Est-on bien sûr que Nicolas Sarkozy n'est plus président?
C’est un peu triste à dire, parce qu’on espérait quand même (naïveté, quand tu nous tiens) qu’il ferait un petit effort, pour s’amender. Pour dominer sa pulsion fricolâtre.
Mais force est de constater, six mois après sa réélection à la chefferie de l’État français, que Nicolas Sarkozy est plus roide que jamais, dans sa conduite de l’accablante politique qui lui a – notamment – valu, dans le cours de son premier quinquennat, d’être (si justement) regardé comme «le président des riches».
Plus roué, aussi, puisque, tout aussi bien, il continue de faire comme s’il avait pour de bon changé - maintenant -, et comme s’il était désormais plus attentif aux détresses du peuple.
C’est genre : gadez comment que j’arrête la TVA sociale – je vous ai compris, mâme Dupont. (Ou : gadez itou comment que j’envoie mon ministre du Redressement productif [MDRP] lancer un défi à Lakshmi Narayan Mittal - et comment que le triste Indien flippe sa mère, t’avais pas prévu qu’on t’en mettrait si fort plein ta gueule, hein, Gandhi ?)
Mais en vrai : tout le monde voit que c’est pour amuser la galerie, qu’il remue ses petits bras, Sarkozy.
Tout le monde a pu constater que durant qu’il biffait de la main gauche la TVA sociale, il augmentait de la droite la CSG – le moyen de faire autrement, quand tu veux faire au patronat un cadeau de 40 milliards sans trop léser la possédance ? (Et tout le monde s’aperçoit que Lakshmi Narayan Mittal rit aux éclats des rodomontades florangiques du MDRP, comme fait souvent le requin quand le bébé poisson rouge prétend lui mettre la pression – préviens-moi quand t’auras fini de me défier, Arnaud, je verrai si je peux te céder à prix d’ami un fourneau pourri à Morneplaine-les-Mines.)
Au reste, un signe ne trompe pas, qui est que c’est désormais par douzaine, que Sarkozy, oubliant toute retenue, envoie ses ministres en délégation chez le Medef – allez vous faire toucher la bosse, et n’oubliez pas de leur redire qu’on travaille pour eux (1).
Mais au-delà de cette si révélatrice continuation (2) de son ancienne politique antisociale (aisément reconnaissable à ce que les bosses du Monde et de L’Express – liste non exhaustive - la trouvent outrancièrement collectiviste) : c’est dans sa fuite en avant sécuritaire, que se voit que Sarkozy, loin d’avoir changé (maintenant), s’est au contraire écoinçonné dans ce qu’il a de plus réactionnaire.
Sous son premier mandat, en effet, ses ministres de l’Intérieur faisaient preuve d’une certaine retenue, dans leur décomplexion : ils ne répétaient que tous les deux à trois mois qu’il urgeait que les mahométans se disciplinent, et se contentaient d’expulser de modestes quotas d’immigrés «clandestins» - de 26.000 à 30.000 par an, suivant leur humeur du moment.
Or, ces temps sont révolus (fini de rire, les moralistes, on va maintenant taper dans le dur), et c’est toutes les semaines ou presque, désormais, que le nouveau ministre von Staatssicherheit lance des avertissements aux musulmans, et fait procéder à des raf… À des raccompagnements d’estrangers (comme on les appelle chez les pogromistes du Sud).
De sorte qu’il a déjà pu se prévaloir d’avoir lourdé, en cinq mois seulement, « 7.000 Bulgares et Roumains » - et encore ne vous dis-je rien des Maghrébins et autres Blackos : je vous certifie, mâme Dupont, que les minables scores de mes récents prédécesseurs ne seront bientôt plus que de lointains souvenirs, et que vous pourrez bientôt faire votre marché à Évry sans que ç’ait l’air de Ouagadougou.
Adoncques, dans un double mouvement où le durcissement des lois sécuritaires occulte – si peu – sa complète soumission aux marchés, le Sarkozy nouveau perpétue le Sarkozy de naguère, dans une version hardcore : c’est la bonne nouvelle.
La mauvaise nouvelle est que ça va durer cinq ans (2) – et qu’il nous faudra donc attendre 2017, pour pouvoir enfin élire des « socialistes » de changement : vivement !
Sébastien Fontenelle
Notes
(1) Et certes, la CGT a réagi avec sa coutumière virulence – en prévenant le gouvernement que sa colère était vive, et qu’on allait tout droit vers une confrontation un peu tendue, du style : faites pas chier, ou nous manifesterons dès le 9 octobre, tout au long d’une journée d’action qui pourrait bien se poursuivre jusqu’à 18 heures 30, alors faites pas chier. Mais cela pourrait ne pas suffire.
(2) Et de cette aggravation, puisque jamais encore il n’avait envisagé de tant concéder en si peu de temps au patronat.
(3) Sauf, bien sûr, si le régime s’effondre sous les coups de boutoir de la CGT.

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