vendredi 24 janvier 2014

La route vers soi : le compost et les fleurs-dieu

Gaëtan Pelletier      
 
Ce n’est pas l’intelligence qui compte. Du moins celle que l’on vend et achète actuellement dans une orgie d’avoir brisante. Non, c’est celle de tenter de comprendre que ce qui nous a été donné, comme richesse, a été et est savamment englouti dans du virtuel.

En ce sens, je reviens souvent au mot « comprendre ».
Et même si je parle en « je », le « je » n’est qu’une partie du NOUS. Étant donné que nous sommes tous occupés à être « quelqu’un », le monde actuel est le meilleur vendeur de recettes pour devenir « quelqu’un ». Et ce désir de « quelqu’un » n’est qu’un ramassis de foi, de croyances, de crédos bien laminés et dévastateurs pour l’ensemble de tout ce qui existe.
On mettra des sommes énormes pour « sauver » le tigre de Sibérie, mais on en mettra peu pour sauver la plus bête des créatures : l’humain.
Nous vivons dans un monde où l’on n’aime pas voir les bêtes abattues qui se retrouvent dans nos assiettes. Et cet aveuglement volontaire, insupportable, nous fait continuer d’abattre des bêtes en disant : « C’est la vie ».
Oui, c’est la vie. La vie. La vie des guerres qui ont englouti des millions d’humains sans que rien ne fasse « avancer » l’humanité. On dirait plutôt le contraire : il a permis à la science, à la « connaissance », de gonfler sa capacité de tuer et d’emmêler les « cartes du savoir » afin de piéger le paysan, l’homme simple… Et pour finir l’humiliation, on l’a remplacé par une machine ou bien on a acheté ses terres.
Le diable a une longue queue et des griffes. C’est l’essence même de l’incompréhension totale de la vie divine.
Ce qui guette le plus la nature humaine, ce qui la rend la plus rachitique est de tuer – au lieur de cultiver – l’intuition, cette part capable de saisir l’infini et non pas le fini le plus raccourci.

La voie du voir

Parler de soi, c’est parler de NOUS. J’aimerais seulement essayer de saisir le chemin de Compostelle du petit navigateur  né de parents pauvres, sans culture, étouffés dans la peur de n’être pas « quelqu’un ». Ces petits dieux d’à côté…
La plus belle chose qui peut arriver à quelqu’un,  est de saisir à un certain moment l’unité de toute cette création terrestre pour enfin savoir d’où nous provenons. Je ne parle pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Savoir est un grand mot. Sans doute que ressentir la force et la l’émotion est plus juste.
À force de creuser des livres que l’on ne comprend même pas, à force de regarder la vie et ses divisions, la plus belle « chose » qui me soit arrivée a été d’avoir une sorte de révélation et de compréhension soudaine que tout est lié par une force et une énergie si belle, si riche, plantes, animaux, arbres, bref, toute forme de vie. Mais je ne sais toujours pas d’où cela provient. Ni l’abeille, ni les fleurs de Sibérie, ni les bestioles qui travaillent dans mon amas de compost à « fabriquer de la terre ».
Nous n’avons pas besoin de « gagner notre ciel », comme il est écrit dans certains livres. Nous n’avons pas besoin de nous sacrifier. Nous avons besoin d’ouvrir les yeux sur ce que nous ne voyons pas.
C’est beau le charme des fleurs!  Mais quoi donc, en dessous, tapis, muselé par la lumière a permis à celles-ci de pousser, de devenir unique par un mélange de climat de sols, de vents, d’eau, et d’une beauté qui nous pâme?
C’est l’invisible actif qui permet de créer toute cette beauté.
Dans les rapports humains, il y a des connivences, des amours, des idées, des « recettes de vie ». Certes… Mais un brin d’herbe mort pour une fleur a le même destin que le pauvre enterré sans histoire, ou brûlé vif.
Les « petits » sont le compost des idoles. Assez intelligent pour créer un Ipad, assez monstrueux pour le faire durer deux ans, mais pas assez « grand » pour voir vraiment que tout cela est la somme d’un tout.
Chacun d’entre nous…
Croupis sous ce soi disant « fleur d’intelligence », création de tous.
Le communisme spirituel est une nouvelle perception, de nouvelles perspectives de l’ensemble des mouvements, des apports de tous, de tous les peuples, et de leurs différences si riches.
Bizarrement, le brin d’herbe étouffé, le lombric, la chaleur, le soleil, le vent, les abeilles, tous ces invisibles acteurs sont à genoux devant la fleur qu’’ils ont créée.  Et la fleur devient toute colorée, toute belle, et chacun vient à elle pour la cueillir, l’adorer, en humer le parfum.
Pour être comme elle, alors, ils donneront tout. Même leur être… Et quand la fleur aura été au zénith de sa puissance, elle achètera la terre et les brins d’herbe, les lombrics, la chaleur, le soleil,… Tout. Tout. Tout.
C’est comme ça qu’on a rendu aveugles et pauvres toutes les richesses de la Terre.
Au bout du « conte », on aura vraiment compris pourquoi on achète TOUT, contrôle tout, mais il reste le mystère de ces « grands » et leur imbécillité à ne rien saisir de la Vie.

On sait qu’ils préféreront acheter la carotte plutôt que de la faire pousser.
Le problème est de savoir ce qu’ils feront des champs de carottes.
Sans doute des aveugles…

Gaëtan Pelletier -Janvier 2014 -


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