Jean-Luc Mélenchon
Le pillage en cours d'Alstom révèle une double impasse : celle du
capitalisme financier et celle de l'Europe de l'austérité et de la
concurrence.
Avant d'entrer dans le détail des causes de ce désastre,
rappelons le caractère stratégique de ce groupe. Pour notre pays et pour
nous, du point de vue de la mise en œuvre de notre programme. Alstom
permet à la France d'être leader mondial dans deux domaines essentiels
pour l'avenir : le train à grande vitesse et les équipements
hydro-électriques. Deux activités directement liées à la mise en œuvre
de notre politique écologique du transport et de l'énergie. Alstom
permet aussi à la France d'avoir une autonomie technologique et
productive en matière d'éoliennes et d'hydroliennes mais également dans
la maintenance de toutes les centrales électriques, qu'elles soient
thermiques ou nucléaires. En janvier 2012, j'ai visité,
à l'invitation des syndicalistes d'Alstom, l'atelier des ailettes qui
produit à Belfort les pièces les plus délicates des turbines. Un
savoir-faire décisif pour l'avancée technologique de la France en
matière d'énergies renouvelables, qu'elles soient éoliennes ou marines.
Pas de transition écologique de la production d’énergie sans ces outils.
Ce n'est donc pas rien que d'envisager de démanteler ce groupe pour en
vendre l'essentiel à l'un ou l'autre de ses principaux concurrents
mondiaux : General Electric ou Siemens. Outre l'enjeu de maîtrise
technologique, se pose aussi un enjeu géopolitique quand il s'agit de
maintenance de centrales nucléaires ou de barrages.
À court terme, Alstom est confronté à une double impasse en forme de cercle vicieux.
Son carnet de commandes n'est pas assez rempli. Ses investissements
sont insuffisants. Dans les deux cas la situation n’est aucunement
imputable aux refrains du gouvernement et du MEDEF sur les difficultés
des entreprises. Au contraire, on y trouve une validation quasi
chimiquement pure de nos diagnostics économiques.
La faiblesse du carnet de commandes résulte directement des choix de l'Europe en faveur de l’austérité,
de l'euro fort et de la libéralisation du marché de l'énergie. Tout ce
que nous avons dénoncé sans relâche. Les plans d'austérité ont fait
chuter les commandes publiques de trains, tramways et bus fabriqués par
Alstom. Ils ont aussi ralenti les plans d'équipements en énergies
renouvelables, et en particulier les installations de parcs éoliens et
hydroliens. Quant aux exportations de tous ces matériels à l'étranger,
elles ont été plombées, en particulier dans les pays émergents, par la
hausse de 10 % de l'euro depuis un an. Le résultat de ce cocktail
explosif de concurrence, d'austérité et d'euro fort, est une chute du
chiffre d'affaires d'Alstom. La libéralisation du marché de
l'électricité a aggravé la baisse des investissements faute de
planification écologique. C'est exactement au même sous-investissement
que conduira dans le rail la poursuite de la libéralisation avec le 4ème paquet de directives ferroviaires européennes.
Principal concurrent mondial d'Alstom et surtout de Siemens,
General Electric ne connaît pas les mêmes difficultés car il bénéficie
de conditions politiques et économiques totalement différentes : il
s'appuie sur un protectionnisme commercial qui lui garantit les
commandes des Etats-Unis. Et il bénéficie de larges soutiens financiers
grâce à la banque qu'il a créée et qui est massivement refinancée par la
Réserve fédérale. C’est exactement ce que nous disons et expliquons à
longueur d’année pendant que les pédants bavardent sur le « coût du
travail », le nécessaire « choc de compétitivité » et ainsi de suite.
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