C’était
une époque, pas si lointaine, quarante ans, cinquante tout au plus, où aller à
la campagne avait encore un sens bien particulier, pas simplement du fait de se
déplacer, de quitter les maisons et les rues des villes et trouver des arbres,
des prés, des chemins et des fermes.
Aller à la campagne c’était changer «changer
d’air», passer d’un milieu normalisé, rectiligne, aseptisé à un univers « plus naturel ». Mais le «naturel»
n’était pas loin de la ville, car la ville n’était pas encore ce qu’elle est
aujourd’hui…. Et la campagne n’était pas encore ce qu’elle est
devenue.
Il y avait bien sûr des liens entre les deux milieux,
l’urbain et le rural. D’abord familiaux…tout un chacun
avait des descendants proches, parents, voire grands parents qui venaient de la
campagne ou qui y demeuraient encore, ou du moins de la famille…. Ce qui est
beaucoup plus rare aujourd’hui.
La campagne c’était aussi un milieu différent et
riche avec ses animaux, ses couleurs, ses odeurs.
Lorsque l’on se promenait dans les prés, dans les
champs, on faisait se lever des myriades de sauterelles, de papillons…l’été, on
entendait les grillons, le soir les courtilières, la nuit on pouvait observer
les vers luisants… On marchait au milieu des coquelicots, des bleuets, des
marguerites… on mangeait des mûres le long des chemins.
Dans les étables, le ballet des hirondelles qui
nichaient sous les poutres nous faisait baisser la tête dès que l’on entrait. On
pouvait observer les oisillons qui piaffaient d’impatiente en attendant la
becquée. Un espace était aménagé dans la lourde porte pour laisser passer les
oiseaux, lorsque l’on fermait.
Dans les rivières on pouvait voir des écrevisses, des
petits et gros poissons, des larves qui
servaient d’appât pour la pêche, des libellules qui pullulaient au dessus des joncs ?... sans
parler des grenouilles et salamandres… Aux sources, on pouvait sans crainte se
désaltérer.
Au détour du chemin, au bord du champ, en juin,
juillet, on rencontrait des paysans qui «faisaient les foins», on les aidait à
« monter les bottes » sur les charrettes,… et parfois, à notre grande joie, il nous faisaient conduire le tracteur… et
dans certains coins de montagne, conduire les bœufs.
Autour des fermes, à même la cour, le chemin, la
mare, des foules de poules, poussins, canards, oies déambulaient à la recherche
des vers de terre et de grains échappés des sacs de jute
transportés…
En l’espace d’à peine deux générations, ce monde a
pratiquement disparu, ou du moins s’est réduit comme une peau de chagrin.
Discours de nostalgique dira-t-on,… les jeunes diront
« de vieux ».
Peut-être,… mais il y a plus grave que de la
nostalgie dans ces observations.
On assiste
non seulement à la perte d’identité d’un milieu humain essentiel pour
l’équilibre de la vie sociale, mais aussi à une dégradation gravissime de ce qui
fait la richesse de notre environnement : la diversité biologique.
Aujourd’hui trouver des sauterelles est un défi, le
sifflement du vent a remplacé le chant des grillons, les jeunes apprennent ce
que sont les courtilières et les vers
luisants dans les pages encyclopédiques d’Internet.
Les normes imposées ont standardisé les étables et
les hirondelles ont quasiment disparues (85% de disparition d’après certaines
études)…elles ont d’ailleurs de moins en moins d’insectes pour se nourrir…ceux-ci ayant été massivement exterminés par les insecticides et pesticides.
Qui oserait aujourd’hui boire, en toute sécurité,
l’eau fraîche d’une source ? Quel
ruisseau n’est pas pollué ? Qui a vu des écrevisses dans nos rivières ? Qui
oserait manger du poisson de nos cours d’eau ? Certains, sont introduits
artificiellement les veilles d’ouverture de la pêche ( ?). Même le gibier, aux
dires des chasseurs, aurait en grande partie disparu…. au point que, là aussi,
on « gère artificiellement la
ressource ».
Quant aux rapports entre citadins et ruraux, ils ont
évolué dans le sens de la séparation… souvent de l’incompréhension…et même,
nous le verrons, en conflit.
La concentration des exploitations, le remembrement
administratif, la mécanisation à outrance, sans parler de l’exode rural,… ont à
la fois coupé le monde paysan du reste de la société et lui ont imposé une
normalisation destructrice.
La raréfaction tragique, voire la disparition
progressive de « tout ces petits riens » qui «faisaient la campagne», dont on
n’imaginait pas l’importance à l’époque, tellement leur existence était
évidente, montre qu’une partie essentielle de notre monde disparaît, est
anéantie par l’activité humaine… et pas seulement en France.
Contrairement à la « nostalgie de vieux » qui, somme
toute, présente un caractère superficiel, voire, pour les jeunes, anecdotique,
la perte, la disparition de la
biodiversité présente un danger mortel pour l’avenir de l’humanité.
Les rapports humains parfois inexistants, distendus
et souvent de plus en plus conflictuels entre ceux de la ville et ceux de la
campagne creusent un fossé de plus en plus large, et profond, entre deux mondes
qui sont pourtant irrémédiablement complémentaires.
Demain sera ce que nous le ferons ! ! !
C’est cette réflexion que voudrait susciter ce texte
et le site qui vient de se créer sur ce thème : http://adap31.overblog.com/


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