Amis financiers et spéculateurs du XXIème siècle, je veux vous compter cette
sombre période de notre Histoire de France où vos ancêtres, dont fait partie
votre serviteur, ont failli vaciller.
Tout s’était si bien déroulé en cette année 1789. Comme prévu, notre
bourgeoisie d’affaire était arrivée au pouvoir sous couvert d’une révolution
populaire. On avait détruit les privilèges de ces profiteurs du Clergé et de la
Noblesse en lançant la foule des gueux en première ligne. Une foule à qui on
aurait pu faire avaler n’importe quoi. Il est vrai que l’homme descend de
plusieurs degrés sur l’échelle de la civilisation alors qu’il se mêle à la
foule.
On allait enfin pouvoir se partager le gâteau hexagonal
!
Un petit coup de novlangue par-ci en s’autoproclamant Tiers-état. Quelques
récalcitrants mâtés dans le sang par-là, à l’aide des soldats de La Fayette. Il
a toujours aimé amuser la galerie celui-là ! Et l’affaire était ficelée. La
vision politique de Voltaire était exhaussée : une nation bien organisée est
celle ou le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et
le gouverne.
Vive la liberté, l’éga…heu, la liberté et la
liberté !
Chacun était enfin libre d’exploiter son prochain. Que d’émotions cette
révolution populaire. Pas le droit de vote pour les pauvres, pas d’union des
travailleurs possible. Du haut de votre siècle, José Manuel Barroso doit en
faire des rêves érotiques, le fripon.
Seulement voilà qu’un avocat de province, chef de famille à 9 ans, vint jouer
le donneur de leçon. À nous, les vrais révolutionnaires ! En fondant les lois
sur la richesse, on ferait, selon lui, de la constitution même la corruptrice de
la vertu. Drôle d’énergumène que ce Robespierre ! Ne s’arrêtant pas en si bon
chemin, il dénonça l’hypocrisie des droits de l’homme alors que quelques grandes
compagnies s’adonnaient à l’esclavage.
Une des icônes de notre monde de la richesse mobilière, la si gracieuse
Madame de Staël, tendit à s’étrangler. Comprenez-la, la pauvre. Elle qui a connu
cette douce époque où son père, le ministre des finances Necker, prêtait son
propre argent au roi, à 14% d’intérêts, alors qu’il était en fonction. Dire que
deux cent ans après, votre ministre des Finances ne sera que le simple
intermédiaire des usuriers… Toutes les valeurs se perdent.
Pour soi-disant faire le ménage dans notre révolution aboutie, l’effronté
Robespierre, adorateur de Rousseau, proposa ensuite que les députés ne puissent
pas se représenter. Certes, ce n’était pas du Chouard, mais tout de même il y
allait fort le bougre. Et fichtre, pourquoi ne pourrait-on pas être député à vie
? Si on laissait se propager de telles idées, les enfants de députés n’auraient
bientôt plus eu le droit de faire le même métier que leur père ! Et pourtant,
les fils de paysans le faisaient bien, eux !
Autre sujet, autre fâcherie, cet hurluberlu décida de faire voter un décret
déclarant que la France ne ferait plus jamais de guerre d’agression et ce, même
au nom de nos nouvelles valeurs de liberté, sous le fallacieux prétexte que
personne n’aime les missionnaires armés. Mais personne ne lui a dit que la
guerre ça rapportait ? Que les fournisseurs militaires (nouveau petit clin d’œil
à notre ami Voltaire) avaient tout de même le droit de s’en foutre plein les
poches ? Que pour entrer en guerre le nouvel Etat devrait emprunter ? Narbonne,
le ministre de la guerre d’alors, n’avait-il d’ailleurs pas proclamé qu’il
fallait faire la guerre parce que que le sort des créanciers de l’Etat en
dépendait ? Un bien brave ministre ce Narbonne, lui qui fut mis en place par sa
maîtresse, l’incontournable et si « ouverte » madame de Staël.
Maximilien était définitivement trop dangereux pour nous autres, exploiteurs
de tous bords. Fallait l’acheter comme on l’avait fait avec ce truculent Danton
pour qui les livres scolaires francs-maçons et libéraux auront diablement plus
de considération. Peine perdu. « On n’y réussira pas, proclama Mirabeau, c’est
perdre son temps que de vouloir corrompre Robespierre, cet homme n’a pas de
besoins, il est sobre et a les mœurs trop simples. »
En effet, après réflexion, comment voulez-vous corrompre un homme affublé de
tous les pouvoirs qui se permet l’outrance de vivre dans une seule pièce ?
Cependant, le pire restait à venir. Ce vulgaire demanda la peine de mort
contre les accapareurs et les spéculateurs de denrées de premières nécessités.
Il alla même jusqu’à s’offusquer que le responsable des finances en personne
fomente cet agiotage. Si les financiers ne peuvent plus spéculer, autant qu’ils
se fassent boulanger ! Il proposa aussi, ce mécréant du profit inique, que la
constitution républicaine marque les limites au droit de propriété, sous
prétexte que la limite de la propriété c’est la vie ou la dignité d’autrui. Je
vous entends déjà du haut de votre XXIème siècle : « Mais alors, c’est vrai, des
gens de gauche ont vraiment existé ? »
Face à ces idées monstrueuses, Mirabeau et son panache ont à nouveau eu le
courage de se lever :
« Monsieur Robespierre est disqualifié pour la politique car il croit
tout ce qu’il dit ! »
Manifestement non rassasié, Robespierre se remit à table en évoquant le droit
de pétition et le droit à tout homme de publier ses pensées, par quelques moyens
que ce soit, et que la liberté de la presse ne pouvait être gênée et limitée en
aucune manière. C’est qu’il s’attaquait à nos formateurs d’opinions ce
fourbe !
De tels hommes ne pouvaient définitivement être laissés libres de s’exprimer
sous peine de ruiner nos profits sur le dos de la plèbe. Pour l’arrêter, on a dû
avoir recours à la subversion et à un guillotinage en règle. Après tout, chacun
son tour.
Toutefois, avant de décapiter ce sanglant orgueilleux, et de pouvoir annoncer
sous la voix de monsieur Boissy d’Anglas qu’ « un pays gouverné par les
propriétaires est dans l’ordre social », nous avons mobilisé nos peu de reste de
charité parfois chrétienne pour lui permettre d’exprimer ses dernières
volontés…
Nous voulons une patrie qui procure du travail à tous les citoyens
ou les moyens de vivre à ceux qui sont hors d’état de travailler.
Nous voulons une cité où les transactions seront la circulation de
la richesse et non pas le moyen pour quelques-uns d’une opulence fondée sur la
détresse des autres.
Nous voulons une organisation humaine où les mauvaises passions
seront enchaînées : l’égoïsme, la cupidité, la méchanceté.
Nous voulons substituer la droiture aux bienséances, substituer le
mépris du vice au dédain du malheur.
Quand on sait qu’il croyait vraiment à ce qu’il disait…cela fait froid dans
le dos.
Chers descendants rapineurs du XXIème siècle, ne nous plaignez point en
conjecturant que cette épreuve fut douloureuse. À vrai dire, elle a même eu un
mérite. Celui, de nous inciter à passer à la vitesse supérieure. Et, c’est avec
l’appui d’un petit général corse que nous créerons dans la foulée une banque
privée, La Banque de France. Oui, j’ai bien écrit « privée ».
Or sur vos familles,
Un banquier né au XVIIIème siècle.
Lectures au peuple de France via AVIC


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