Le régime de la semi-liberté en prison, c'est le jeu des chaises musicales.
Trois personnes, et donc trois lits dans 9,14 m2, un placard pour trois, deux chaises pour trois : le dernier qui s'assoit a perdu. Jean-Marie Delarue, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, a publié, mardi 23 octobre, un avis au Journal officiel sur ce mode d'exécution des peines. La semi-liberté est pour lui "un instrument très utile, bien conçu dans son principe, qui peut contribuer très significativement à la réinsertion et à la prévention de la récidive", mais qui s'exerce dans de telles conditions que le taux d'échec est lourd.
La semi-liberté permet à un détenu de sortir quelques heures pour chercher un travail, ou suivre des soins avant de rentrer dormir le soir en prison. C'est une sortie sous condition, révocable à tout moment ; elle peut être accordée lors de la condamnation, si la peine est inférieure ou égale à deux ans, ou ensuite par un juge de l'application des peines. Il est enfin possible qu'un détenu déjà écroué en bénéficie, mais la majorité des "semi-libres" n'a jamais mis les pieds en prison.
Or le choc est rude. D'abord parce que les délais de placement sont très longs - parfois deux ans et trois mois après le jugement pour les condamnés qui se demandent avec angoisse quand la décision va enfin être exécutée. 1 857 personnes étaient placées en semi-liberté au 1er janvier (soit 3 % des détenus) dans 768 places, soit un taux d'occupation de 241 %, "dans des conditions de vie dans lesquelles l'absence d'intimité et la promiscuité sont la règle".
"Accompagnement inexistant"
Jean-Marie Delarue a même fait fermer un dortoir "dans lequel des fils électriques dénudés avoisinaient dangereusement l'humidité très forte des cloisons". Les cellules sont "dans un désordre prononcé, chaque nouveau venu s'installant comme il le peut, dans un inconfort matériel dont les éléments sont de l'ordre du rapport de force entre cohabitants".
Les quartiers de semi-liberté sont souvent "laissés pour compte dans les maisons d'arrêt", "tout se passe comme si aucune attention particulière ne devait y être portée". Les travailleurs sociaux ne sont pas assez nombreux et ne reçoivent pas toujours aux heures où les semi-libres le peuvent.
En raison du sous-effectif et "de la rigidité de certaines administrations", le travail des conseillers d'insertion consiste surtout à trouver des papiers d'identité plutôt qu'à accompagner la réinsertion. L'alcool, par exemple, est interdit dans les centres, mais pas dehors. "Un des problèmes quotidiens est la rentrée, le soir, de semi-libres en état d'ébriété, explique le contrôleur. L'accompagnement en la matière est quasiment inexistant."
Trouver du travail
Les soins posent un problème tout aussi lourd. Les semi-libres n'y ont pas accès en détention : il leur faut se débrouiller "dans une agglomération dont souvent ils ignorent tout", sans couverture sociale, parfois dans des centres saturés où les délais d'attente "se chiffrent en semaines ou en mois". Trouver du travail est une autre paire de manche, d'autant que l'administration a tendance à construire ses prisons en pleine campagne et qu'il n'y a pas de téléphone dans les quartiers.
Un détenu raconte qu'il a une permission de 9 heures à midi et qu'il a une heure de trajet pour aller en ville. Or "une des principales causes de révocation du régime réside dans l'absence de respect des horaires de présence", le taux d'échec oscille entre 15 % et 24 % selon les centres. "L'insuffisance du nombre de magistrats et de travailleurs sociaux rend illusoire une prise en charge individualisée", indique Jean-Marie Delarue qui croit en l'intérêt de la mesure. "Encore faut-il donner à ceux qui en sont l'objet l'envie de réussir."
La chancellerie est bien d'accord. Christiane Taubira a indiqué mardi qu'elle "partageait la conviction" du contrôleur, que "trop isolés ou surpeuplés, les centres de semi-liberté peinent à remplir leur vraie fonction de réinsertion". Elle entend créer 803 places "en centre-ville ou en périphérie", mais avec des transports en commun.
Le budget 2013 devrait permettre de financer des postes de juges d'application des peines et de conseillers d'insertion (63 créations, 160 redéploiements), en attendant les résultats de la conférence de prévention de la récidive qui devrait fixer l'an prochain "de nouvelles orientations de lutte contre la récidive".
Photo : Prison de Corbas

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