Contrairement à l’« impératif humanitaire » agité par le président François
Hollande, l’« Opération Sanguiris » menée par 1200 soldats français vise à
contrer l’arrivée des Chinois et surtout à contrôler les réserves d’or, de
diamant et d’uranium présentes dans le sous sol de la Centrafrique. Un pays plus
grand que la France et Belgique réunies et où Areva, Total, Bolloré, France
Télécom… dictent déjà la loi, malgré les atrocités.
Après la Côte-d’Ivoire de Laurent Gbagbo, la Libye de Kadhafi et le Mali en
Afrique de l’Ouest (Opération Serval), la France a décidé, le 3 décembre 2013,
d’intervenir militairement en République centrafricaine (RCA), un pays situé
justement au centre de l’Afrique. François Hollande et ses officiers ont
attribué le nom d’un papillon aux ailes rouge sang à cette opération militaire :
le « Sanguiris ». Cette « Opération Sanguiris » est entrée dans sa phase
opérationnelle le 8 décembre, date à laquelle 800 soldats sortis des casernes
hexagonales 72 heures avant, ont rejoint leurs collègues à Bangui, capitale de
la RCA. Ce ralliement porte à 1600 le nombre de militaires français dans ce pays
étendu sur 622980 km2 et peuplé de cinq millions d’âmes damnées par un
demi-siècle de guerre et de misère tous azimuts. Avant l’« Opération
Sanguiris », l’armée française disposait déjà des troupes suréquipées en
Centrafrique. Elles sont stationnées à l’aéroport de Bangui-Mpoko.
Officiellement, l’« Opération Sanguiris » est la réponse à une « situation
catastrophique ». Une réaction « humanitaire », pour sauver « un peuple qui
souffre et nous appelle », a déclaré François Hollande, le 6 décembre 2013, lors
du Sommet Afrique-France qui se tenait à l’Elysée. « Les Français doivent être
fiers d’intervenir quelque part sans intérêts », a ajouté le « socialiste »
Hollande. Le même jour et au même endroit, le Secrétaire général de
l’Organisation des Nations Unies (ONU), s’était joint au président français au
grand cœur pour saluer la décision ainsi prise par le successeur de Nicolas
Sarkozy. Ban Ki Moon avait personnellement fait le déplacement de Paris pour
participer à la grand’messe françafricaine organisée et présidée par M. Hollande
avec pour thème officiel : « Paix et sécurité en Afrique ». Avant Ban Ki Moon,
d’autres fonctionnaires de l’ONU comme Navi Pillay et Jan Eliasson avaient, à
tour de rôle, agité le spectre d’un « conflit ethnique et religieux » qui
« paralyse la Centrafrique ». Finalement, l’ONU a voté la résolution 2127 qui
autorise une intervention militaire africaine avec l’appui des forces
françaises. Quelle suite logique !
Ce serait un non sens que la France qui n’a pas une longue tradition de
philanthropie intervienne en Centrafrique tout simplement pour « sauver un
peuple qui souffre et nous appelle ». D’autant plus que les souffrances des
Centrafricains ne datent pas de 2013 ! Ce peuple souffre depuis 1960 des
turpitudes de ses six présidents successifs : David Dacko, Bokassa Ier, André
Kolingba, Ange F. Patassé, François Bozizé, Michel Djotodia. Tous sont arrivés
au pouvoir après un coup d’Etat. Et la main de la France, puissance
colonisatrice a toujours été perçue ou annoncée derrière ces différents
putschs.
La France a des intérêts en Centrafrique. Aujourd’hui, elle contrôle
l’économie centrafricaine ou ce qui en tient lieu. Bolloré y a la main mise sur
la logistique et le transport fluvial. Castel règne en maître dans le marché de
la boisson et du sucre. CFAO y contrôle le commerce des voitures. Depuis 2007,
France Telecom est entrée dans la danse. AREVA est présente en RCA même si,
officiellement, le géant du nucléaire n’est encore qu’à la phase de
l’exploration. Total y renforce son hégémonie dans le stockage et la
commercialisation du pétrole, mais doit composer avec Tradex, une société
camerounaise spécialisée dans le trading des produits pétroliers. Depuis
l’arrivée de Michel Djotodia au pouvoir, en mars 2013, un ballet d’hommes
d’affaires et de lobbyistes français s’observe à Bangui. Jean-Christophe
Mitterrand, Richard Attias, Claude Guéant, Laurent Foucher… s’illustrent par un
activisme affairiste en Centrafrique, révèle régulièrement la presse. Et ce
n’est pas nouveau.
Lorsque la France installe un nouveau chef à la tête de la Centrafrique, de
nouveaux liens d’affaires naissent et se consolident en violation des lois et
parfois de l’éthique. Au tournant de la décennie 1970 par exemple, une scabreuse
affaire, révélée par un journal français, Le Canard enchaîné, a présenté aux
yeux du monde le type de relations qui existe entre certains présidents français
et ces nouveaux dictateurs qu’ils placent à la tête des néo-colonies. En effet,
lâché par la France à qui il avait abandonné l’exploitation de son pays sans se
soucier des intérêts de la population, Bokassa Ier (il s’est fait introniser
comme empereur pendant son mandat) avait révélé les plaquettes de diamant qu’il
offrait en cadeau à son homologue français. Le 10 octobre 1979, l’hebdomadaire
satirique Le Canard enchaîné porta cette « affaire » sur la place publique. La
classe politique s’en était saisie. L’affaire porta un sérieux coup à la
carrière politique du président. Eclaboussé, Giscard d’Estaing fut battu aux
élections de 1981 par le « socialiste » François Mitterrand… Autant dire que ce
n’est pas en Centrafrique que la France ira faire des leçons de morale !
Derrière ses multiples « Opérations » guerrières, la France tente bon an mal
an de reprendre ses positions économiques en Afrique. Le 4 décembre 2013, alors
que les troupes françaises prenaient la direction de Bangui, Pierre Moscovici
présidait un forum économique franco-africain à Bercy. Le ministère français de
l’Economie avait réuni 560 entrepreneurs français et africains, des ministres et
des chefs d’Etat, pour tenter de sauver la place de la France en Afrique. Séance
tenante, Hubert Védrine, ancien ministre français des relations extérieures, a
donné une sorte de bouée de sauvetage au ministre Moscovici à la recherche des
quatre points cardinaux ! Il s’agit d’un rapport intitulé : Un partenariat pour
l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre
l’Afrique et la France. Dès le premier point, le Rapport Védrine propose de
réviser « la politique française de visas économiques afin de faciliter la
circulation des acteurs économiques entre la France et l’Afrique ». Ce qui est
déjà une véritable révolution. Jusqu’ici, les entrepreneurs africains qui
sollicitaient un visa pour la France étaient soumis aux mêmes conditions
draconiennes qu’un adolescent désireux d’aller poursuivre ses études en
Hexagone. Comme si un Africain capitaine d’industries prospères dans son pays
représentait un risque migratoire pour l’Europe ! Les temps ont changé. Et pour
« renforcer l’influence de la France en Afrique » (15ème proposition du Rapport
Védrine), les autorités françaises font donc des concessions. Comment pouvait-il
en être autrement ? « En dix ans, la France a perdu la moitié de ses parts de
marché en Afrique subsaharienne », a reconnu Pierre Moscovici.
Face aux 26 chefs d’Etat qui ont pris part au Sommet de l’Elysée, le
président français a multiplié les opérations de charme. Il a annoncé la mise en
place d’un fonds d’investissement de 20 milliards. L’hôte des présidents
africains a aussi pris l’engagement d’affecter un milliard d’euros à l’Agence
française de développement (AFD) pour le soutien du Green business, de
l’innovation et des nouvelles technologies en faveur de l’Afrique. En
s’inscrivant dans la logique de son ministre des Finances qui a enfin avoué que
« l’Afrique est une chance pour la France », M. Hollande veut ainsi reconquérir
le cœur des Africains aujourd’hui plus attentifs vis-à-vis de Pékin et de New
Delhi. Last but not least, le président français a annoncé la création d’une
fondation franco-africaine au sein de laquelle les investisseurs privés français
et africains joindront leurs ressources pour plus de valeur ajoutée. Il a fallu
trois siècles pour que la France y songe !
L’Empire du Milieu est inévitablement cité dans le Rapport Védrine comme le
principal responsable du recul de la France dans les échanges avec l’Afrique. Ce
qui est vrai. En République centrafricaine, la Chine a fait une entrée
fracassante dans le secteur du pétrole. Au grand dam de Paris et de son relais
néocolonialiste dans la sous région : Idriss Deby. En effet, arrivé au pouvoir
par coup d’Etat, en 2003, avec l’aide manifeste de Paris et de N’Djamena,
François Bozizé, qui a eu le temps de se faire élire en 2005, n’a pas résisté
aux propositions de la Chine qui multiplie les aides, accroît ses
investissements sur le continent avec moins de conditionnalités. Ce qui tranche
avec l’arrogance et le paternalisme des « partenaires traditionnels » de
l’Afrique. Les résultats de ce rapprochement avec l’Empire du Milieu ne se sont
pas fait attendre. En 2008, la Chine a accordé à la RCA des aides et un prêt
pour un montant global de 3,25 milliards de francs CFA soit 4,4 millions
d’euros. L’enveloppe a permis de construire des écoles et hôpitaux dans cet
océan de précarité qu’est la Centrafrique. Quelques mois après, le président
Bozizé s’est rendu en Asie où il a été reçu, le 10 septembre 2009, au Palais du
peuple, par Hu Jintao, alors président de la République populaire de Chine. Ce
qui ne saurait rassurer ni Paris, ni N’Djamena. D’autant plus que tout ne s’est
pas limité à la poignée de main entre le président centrafricain et son
homologue chinois.
Dans les faits, le rapprochement entre Bozizé et Hu Jintao a permis à la
Compagnie chinoise CNPC de reprendre le permis de recherche, développement et
exploitation du pétrole de Boromata, dans le Nord-est de la Centrafrique. Il
n’est pas inutile de rappeler que pour ce gisement, Ange Félix Patassé, le
prédécesseur de Bozizé, avait accordé un permis similaire au pétrolier étasunien
Grynberg RSM. L’industriel de Denver, invoquant l’insécurité, n’a pas pu
conduire les recherches et le permis a expiré en 2004. La cession du sésame aux
Chinois pouvait-elle plaire à ceux qui ont permis à François Bozizé d’accéder au
pouvoir ? Fraichement déchu de ses fonctions en mars 2013, le désormais
ex-président Bozizé a affirmé sur les ondes de Radio France International (RFI)
que « j’ai été renversé à cause du pétrole ». Sans plus de détails. Trois mois
avant (27 décembre 2012), le président François Bozizé avait prononcé un
discours dans lequel il affirmait clairement que ce qui se cachait derrière la
crise qui secouait alors son pays n’était rien d’autre que l’opposition
française émise plus tôt contre l’octroi des contrats d’exploration de pétrole
aux Chinois. « J’ai donné le pétrole aux Chinois et c’est devenu un problème »,
martelait Bozizé, acculé par les rebelles.
Le fait que le président Bozizé ait pris l’habitude de s’afficher avec les
dirigeants chinois a aussi provoqué la colère de Washington. Et les câbles
diplomatiques à ce sujet le démontrent à suffisance. Le 17 juin 2009,
l’ambassadeur étasunien en RCA, Frederick Cook, avait envoyé un câble à
Washington dans lequel il affirmait que les « relations France-RCA sérieusement
sous tension. […] Bozizé semble croire avoir réussi à être le moindre mal dans
le paysage politique de la RCA. Il s’imagine donc être indispensable pour ses
voisins et les Français, une supposition que l’ambassade américaine
(« AmEmbassy ») à Bangui croit être une erreur grossière », écrivait alors le
diplomate étasunien. Une autre dépêche envoyée cinq mois plus tard avait valeur
d’alerte : « L’influence chinoise grandissante en RCA est évidente ». Le câble
précisait dans quelle mesure tant les intérêts américains que français étaient
en train de céder du terrain à Beijing qui ne cessait d’« accroître sa
coopération militaire, sa diplomatie publique et ses efforts de développement ».
L’ambassadeur soulignait pour s’en inquiéter que contrairement aux quatre agents
diplomatiques résidant à l’ambassade américaine de Bangui, l’ambassade chinoise
comptait une quarantaine d’employés. Frederick Cook ajoutait qu’environ 40
officiers de l’armée de la RCA étaient formés tous les ans en Chine, contre les
deux ou trois officiers qui allaient aux Etats-Unis et les 10 à 15 en France. Et
pour ne pas arranger les choses, Bozizé a confié la réserve pétrolière de
Boromata aux Chinois, au détriment de la France et de son allié, les USA. Etant
donné que ces deux puissances ont érigé le pétrole au rang des divinités, Bozizé
se savait désormais sur un fauteuil éjectable. On l’a effectivement éjecté le 24
mars 2013.
La France fait semblant de combattre pour renforcer son influence en RCA.
Rappelez-vous. Le jeudi 21 novembre 2013 lors de la remise du prix de la
Fondation Chirac pour la prévention des conflits au docteur congolais Denis
Mukwege et à Femmes Africa Solidarité, François Hollande avait indiqué qu’« Il
se produit en Centrafrique des actes abominables. Un chaos, des exactions
extraordinairement graves ». Face à l’urgence et aux 400000 personnes déplacées
en Centrafrique, « nous devons agir », a ajouté le président français. Le même
jour, cette fois là sur France 2, son ministre des Affaires étrangères a
ajouté : « Le pays est au bord du génocide ». 48 heures avant, devant une
commission du Congrès, le directeur du bureau Afrique du département d’État,
Robert Jackson, avait évoqué « une situation pré-génocidaire » en Centrafrique.
On le voit, le scénario est le même. Le président Français annonce la crise. Un
membre de son gouvernement saute aux antennes pour décrire la catastrophe à
venir. Une voix « extérieure », de préférence étasunienne ou onusienne vient
accréditer la thèse alarmiste en insistant sur la violation des droits de
l’homme. L’opinion internationale soumise à un matraquage médiatique et donc
psychologique intense salue l’envoi des troupes sur le terrain. Car, une
résolution a bel et bien été prise par le Conseil de sécurité de l’ONU le 5
décembre 2013 pour autoriser les troupes françaises à agir en appui aux forces
africaines de la Misca.
En Centrafrique, les populations sont victimes, en partie des exactions des
éléments de la Séléka (coalition en sango, langue nationale). Mais qui compose
cette fameuse Séléka ? La Séléka est une coalition de factions rebelles
dissidentes issues de plusieurs mouvements politico-militaires. On y retrouve la
Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), l’Union des forces
démocratiques pour le rassemblement (UFDR), le Front démocratique du peuple
centrafricain (FDPC). Au plus fort de la contestation du pouvoir de M. Bozizé,
deux autres groupes armés ont vu le jour ou ont dévoilé leur visage au grand
jour et ont rejoint la Séléka. Il s’agit de la Convention patriotique du salut
du kodro (kodro signifie pays, en sango), et de l’Alliance pour la renaissance
et la refondation (A2R). Sans oublier les hordes venues du Tchad et du Soudan.
Tous ces groupes composites ont donc fait une « alliance » de circonstance pour
atteindre un objectif précis : renverser le président Bozizé. Mission accomplie
en mars 2013. Or, il n’y avait qu’un seul fauteuil présidentiel à prendre et à
pourvoir. Il a finalement été occupé par Michel Djotodia. L’ancien fonctionnaire
du ministère du Plan qui a goûté à la prison sous Bozizé détenait le gros des
troupes. Les hordes tchado-soudanaises obéissaient à son commandement. N’a-t-il
pas été présenté par la presse sans démenti comme le meilleur interlocuteur de
la France et du Tchad qui voulaient en découdre avec Bozizé l’« insoumis » ?
Aussitôt installé au Palais de Bangui, Michel Djotodia a pris un décret pour
dissoudre la Séléka et annoncer le « recasement et le cantonnement ». Ne se
reconnaissant pas tous en lui, plusieurs éléments issus des autres groupes armés
n’ont pas respecté les ordres d’un chef qui, dans tous les cas n’est pas le
leur. Dans la Seléka, le « contingent » de loubards tchadiens et soudanais s’est
lui aussi trouvé face à un dilemme. Ils ont été utilisés pour installer Djotodia
au pouvoir. Celui-ci annonce le « recasement et cantonnement » et l’intégration
dans les Forces armées centrafricaines (FACA). Or, n’étant pas Centrafricains,
que vont-ils devenir ? Le nouveau président ne semble pas avoir pleinement
satisfait ses alliés d’hier sur cette question. Les incompréhensions entre les
différents groupes rebelles d’une part, et entre certains chefs et leurs
éléments d’autre part, débouchent sur des atrocités généralisées dans le pays.
Pillage, viol et assassinats en série deviennent l’activité quotidienne de ces
hommes à qui on a enseigné la brutalité et la tuerie ! La chaîne de commandement
étant brisée et plusieurs promesses mirobolantes n’ayant pas été tenues,
personne ne contrôle plus rien.
Le pays se retrouve dans la même situation d’« ingouvernabilité » que la
Libye envahie par les djihadistes, après l’assassinat du Guide Mouammar Kadhafi
par les troupes de l’OTAN avec la France de Sarkozy et de Bernard Henri Levy en
tête. La situation centrafricaine rappelle étrangement celle qui a prévalu à
Abidjan après le renversement de Laurent Gbagbo par les rebelles pro-Ouattara
soutenus par la France. En effet, après la chute de l’ancien chef d’Etat de
Côte-d’Ivoire, les éléments des « Forces nouvelles » (rébellion dirigée alors
par Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblé nationale) ont été floués.
L’argent et les autres avantages qui leur avaient été promis pendant le combat
contre le régime de Gbagbo n’ont pas été livrés. Ouattara est devenu président
de la République. En représailles, ces « Forces nouvelles » ont pillé la
capitale ivoirienne. Non sans tuer et torturer certains commerçants
innocents.
En Centrafrique, à la violence des éléments de la Séléka (essentiellement
musulmans), les « Anti balaka » répondent aussi par la violence. Le deuxième
groupe est constitué d’éléments essentiellement chrétiens et sont présentés
comme les pro-Bozizé. Ce dernier était leader d’une église chrétienne. La presse
occidentale s’appuie sur ce fait qui pour agiter mensongèrement le spectre d’un
« conflit interreligieux » voire d’un « génocide » en Centrafrique.
Face à cette situation chaotique, l’agitation n’est-elle pas toujours
fonction des intérêts à protéger ou à conquérir ? Toujours est-il qu’en
Centrafrique, la France a très vite pris les devants dès que la situation sur le
terrain est devenue incontrôlable. Alors que la Mission militaire africaine
Misca, commandée par le général camerounais Tumenta avait déjà déployé 2500
soldats, la France a jugé nécessaire de convaincre le Conseil de sécurité de
l’ONU d’adopter une résolution qui lui permet d’y envoyer ses troupes
tricolores. En vérité, les troupes françaises ont précédé la Résolution 2127.
Celle-ci a été adoptée le 5 décembre 2013. Pourtant, les troupes avaient déjà
quitté la France et étaient stationnées à Douala au Cameroun, voisin de la
RCA.
Mais avait-on besoin de tant de militaires hyper équipés pour vaincre
quelques loubards armés de machettes et d’armes résiduelles ? Les Forces armées
centrafricaines ou ce qui en reste et la Misca sont-elles incapables de vaincre
ces affamés ? Bien plus, nous sommes là dans une guerre asymétrique, avec un
ennemi qui n’a pas d’uniforme identifiable à priori. Ne connaissant pas le
terrain, ni la composition sociologique du pays (certains arrivent en Afrique
pour la première fois d’après leurs déclarations à RFI), contre qui vont se
battre les soldats tricolores ? La quinzième proposition du Rapport Védrine
évoqué plus haut peut permettre de répondre à ces interrogations. Il est
question de « Renforcer l’influence de la France en Afrique », y a conseillé
l’ancien ministre des relations extérieures de François Mitterrand.
Comme la plupart des pays occidentaux, la France est encore ravagée par les
contrecoups de la crise qui a secoué l’économie mondiale à partir de 2007.
Arrivée au pouvoir à cette période agitée, surpris par la percée des nouveaux
acteurs comme la Chine, l’Inde, et le Brésil, Nicolas Sarkozy a renfilé le
manteau colonial. Et au lieu de la « Rupture » annoncée par le candidat Nicolas,
l’Afrique a eu droit à une « Continuité » accélérée par le président Sarkozy,
ami zélé des hommes d’affaires de la trempe de Charles Pasqua, Vincent Bolloré…
Le libéral Sarkozy a bombardé la Côte-d’Ivoire et la Libye. Mais rien n’y a
fait. La France, au bout de ses cinq ans de mandat, n’a pas pu reprendre sa
place de premier partenaire économique en Afrique francophone, malgré le sang
versé !
Le « socialiste » François Hollande qui n’avait pas fait de l’Afrique
une priorité pour son mandat semble avoir oublié toutes les autres parties du
monde -la France comprise- pour se tourner vers l’Afrique. Comme le commandant
d’un bateau atteint par les eaux, il multiplie ses visites en Afrique. Après les
obsèques de Nelson Mandela auxquelles il prenait part le mardi 10 décembre 2013,
François Hollande s’est rendu sur le théâtre de guerre en Centrafrique pour
galvaniser « ses » soldats qui ont déjà perdu deux frères d’arme après seulement
une semaine d’action !
Note : Des soldats français à l’aéroport de Bangui, le 10
décembre 2013

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