samedi 6 octobre 2012

L’art de voler des papillons

Gaëtan Pelletier                            

Les papillons volent mal.
En automne ce sont les petits papillons blancs. Tout en soubresauts dans l’air. Ils cavalcadent, changent de direction, on dirait à toutes les fois qu’ils vont s’écraser quelque part.

Puis ils atterrissent sur une fleur… Celles qui ont des ailes, comme eux, mais parfumés. Un papillon et une fleur, c’est presque pareil : l’un vole, l’autre répand son parfum. Le parfum vole également.
Si les humains avaient regardé les papillons comme je le fais, sans doute que la vie aurait été meilleure. C’est une chenille à qui il a poussé des ailes. Les fleurs, c’est comme des papillons qui passent leur temps à faire pousser de la beauté dans les couleurs et les vapeurs.
Suffit d’un nez…
On ne sait pas où vont les papillons. C’est assez éloquent sur le sens de la Vie. Nous non plus, nous ne savons pas.
On est pris entre l’air et la fragilité de nos ailes… Il faut faire avec les malheurs des courbes, des coups de vents, et du cerveau…
L’aigle, lui, est bien équipé. Griffes et plumes… Prédateur.
Sans doute que filigranes et presque translucides, les papillons ont un art de voler. N’ayant pas les outils nécessaires pour voler d’un point à un autre. Ils sont la subtilité de l’intuition.
L’aigle est la raison…
Si on n’a pas les yeux de l’esprit, toute la beauté est belle pour rien. Alors, même si on a les yeux bleus, ce n’est pas un signe de ciel au sens spirituel.
À l’aigle, on a tout donné : la force, la puissance, et l’élégance de voler.
Les États-Unis ont cet emblème…
***
Il ne faut pas voir en ces choses la « beauté du monde ». Il faut voir en ces choses pour voir la beauté qui nous habite et la reconnaître.
L’utilité est une chose à la mode. Nous cherchons l’utile. Que fabrique l’utile? Il ne fabrique que l’utile…
L’art de voler du papillon est de nous démontrer que nous ne sommes pas « utiles », mais créateurs à chaque mouvement d’aile de nos vies la façon de saisir le sens de ce monde caché. Sa fragilité apparente est notre force d’âme.
La leçon du papillon est une école en soi. Car ce n’est pas ce qu’on nous enseigne qui nous fait apprendre réellement. C’est ce qui ou à quoi nous nous attardons.
Les yeux ne sont que les papillons de l’âme. Ils peuvent être celui de la matière lourde, insignifiante, utile à court terme.
Nous vivons comme des fleurs…. Bourgeonnant, frisant la beauté des pétales, crachant nos couleurs, puis nous retournons au sol en bulbe.
C’est ça le sens de la poésie. La poésie n’est pas nombriliste, la poésie est un savoir voir qui nourrit. Un scalpel qui va au-delà de la chair. Et elle a cette manière de voler dans l’air, pareille à celle des papillons. En apparence malhabile, mais sans ce pouvoir et ligne droite du prédateur.
En ce sens, elle ne tue pas…
Vous cherchez dieu parce qu’il est grand…
Il est grand dans tout ce qu’il y a de petit et de grand.

Si vous voyez un jour, le reflet d’un papillon passer à travers le soleil, en saccades, translucide, attardez-vous.
Personne ne perd de temps à s’attarder…

Gaëtan Pelletier - 4 octobre 2012 -

Aucun commentaire: