, l’eau ou l’éducation aux mains d’entreprises privées. La privatisation des services publics de ces pays entraine un accroissement de la pauvreté. Les familles subissent l’augmentation des frais liée à la privatisation au détriment de besoins essentiels tels que l’alimentation. Ensuite des OGN viendront aider ou conseiller ces populations, sans remettre en cause les principes du système économique responsable de cette situation. D’ailleurs ce système est parfaitement rodé, c’est pourquoi maintenant ils s’attaquent aux pays du nord. En Europe, on commence à les voir arriver avec leurs gros sabots, précédé de cette petite musique : celle qui consiste, au nom du « sens de la responsabilité », à faire porter sur les peuples le poids de ce qui leur arrive. Si on est dans le pétrin, ce serait parce qu’on l’aurait chois, et accepté.

Toutes les associations qui aident les pauvres et les laissés pour compte feraient bien de revendiquer l’abolition de la misère, plutôt que de l’accompagner ! Maintenir les pauvres dans leur sort par une charité institutionnalisée via le RSA, le RMI ou les diverses aides sociales, permet de passer sous silence les véritables flots d’argent que l’on distribue aux plus riches : le paquet fiscal ou les remboursements d’impôt n’en sont qu’une partie ! Et ce sont les contribuables qui payent l’addition !

La redistribution ne doit pas se faire sous forme de charité spectacle ou charité business, la redistribution doit se faire par un partage équitable des richesses, et c’est à l’Etat d’y veiller. L’Etat comme un bon père de famille doit aider ses enfants les plus faibles, il ne doit pas faire de favoritisme. Il doit partager les richesses du foyer de façon équitable. Ou alors, il faut renier son père.

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