Sebastian Seibt
C’est une première dans l’histoire de la vénérable American Study
Association [ASA - association des études américaines]. À plus de 60 %, les
membres de cet influent syndicat du monde universitaire américain qui se sont
exprimés ont approuvé un appel au boycott d’Israël. Ce prestigieux parterre
d’enseignants et de chercheurs accepte donc le principe d’une rupture des
relations avec des établissements publics israéliens de recherche et les
programmes académiques soutenus par l’État hébreu.
La résolution approuvée cite "l’occupation par Israël de la Palestine”, les
“programmes illégaux de colonisation de terres palestiniennes” et la
construction du mur “en violation de la législation internationale” pour
justifier cet
appel au boycott, adopté à l’unanimité du directoire le 4 décembre. Les
États-Unis auraient “une responsabilité particulière à prendre position, car
c’est l’un des plus importants fournisseurs d’aide militaire à l’État hébreu”,
avait explique au “New
York Times” Curtis Marez, président de l’ASA et enseignant à l’université de
Californie.
"Je suis juif et grand-père de trois citoyens israéliens, et en tant que
chercheur qui travaille sur toute forme de colonialisme, y compris dans les
territoires palestiniens, je salue le résultat de ce vote", se félicite Eric
Cheyfitz, enseignant à l’Université de Cornell.
Initiative sans précédent
Le boycott ne vise cependant pas à empêcher toute collaboration avec des
chercheurs israéliens. “La résolution ne s’applique pas aux individus qui sont
engagés dans des formes de coopération académique, telles que des interventions
lors de conférence ou la collaboration à des articles scientifiques”, rappelle
le communiqué de l’ASA.
Reste que la portée, ne serait-ce que symbolique, d'un tel boycott est sans
précédent. Même au plus fort de l’apartheid, l’ASA - qui a été fondée en 1950 -
n’avait pas appelé à une telle action contre le régime segrégationniste
d’Afrique du Sud.
Dans un pays qui a toujours soutenu la politique israélienne, l’initiative de
l’ASA a créé un électrochoc au sein du monde universitaire qui s’est retrouvé du
jour au lendemain fortement
divisé sur cette question sensible. L’Academic Association of University
Professor ( AAUP - l’autre grand syndicat du secteur) a, ainsi, rappelé son opposition de principe à
toute forme de boycott universitaire qui “est une entrave à la libre circulation
des idées”. Larry Summers, l’ancien président de Harvard et ex-secrétaire du
Trésor durant le premier mandat de Barack Obama, s’est emporté contre “l’idée
que de tous les pays dans le monde qui peuvent être critiqués pour des abus
contre les droits de l’Homme, ou pour leur politique extérieure, on puisse
décider qu’un seul est digne d’un boycott et qu’il s’agirait d’Israël”.
Extrémistes anti-israéliens ?
C’est d’ailleurs l’argument qui revient le plus souvent dans la bouche des
opposants à l’appel au boycott. Pourquoi cibler Israël quand tant de dictatures
mériteraient d’être prises pour cible par le monde universitaire américain ? “Je
suis profondément inquiet pour la réputation de l’ASA si elle se fait, ainsi,
prendre en otage par la rhétorique d’extrémistes anti-israéliens”, s’est désolé
Judea Pearl, le père du journaliste assassiné Daniel Pearl et un informaticien
et philosophe israélo-américain de renom.
Un argument qui n’aurait pas de sens aux yeux des défenseurs de l’appel au
boycott. “Le fait que d’autres pays font pire qu’Israël ne légitiment pas pour
autant les actions de l’État hébreu et ne doit pas le mettre à l’abri de toute
critique”, affirme ainsi Steven
Salaita, un professeur d’anglais d'origine palestinienne à l’université de
Virginia Tech.
Si l’éventualité d’un boycott académique d’Israël divise autant aux
États-Unis, une telle mesure est loin d’être sans précédent dans le monde
universitaire. En mai dernier, le célèbre physicien Stephen
Hawkins avait fait sensation en annonçant qu’il ne participerait pas à une
conférence en Israël en signe de solidarité avec les Palestiniens. En
Grande-Bretagne, deux universitaires israéliens avaient été renvoyés, en
2002, du comité de lecture - où est décidé quels articles sont retenus - de
publications scientifiques anglaises à cause de leur nationalité et de leur
soutien à la politique israélienne.

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